Rouen Rouen : la SPA se défend de mal accueillir les animaux

Michel Bénard a ouvert les portes du refuge de la SNPA de l’Île Lacroix à 76actu, pour répondre aux accusations de mauvais traitements de Richard Castel. Leurs arguments.

Mise à jour : 11/02/2013 à 19:42 par Isabelle Villy

A chaque visiteur, les chiens candidats à l'adoption se montrent sous leur meilleur jour. Certains semblent implorer comme ce petit chien noir et d'autres "donnent" leur patte, comme ce petit chien blanc du box voisin.
Devant chaque visiteur, les chiens candidats à l'adoption se montrent sous leur meilleur jour comme ce petit chien blanc (photo : Isabelle Villy).

« Abus de pouvoir, conditions d’accueil et de vie déplorables pour les animaux, mauvaise alimentation » : tels sont  les griefs que Richard Castel, administrateur au sein de la Société Normande de Protection des Animaux (SNPA) de Rouen formule à l’égard du président et du secrétaire général du conseil d’administration de la structure. Des faits d’autant plus « déplorables » selon lui, que la SNPA disposerait sur son compte de 3,5 millions d’euros, issus de dons et qui ne seraient, toujours selon lui, en rien utilisés pour prodiguer les meilleurs soins et conditions d’accueil aux animaux.

Les bénévoles et un administrateur dénoncent de mauvaises conditions d’accueil

« Samedi 8 février, nous avons manifesté avec des bénévoles, depuis le refuge de l’Île Lacroix jusqu’à l’Hôtel de Ville de Rouen pour dénoncer cette situation. Nous voulions informer le public des mauvais traitements qui sont réservés aux animaux, mais aussi des mauvaises conditions de leur accueil : des cages trop exiguës pour les chats par exemple et en règle générale, des boxes beaucoup trop petits au regard des réglementations en vigueur », affirme Richard Castel.

Au refuge de la SNPA de l’Île Lacroix, le secrétaire général du conseil d’administration, Michel Bénard, a volontiers ouvert la porte de la structure d’accueil des animaux à 76actu. Alors qu’à l’extérieur, Richard Castel et une trentaine de bénévoles se préparent pour leur manifestation, le responsable, visiblement dépité par les accusations portées contre le refuge, tient à expliquer comment tout fonctionne ici et à rétablir la vérité, tant en ce qui concerne les animaux, que pour les comptes de la SNPA et l’argent qui s’y trouve.

Le refuge de l’Île Lacroix va porter plainte pour diffamation

« Je tiens tout de suite à dire que nous constituons actuellement avec notre avocat un dossier pour porter plainte en diffamation. Tout ce qui se dit par voie de tracts déposés chez les commerçants notamment et sur la page d’un réseau social est inadmissible et surtout loin de la vérité », s’insurge Michel Bénard.

Le responsable du lieu nous propose d’ailleurs de visiter toutes les installations de l’Île Lacroix, afin que nous puissions nous faire une idée du type d’accueil que les animaux reçoivent sur place.

« La DDPP, que l’on appelait auparavant la direction des services sanitaires, est venue la semaine dernière pour contrôler nos installations : ils n’ont rien trouvé à dire concernant les animaux. Tout au plus, ce que nous savions déjà puisque ces locaux sont anciens maintenant, nous devrons améliorer l’assainissement, mais ceci ne nuit pas au bon accueil des animaux »,  insiste le secrétaire général, qui précise qu’une centaine de chiens sont accueillis au refuge.

Richard Castel, membre du conseil d'administration de la SNPA de l'Ile Lacroix, a organisé une manifestation dans Rouen avec quelques bénévoles, samedi 9 janvier (photo : Isabelle Villy)
Richard Castel, membre du conseil d'administration de la SNPA de l'Ile Lacroix, a organisé une manifestation dans Rouen avec quelques bénévoles, samedi 9 janvier 2013 (photo : Isabelle Villy).

« Les chiens ne manquent pas de nourriture »

Et en ce qui concerne les animaux, Michel Bénard est clair : en aucune façon ils ne manquent de nourriture. « Nous faisons rentrer 17 tonnes de croquettes par an. Les animaux mangent, mais parfois l’ennui, le fait d’avoir été abandonnés, cela joue sur leur envie de se nourrir », constate le responsable. Quant aux boxes qui seraient trop petits ou les conditions d’accueil des chats, qui seraient déplorables selon Richard Castel, là encore, Michel Bénard s’inscrit en faux.

