Surpoids, style vestimentaire. Ces facteurs de discrimination à l'embauche

Si l'âge, le sexe, la couleur de peau sont des facteurs de discrimination à l'embauche, un rapport indique que l'apparence physique fait aussi partie des facteurs handicapants.

Mise à jour : 15/02/2016 à 18:25 par Solène Bertrand

Plusieurs facteurs, dont le surpoids et l'apparence sont des freins à l'embauche (photo d'illustration : © Fotolia)
Plusieurs facteurs, dont le surpoids et l'apparence sont des freins à l'embauche (photo d'illustration : © Fotolia)

Une étude publiée lundi 15 février 2016 par le Défenseur des droits et l’Organisation internationale du travail (OIT) indique que l’apparence physique (surpoids, style vestimentaire) est un facteur majeur de discrimination à l’embauche et donc un frein pour le retour à l’emploi. Poids et look seraient des éléments auxquels les recruteurs seraient attentifs, rejetant ainsi une partie des candidats sur leur simple apparence. Autrement dit, dans la France de 2016, pour décrocher un boulot, il faut avoir « le physique de l’emploi ».

10% des femmes et 6% des hommes disaient avoir été discriminés à l’embauche pour leur apparence physique. Sont particulièrement en cause le poids ainsi que les looks « atypiques » (tatouages, piercings, coiffure…).

Après l’âge, look et surpoids, facteurs majeurs de discrimination

L’objectif de ce rapport de l’OIT sur la « perception des discriminations dans l’emploi » est de mieux connaître ce que recouvre la notion d’apparence physique telle que perçue par les chômeurs, tant dans leurs représentations que dans les expériences de discriminations à l’embauche dont ils font état.

Les résultats mettent en évidence la place importante qu’occupe dans les recrutements la conformité des candidats aux normes socialement admises, tant pour les codes vestimentaires, plus facilement modifiables, que pour les caractéristiques physiques, pourtant inaltérables. Avoir un style ou une corpulence « hors normes » constitue ainsi un inconvénient majeur pour être embauché et peut inciter les employeurs à questionner les candidats sur ces attributs lors des entretiens d’embauche, indique le rapport.

Pour 33% de chômeurs (36% des femmes et 31% des hommes) qui déclarent avoir été discriminés à l’embauche, l’apparence physique est le deuxième critère cité (29% par les femmes et 20% par les hommes). 79% des répondants (83% des femmes et 76% hommes) pensent que leur apparence physique a une influence sur le recruteur. Les discriminations à l’embauche liées à l’apparence physique sont rapportées presque 2 fois plus (1,7) par les femmes que les hommes : les femmes obèses et en surpoids déclarent plus souvent avoir été confrontées à des discriminations liées à l’apparence physique.

Des normes d’attractivité

Avoir un style non conforme aux codes de l’entreprise (cité à 85% par les femmes et 78% par les hommes) et le fait d’être obèse (cité à 79% par les femmes et 73% par les hommes) font partie des situations les plus pénalisantes (au même titre que le fait d’avoir plus de 55 ans, d’être enceinte et d’avoir un handicap visible).
Sans surprise, le rapport rappelle que le fait d’avoir un physique attractif est vu comme un avantage par 66% des femmes et 65% des hommes. En France, les normes d’attractivité privilégient la minceur. Le rejet pour des raisons de corpulence choque davantage les personnes interrogées que la discrimination au look, l’apparence pouvant être modifiée (coiffure, maquillage etc.) La sanction sociale de l’apparence vestimentaire pèse plus fortement sur les femmes que sur les hommes, tout comme le diktat du poids.

Une discrimination vécue pendant les entretiens d’embauche

Les questions posées ou les remarques faites aux candidats lors d’un entretien d’embauche ou d’une épreuve de concours administratif ont souvent un lien avec des caractéristiques personnelles, précise le rapport. Les situations où l’apparence est questionnée sont plus fréquemment en lien avec l’apparence vestimentaire et sont rapportées par 20% des chômeurs (17% des femmes et 23% des hommes). Parallèlement, 11% d’entre eux disent avoir déjà été confrontés à des questionnements en lien avec leur corpulence (9% de femmes et 13% d’hommes). Ce taux est de 33% chez les chômeurs obèses (26% des femmes obèses et 38% des hommes obèses). Autant d’éléments et de témoignages qui laissent penser que l’apparence, le paraître et l’enveloppe corporelle constituent des atouts pour un demandeur d’emploi, lorsqu’il est conforme aux canons de beauté, voire supérieurs à la moyenne.

Renforcer le « testing »

Les ministres de l’Économie, Emmanuel Macron, et du Travail, Myriam El Khomri, ont annoncé le lancement d’une opération visant à renforcer le « testing » des entreprises, afin de lutter contre la discriminations à l’embauche.

Il s’agit de « renforcer les pratiques » en matière de « testing », une technique visant à simuler des situations réelles pour identifier de possibles pratiques discriminatoires, a précisé le ministre, qui souhaite également pénaliser les employeurs pris en faute, rapporte Le Parisien.

Cette opération sera lancée début mars. Pour rappel, le critère de l’apparence physique fait partie des motifs de discrimination introduits par la loi n°2001-1066 du 16 novembre 2001 en même temps que d’autres tels que l’âge, le patronyme ou l’orientation sexuelle. Ce motif, qui n’apparaît ni dans la législation européenne, ni dans celle d’autres États de l’UE (sauf en Belgique), figure aujourd’hui parmi les 20 critères en vertu desquels une différence de traitement, notamment dans l’emploi, est interdite en France.

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