Le Havre Vos réactions. Le béton, c'est tendance. Au Havre aussi ?

Longtemps dénigré, le béton fait son retour en force dans l'architecture. Un matériau tendance et réhabilité. Un point positif pour Le Havre et son architecture Perret. Détails.

Mise à jour : 25/01/2016 à 18:01 par Solène Bertrand

(Photo : Karine Lebrun)
Le Havre, ville de béton, tendance comme le matériau ? (Photo : Karine Lebrun)

Mal-aimé de la construction, dénigré par ses détracteurs, « le marbre du XXe siècle » - comprenez : le béton – revient en force, devenant une arme de séduction massive. Une tendance qui pourrait bénéficier au Havre (Seine-Maritime) et à son architecture Perret. Classée au patrimoine mondial de l’Unesco, en 2005, la Cité océane mise sur son identité architecturale. Une ville brute, froide pour certains, une ville surprenante et poétique pour d’autres. Perret parlait d’« un ordre du béton armé », capable de rivaliser avec celui, antique, du Parthénon d’Athènes qui relevait, selon lui, de la« perfection esthétique ». Le béton est tendance. Par déduction, Le Havre aussi…

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« L’éclatante revanche du béton »

Apprécié des architectes, le béton l’est moins des habitants, qui ne l’envisagent que comme un matériau d’urgence, froid et sans charme, et l’associent à la reconstruction. Des expositions consacrées à ce matériau, des bâtiments en béton inaugurés récemment : le béton est de retour et pourrait bien séduire le plus grand nombre. Il est temps d’en finir avec les clichés et les raccourcis. C’est du moins le défi que tente de relever l’exposition Sacré béton, présentée, jusqu’au mois de décembre 2016, au musée Tony Garnier, à Lyon.

Le qualificatif parfois utilisé d’architecture « brutaliste » accentuera peut-être le quiproquo. L’aspect péjoratif du mot, qui découle en réalité de l’aspect brut du béton plutôt que de la brutalité de sa mise en œuvre, sera parfois assimilé à tort à toute utilisation du matériau, souligne l’article, L’éclatante revanche du béton, paru sur slate.fr.

De Le Corbusier à Robert Camelot, en passant par Roger Taillibert, nombreux ont été les architectes à s’approprier ce matériau, symbole des Trente Glorieuses et de la reconstruction d’après-guerre. Et, chez Perret, le béton mène la danse : « Foin de racolage. Non sans grâce : à la faveur des variations de la lumière, révélées par les effets du sablage, le porphyre ou le grès rose font scintiller leurs infimes éclats », rappelait Le Monde, à la faveur d’une exposition consacrée à l’architecte, au Palais d’Iéna, à Paris.

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Le béton revalorisé

En octobre 2015, Manuel Valls, Premier ministre, inaugurait le bâtiment principal du Mémorial du Camp de Rivesaltes, ancien lieu d’internement. Le monolithe de béton, imaginé par l’architecte français, Rudy Ricciotti (à qui l’on doit aussi le musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, MUCEM, à Marseille), a été salué par la presse.

À Caen (Calvados), le même Rudy Ricciotti signera le bâtiment qui abritera le nouveau FRAC (Fonds régional d’art contemporain). Ce « chantre du béton » participe de ce vaste mouvement de réappropriation du matériau, exploitant sa modernité, l’exploitant comme instrument de dialogue avec le passé : « Je suis un architecte maniériste, dit-il, en ce sens que je pratique la déformation de la mémoire moderne pour une synthèse des savoirs constructifs. » Un matériau entre passé et futur, un béton armé pour traverser les époques… Au Havre, l’exposition de Bernard Plossu, organisée au MuMa, dans le cadre des dix ans d’inscription de la ville au patrimoine mondial de l’humanité, rend hommage à ce même béton, qui, dans l’urgence, permit de reloger des Havrais orphelins de leurs maisons.

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Aujourd’hui, c’est ce matériau, qui, à l’instar d’une résurgence du passé, réveille la mémoire, tout en invitant, par les lignes épurées et nettes, à se tourner vers une architecture de demain. De Perret à Niemeyer, Le Havre s’inscrit dans cette continuité.

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Mais le béton résistera-t-il aux outrages du temps ?

De la résistance du matériau

Le béton armé, un matériau pour durer dans le temps ? L’architecte-historien, Cyrille Simonnet, en doute :

Prenant le contre-pied d’une formule de l’architecte Auguste Perret associant la qualité d’une architecture à la beauté de ses vestiges (« L’architecture, c’est ce qui fait les belles ruines »), l’historien ironise: « Le béton ne fait pas de belles ruines, il vieillit mal c’est indéniable! » Selon lui, l’impact de l’environnement sur le béton provoque de graves dommages remettant en question sa résistance et son étanchéité. Mais surtout, note l’historien, il n’est pas assez écologique. Le béton consomme beaucoup d’énergie pour sa fabrication, se recycle mal, et nécessite une matière première qui se raréfie: «Il est conçu avec de grandes quantités de sables, hors on manque de sable désormais!», rapporte Slate.

Le béton, voué à se dégrader et à subir la violente et cruelle érosion du temps ? Matériau de la modernité, le béton, même s’il fait son grand retour sur la scène architecturale, ne serait-il pas le matériau de demain ? Rudy Ricciotti défend « son » béton et sa valeur politique, le qualifiant de matériau social, en raison de son implication « dans la chaîne travail. » Le matériau continue de faire débat… preuve de son incroyable capacité à résister aux critiques.

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