« M. Castel s’appuie sur des normes qui ne sont pas valables dans le cadre du refuge. Ce sont des normes qui concernent les particuliers. Ici, au refuge, bien-sûr nous ne chauffons pas les boxes en hiver. Mais les niches sont orientées de manière à ce que les chiens ne souffrent pas les jours de grand froid. Les responsables des services vétérinaires nous ont d’ailleurs bien stipulé qu’il est fortement contre-indiqué de mettre des couvertures dans les niches par exemple, car les animaux pourraient les ingérer. Par ailleurs, les chats disposent d’un lieu confortable et nous avons aménagé un local chauffé pour accueillir les petits chiens et ceux qui sont plus fragiles », détaille Michel Bénard, visiblement indigné que l’on puisse lui reprocher de ne pas prendre soin des animaux.

Des bénévoles « remerciés » ?

Autre motif de discorde entre Richard Castel et la SNPA : les bénévoles. Richard Castel soutient effectivement que quasiment tous les bénévoles de la structure ont été remerciés.

« Ces bénévoles se proposaient pour les promenades de chiens. Or, le secrétaire général a décidé purement et simplement de supprimer cette activité qui était pourtant bénéfique aux animaux »,  explique Richard Castel, convaincu que c’est là une décision abusive de la part du président.

Réponse de Michel Bénard, qui confirme que le nombre de bénévoles a diminué, mais qui dément formellement le fait qu’ils aient purement et simplement été remerciés.

« Nous avons effectivement ramené le nombre de bénévoles à une vingtaine, tout ceci pour une simple question d’organisation et de confort des animaux. Le but étant de promener les chiens une petite demie heure et que cela se fasse dans un certain ordre, pour ne pas les énerver inutilement. M. Castel voulait, lui, qu’on donne une clé à chaque bénévole, mais évidemment, ceci est totalement impossible. Il faut quand même rappeler qu’il existe un règlement, que chacun doit observer », plaide Michel Bénard.

 

Dans leur local, avec vue sur l'extérieur, les chats se prélassent, indifférents aux passants du refuge.
Dans leur local, avec vue sur l’extérieur, les chats se prélassent, indifférents aux passants du refuge.

 

3,5 millions d’euros sur un compte : pour quoi faire ?

Enfin, dernier argument, et non des moindres, avancé par Richard Castel : la SNPA disposerait de 3,5 millions d’euros sur un compte, provenant de dons, argent qu’elle n’utiliserait pas selon lui, pour prendre soin des animaux. Dans tout cela, Michel Bénard relève une vérité : oui, le compte du refuge est bien crédité de 3,5 millions d’euros, mais en aucune façon il ne s’agit de thésauriser sans raison.

« Il faut savoir que chaque année, nous enregistrons un déficit récurrent, que nous pouvons combler grâce à cette avance dont nous disposons. Par ailleurs, nous avons également des projets, comme celui de trouver un lieu plus grand pour accueillir les animaux. Mais il faut trouver un terrain, dans la proche agglomération puisque nous devons respecter nos conventions avec la ville de Rouen et les collectivités voisines notamment. Il est évident que cet argent, sur le compte est destiné à cet investissement », assure Michel Bénard.

Un projet de maison pour les « vieux chiens »

Et dans le registre des investissements, le refuge de l’Île Lacroix nourrit également un autre projet : celui de construire une maison « pour les vieux chiens », pour les accueillir le temps qu’ils retrouvent un nouveau foyer d’accueil. Pour conclure, Michel Bénard estime qu’il serait plus « utile et juste de manifester contre tous ceux qui abandonnent les animaux et leur infligent de mauvais traitement ». Bien souvent en effet, « les gens viennent au refuge, pour déposer leur animal comme un vulgaire objet, dont ils ne veulent plus. Et si le refuge n’accède pas à leur volonté d’abandon de leur animal, ces maîtres menacent de les laisser attachés à un arbre dans la nature…» Un autre combat à mener, certes.