Le Havre Vos réactions. L'architecture du Havre, beauté brutale

Les Havrais aiment débattre de l'esthétique de leur ville. Il y a les pour et les contre, ceux qui la trouvent hideuse et ceux qui l'aiment pour son patrimoine exceptionnel.

Mise à jour : 02/03/2013 à 14:39 par La Rédaction

Les appartements Perret : chef d'œuvre architectural ou aberration esthétique ? ©Andreas Sirch
Les appartements Perret : chef d'œuvre architectural ou aberration esthétique ? ©Andreas Sirch

L’architecte Roland Castro a fait polémique lors du débat du Nouvel Obs, au Havre, début février. Il a notamment critiqué le classement Unesco de la ville et l’architecture Perret « au nom d’une vision d’un patrimoine non étouffant… » (notre article).
Cette semaine, 76actu a lancé le débat et invité les lecteurs à s’exprimer sur l’architecture Perret et ses façades bétonnées. Vous avez été nombreux à vous exprimer, notamment sur notre page Facebook : l’architecture du Havre fait toujours parler !
Beaucoup défendent la ville et son histoire. Cette architecture Perret, c’est le résultat d’une situation d’urgence, la réponse de reconstruction apportée à une ville en ruines, insistent de nombreux habitants :

« Le centre reconstruit permet au Havre de se démarquer des autres villes. C’est unique en son genre, qu’on aime ou qu’on aime pas. Tout n’est pas parfait, mais avouons que la place de l’Hôtel de Ville, l’avenue Foch, la rue de Paris ou l’église St-Joseph sont tout de même de grandes réussites. Comparez avec les reconstructions de Brest ou Caen, vous verrez qu’on s’en sort très bien ! », commente Fredo.

Pour Annick, il faut re-contextualiser la construction et ne pas oublier l’histoire de cette ville, qui, aux lendemains de la guerre, s’est réveillée meurtrie :

« À l’époque, cela représentait le progrès, on sortait de la guerre et on oublie que la plupart des Français n’avait pas de salle de bains ! Il faut toujours restituer ça à une époque donnée. C’est une architecture qui en vaut une autre et surtout représentative d’une époque dans l’histoire, donc qui a sa valeur, à l’Unesco, ce ne sont pas des imbéciles quand même ! »

Une architecture novatrice

Le rejet de l’architecture Perret serait-il lié à sa modernité et son aspect avant-gardiste : « Fallait-il reconstruire médiocre, comme dans la majorité des villes de France, ou monumental, comme au Havre, au risque de perturber certains ? Lorsque Haussmann à transformé Paris au XIXe siècle, les Parisiens considéraient les immeubles haussmanniens en pierre de taille comme “de vulgaires casernes sans âme”… Le temps aidant, qui oserait faire les mêmes critiques en 2013 ? », écrit Jean-Christophe.

« Ça me fait marrer tous ces gens qui pensent qu’il fallait reconstruire en vraie architecture du moyen-âge avec colombages et qui tombent béats devant New-York et ses immeubles », poursuit-il.

Perret a donc ses défenseurs, mais aussi de nombreux détracteurs qui portent un regard perplexe sur la ville  : « L’esthétique havraise ne m’a jamais plu, elle est pourtant reconnue par des architectes comme un style novateur et précurseur de son époque. Faut être connaisseur ! », commente Mathilde.

Des bâtiments « hyper moches »

D’autres portent un jugement sans appel sur le choix architectural. Ainsi, Martine, Havraise de souche :

« Née au Havre, j’ai toujours trouvé les bâtiments en béton, immeubles et autres hyper moches, tristes et gris. Même quand ils ont construit le conservatoire, je me suis dit : ils ne vont pas laisser ça dans l’état. Ce qui défigure Le Havre c’est “le pot à yaourt” ! »

Virginie lui emboîte le pas : « Très Europe de l’est, très gris, très moche.»

Un classement usurpé ?

Si la ville de béton ne séduit pas tous ses habitants, c’est surtout son classement Unesco qui laisse perplexe :

« Estampillé Patrimoine de l’Unesco. Quelle blague ! Tous ces jolis slogans décernés à la volée, ceci uniquement dans le but d’éviter la désertification de cette zone hideuse ! Remodelez Le Havre, cette belle ville de bord de mer, et vite s’il vous plaît. La Normandie, on l’aime ! », commente un internaute pour lequel le centre, « zone hideuse », ne mérite pas l’inscription au patrimoine mondial.

Un classement qui n’a pas empêché l’arrivée d’un tramway que certains s’étonnent d’ailleurs de voir emprunter l’avenue Foch : « Je ne comprends pas que le tramway passe avenue Foch qui est complètement déparée, en plus classée Unesco ?», s’interroge Jean. L’arrivée du tramway aurait dénaturé cette grande avenue, artère principale de la ville qui conduit à la plage. Le jugement d’Arnaud, quant à lui, est sans appel :

« Pour l’avenue Foch, on s’en sortait bien, mais le tramway est arrivé, et tout est bouleversé. Certains l’appellent même l’avenue Moch…»

Des appartements mal insonorisés

D’autres internautes attirent l’attention sur l’aspect fonctionnel des appartements et critiquent les logements Perret : « Parlons du patrimoine mondial. Justement, mon immeuble, en plus d’être mal insonorisé, thermiquement, c’est une horreur. Mais comme c’est classé au patrimoine mondial, ils ne feront jamais rien », vitupère David. Quant à Stef, c’est Perret, en personne, et les architectes, en général, qu’il accuse :

« Comme tout architecte qui se respecte, Perret n’a jamais passé 15 jours dans son œuvre à dormir avec ses nouveaux voisins qui tirent la chasse à 5h du matin ou passent l’aspirateur à 7h…»

Les Havrais, orphelins de la ville ancienne

Daniel, lui, n’attaque pas les architectes, mais rappelle que les Havrais ont tout perdu quand leur ville a été bombardée. Le rejet du patrimoine Perret pourrait s’expliquer par la douleur et la tristesse ressenties par les Havrais, découvrant leur ville rasée. Le passé ne passe pas et la blessure est toujours ouverte :

« Et si certains n’aiment pas particulièrement l’architecture de Perret, c’est que cette cette architecture s’est imposée trop brutalement aux yeux des Havrais de l’époque. Essayer de comprendre qu’on a “volé” le Havre de nos anciens et que tout ce qui l’a remplacé ne peux avoir l’assentiment de nos parents ou grand-parents. Pour eux, la ville du Havre était comme une mère, et si on tue cette mère, rien ne viendra la remplacer dans leur cœur !»

Ce débat ravive la querelle des « anciens » et des « modernes », opposant partisans du passé et militants de la modernité. Le Havre a le mérite de ne pas laisser indifférent : c’est sa force et son identité. Une ville qu’on ne peut oublier.

  • Et vous, comment percevez-vous cette esthétique ?