Rouen Reportage. Les urgences du CHU de Rouen saturent

Manque de médecins de ville, grippe, conditions météo, personnes âgées plus nombreuses : autant de facteurs qui créent un phénomène de saturation aux urgences du CHU de Rouen.

Dernière mise à jour : 18/03/2013 à 10:37

DSC_0032.JPG
Au CHU de Rouen, les urgences sont surchargées "mais la qualité des soins n'est pas remise en cause", insistent les médecins (photo : Amandine Briand).

Le Centre Hospitalier Universitaire Charles Nicolle de Rouen n’est pas l’un des plus importants de France, mais en revanche, son service d’urgences est le plus grand service d’urgences adultes, accueillant 75 000 personnes par an. Le plus grand, certes, mais pas assez, toutefois, pour satisfaire toutes les demandes, à tel point que ce phénomène de saturation des urgences devient problématique et va en s’amplifiant, d’année en année.
Pour autant, la direction de l’hôpital tient tout de suite à rassurer le public : « ce n’est pas la qualité des soins qui est remise en cause, mais bien l’accueil qui n’offre pas toutes les conditions de confort requises ».

Des facteurs qui s’additionnent

« Nous nous trouvons en face d’une quantité de facteurs qui s’additionnent : un problème de démographie médicale chez les médecins de ville, une grippe arrivée tardivement cette année et qui a sévi plus longtemps, de plus en plus de personnes âgées qui arrivent aux urgences : tout cela explique la situation de saturation certains jours aux urgences », argumente la direction de l’hôpital.

76actu est allé en immersion au sein du service des urgences pour adultes du CHU de Rouen, pour mieux comprendre la situation de l’intérieur. Cyril Gricourt, urgentiste depuis 15 ans à Rouen, nous sert de guide. C’est à l’accueil que nous le retrouvons, alors qu’au guichet d’entrée, deux infirmières organisent l’accueil des patients et les orientent en fonction de la pathologie qu’ils présentent.
Alors que les journées neigeuses et verglacées se sont enchaînées au mois de mars, les urgences de Rouen ont ainsi accueilli plus de patients qu’à l’accoutumée, la plupart d’entre eux souffrant de fractures des membres supérieurs, après des chutes.

Urgences vitales : seulement 23% de l’activité du service

Dans l’un des boxes d’accueil, un homme âgé vient d’arriver aux urgences : il souffre de vertiges. Le docteur Cyril Gricourt lui parle, cherche à en savoir plus sur lui, son environnement, comment est-il venu aux urgences, qui a appelé pour son transfert… autant de questions qui lui permettront d’affiner son diagnostic, pour l’orienter vers le service adéquat, ou pour le renvoyer chez lui si sa pathologie ne nécessite pas d’hospitalisation.
« C’est ma fille, elle a tenu à ce que je vienne là. Mais je n’ai plus de vertiges maintenant, ça va », affirme le patient quand l’urgentiste le questionne.

« Nous disposons de quatre boxes d’accueil et de 70 lits aux urgences. Mais les urgences vitales ne constituent que 23% de l’activité du service et nous enregistrons surtout des urgences dites relatives. Le souci essentiel vient du manque de médecins de ville et du fait que nous n’avons pas assez de lits dans les différents services. Nous nous retrouvons ainsi avec parfois une vingtaine de patients que nous sommes contraints de laisser dans les couloirs, déplore le médecin urgentiste. Des patients qui attendent ainsi jusqu’à 24, 48 voire 72h. »

DSC_0024.JPG
Certains jours, ce sont jusqu'à 20 patients qui attendent leur tour dans le couloir, parfois jusqu'à 72 heures ! (photo : A.B)

Infirmières « bed managers »

Un problème qui ne peut d’ailleurs pas être réglé au seul niveau du CHU, même si, sur place, les meilleures solutions sont recherchées. Dans ce registre, nous rencontrons dans l’un des bureaux du couloir des urgences, deux infirmières « bed managers », chargées à plein temps de rechercher des lits pour les patients qui arrivent et qu’il faut hospitaliser. Deux postes essentiels pour tenter d’organiser au mieux le service des urgences, d’autant qu’à certaines périodes de la journée ou de la semaine, la saturation se fait sentir de manière plus accrue : le soir ou les week-ends et tous les moments qui coïncident avec la vacuité de l’offre de soins par les médecins généralistes.

Une unité spéciale pour les séjours de courte durée

Tout au long de cette immersion et tout au long de ces 100 mètres de couloir que l’urgentiste parcourt en tous sens un nombre incalculable de fois en une journée, Cyril Gricourt nous fait découvrir tous les équipements dédiés aux urgences : les chambres qui accueillent les patients difficiles (détenus, psychiatrie…), les salles de « déchocage » où sont accueillies les urgences vitales strictes, mais aussi l’unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD), où les patients sont censés ne pas rester plus de 24 heures. Une unité qui comprend 16 lits. « Quand tous les lits de cette unité sont occupés, c’est signe qu’on est saturé », montre le médecin.

Notre vidéo : pourquoi les urgences sont-elles surchargées ? Reportage au CHU de Rouen

Accueil pour tous, à toute heure, non remis en cause

Tout patient qui arrive aux urgences est de toute façon pris en charge au CHU, ouvert 24 heures sur 24 et qui accueille tout le monde, respectant ainsi son devoir de service public. Mais si tout le monde est effectivement soigné et pris en charge aux urgences, ceci se fait malheureusement au détriment de l’accueil, qui se dégrade.

« L’organisation d’un hôpital n’est pas du tout la même qu’en clinique, par exemple, qui n’est pas elle, soumise aux urgences. La conséquence, c’est qu’en clinique, tout est programmé, mais à l’hôpital on est contraint de reprogrammer sans cesse les interventions, pour céder la place aux urgences qui arrivent. Ces situations ne sont confortables pour personne et encore moins pour les patients », insiste la direction du CHU.

Un autre facteur en somme, qui explique les mauvaises conditions d’accueil aux urgences et le fait que les malades sont parfois laissés sur des brancards, dans les couloirs, faute d’un nombre de lits suffisant pour les accueillir. Bien entendu, il faut ajouter à tout cela le facteur économique, qui n’est pas non plus négligeable.

  • Et vous, avez-vous été confronté à des délais d’attente ? Comprenez-vous cette situation ?
1 Rue de Germont, 76000 Rouen, France
  1. grenier
    19 mar 2013 22:45
    en décembre 2012, ma mère de 80 ans malade souffrant de ??? je l'ai emmenée aux urgences, elle est restée sur un brancard 23 heures dans l'attente d'un scanner pour ensuite etre déplacée sur bois-guillaume pour attendre ce fichu scanner, et encore 5 jours d'attente => verdict canser phase terminale, 4 jours après elle etais décédée.

    Si le disgnotic, avais pu se faire aux urgences, nous aurions pu l'accompagner autrement.
  2. Kévin
    18 mar 2013 11:13
    L'hôpital d'elbeuf est pas mieux servis. C'est un problème national malheureusement.