Dieppe Une Britannique jugée à Rouen pour avoir aidé un migrant. Trois mois de prison ferme

Une Britannique était jugée devant la Cour d'appel de Rouen (Seine-Maritime) pour avoir tenté de faire passer en Angleterre un mineur syrien. Elle a été condamnée. Récit.

Mise à jour : 22/01/2016 à 10:49 par Karine Lebrun

La Britannique a été interpellée à Dieppe, le 10 novembre 2015, avant de prendre le ferry Transmanche (photo d'illustration).
La Britannique a été interpellée à Dieppe (Seine-Maritime), le 10 novembre 2015, avant de prendre le ferry Transmanche. (Photo d'illustration).

Une Britannique de 41 ans, bénévole de la jungle de Calais (Pas-de-Calais), a été condamnée en première instance à Dieppe, en novembre 2015, à un an de prison ferme avec mandat de dépôt, pour avoir tenté de faire passer un mineur syrien, âgé de 15 ans, en Angleterre. Son procès en appel devant la Cour d’appel de Rouen (Seine-Maritime) s’est ouvert lundi 18 janvier 2016. La bénévole a finalement été condamnée, mercredi 20 janvier 2016, à dix mois de prison, dont trois ferme.

Criminalité organisée ?

La mise en cause avait été interpellée, le mardi 10 novembre 2015, alors qu’elle s’apprêtait à prendre le ferry Transmanche, à Dieppe, pour rejoindre l’Angleterre. Le jeune Syrien était caché dans le coffre de sa voiture. Le mineur avait une bouteille d’eau pour se désaltérer et une seconde, vide, pour uriner. Devant le tribunal de Dieppe, la mère de famille – elle a un garçon de 14 ans qu’elle élève seule – a expliqué avoir voulu aider ce migrant à rejoindre un ami « outre-Manche » qui s’inquiétait beaucoup pour lui. Elle avait rencontré « l’ami », un migrant lui aussi, dans la jungle de Calais et lui avait laissé son numéro de téléphone. Il avait réussi à passer en Angleterre. Pour l’aide demandée, il a versé à la Britannique, la somme de 500 livres (662 euros) pour la dédommager des frais du voyage. À l’époque, Sophie Biot, substitut du procureur de la République, mettait en doute les intentions philanthropiques de la bénévole, engagée depuis l’été 2015 dans des associations au chevet des migrants de Calais, en raison de cette rétribution.

Nous avons ici l’ébauche d’une organisation relevant de la criminalité organisée et du trafic d’êtres humains. Nous avons déjà eu des procédures avec un mode opératoire identique, où des personnes lambda sont recrutées en Angleterre et envoyées en France pour un rendez-vous près de la jungle », avait indiqué à France 3 la substitut.

La magistrate s’étonnait, par ailleurs, que la Britannique, serveuse et escort-girl de profession, ait laissé le garçon enfermé dans son coffre « pour aller faire du shopping », avant de prendre le bateau. La substitut avait alors requis un an de prison ferme et cinq ans d’interdiction de territoire.

Ma cliente a vraiment agi par compassion. Elle n’a eu de cesse de se soucier de l’état du mineur pendant le voyage. On met ses intentions humanitaires en doute. Cette femme a certainement été considérée comme une proie facile. Mais elle n’a rien du profil d’un passeur classique. Elle n’a pas de réseau. N’a aucune connaissance du monde de la délinquance. Elle a agi, je le répète, uniquement par compassion. Sensible par nature, elle s’est beaucoup attachée aux personnes rencontrées dans la jungle », insiste auprès de Normandie actu, son avocate, Me Nejma Ouchene.

L’avocate générale demande la confirmation de la peine de première instance

Lundi 18 janvier 2016, la bénévole a déjà passé deux mois derrière les barreaux. « Elle est extrêmement choquée. Elle ne connaît rien à l’univers carcéral et n’imaginait pas pouvoir aller en prison pour ce qu’elle a fait », relate l’avocate. Le conseil a rappelé encore et encore l’implication de ces derniers mois de sa cliente auprès des migrants. « Elle a été touchée par leur sort, cet été, et multiplie les allers-retours, depuis, pour distribuer vêtements et repas dans la jungle de Calais. Elle y a consacré toutes ses économies. »
En appel, cependant, l’avocate générale a demandé, lundi 18 janvier 2016, la confirmation de la peine prononcée en première instance. La « passeuse » présumée est retournée en prison, « effondrée ». Mercredi 20 janvier 2016, la Britannique a finalement été condamnée à dix mois de prison dont trois ferme et à cinq ans d’interdiction du territoire. Elle reste emprisonnée jusqu’au 12 février 2016 à la prison de Rouen. Cette décision judiciaire intervient six jours après le procès, à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), d’un autre Britannique, bénévole lui aussi dans la jungle de Calais, Robert Lawrie, jugé pour avoir tenté de faire passer une Afghane de quatre ans en Angleterre, en octobre 2015. Le tribunal a été relativement clément et n’a pas retenu le délit d’aide à l’immigration illégale. Le ressortissant britannique n’a été condamné, lui, “qu’à” 1 000 euros d’amende. Il n’avait pas perçu de sommes d’argent.

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