Rouen Rouen. Lubrizol : quel bilan de la crise ?

Alors que l'enquête sur la fuite de gaz continue, l'heure est à l'analyse. Une erreur humaine serait à l'origine de cet incident, "sans risques pour la santé" a annoncé le préfet.

Mise à jour : 13/02/2013 à 07:56 par Hervé Pinson

Le préfet Pierre-Henry Maccioni et le porte-parole du ministère de l'Intérieur Pierre-Henry Brandet ont fait le bilan de la crise Lubrizol pour en tirer les conséquences
Le préfet Pierre-Henry Maccioni et le porte-parole du ministère de l'Intérieur Pierre-Henry Brandet ont fait le bilan de la crise Lubrizol pour en tirer les conséquences

CoDERST, pour Conseil de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques. C’est cette entité que le préfet de Seine-Maritime, Pierre-Henry Maccioni, a présidé mardi 12 février 2013 pour une réunion exceptionnelle autour de l’affaire des odeurs de Lubrizol. Trois enseignements à retenir, selon l’autorité préfectorale : « Apporter des corrections dans le procédé industriel pour éviter un nouvel incident de ce type, renforcer l’encadrement des émissions sur le site de Lubrizol en mettant en place des capteurs fiables et créer un système de diffusion multi-canaux d’information de la population, de concert avec les élus de la communauté d’agglomération et les associations. » Ajoutant que : « Aucun suivi sanitaire n’a été décidé, en raison de l’absence d’impact sur la santé. »

« Conjonction de phénomènes »

C’est une « conjonction de phénomènes », selon le procureur de la République de Rouen, Jean-François Bohnert, qui aurait conduit à l’élévation de la température dans un bac entre le 18 et le 21 janvier, générant la décomposition du produit et le nuage olfactif de mercaptan, ce gaz qui a été senti jusqu’en Angleterre et en Île-de-France. Les habitants de Rouen et de sa région se souviennent de ce 21 janvier 2013 et de ses odeurs nauséabondes ayant parfois provoqué maux de tête et nausées.

« Avec un facteur humain très vraisemblablement, poursuit le procureur, avec une manipulation erronée sur le bac en question, facteur humain qui devra encore être précisé. Les éléments de l’enquête permettent d’exclure une malveillance. Un deuxième facteur existe, à savoir l’absence d’instruments de mesure sur le bac en question qui aurait permis de détecter l’élévation de la température. »

« Tout est perfectible »

Par la voix de son directeur, Frédéric Henry, Lubrizol refait son mea culpa et évoque la communication de l’entreprise lors de la crise : « Je pense que tout est perfectible… »

Écoutez son intervention :

Une communication pointée du doigt par les journalistes dans la salle de conférence de presse et au sujet de laquelle Pierre-Henry Brandet, le porte-parole du ministère de l’Intérieur, a voulu faire une précision en mettant en avant la « surmédiatisation » de l’évènement.

Voici ce qu’il dit :

Selon le président de la CREA (Communauté d’agglomération de Rouen-Elbeuf-Austreberthe), Frédéric Sanchez, c’est toute l’image de la région qui est en jeu : « C’est l’occasion de remettre les choses en perspective et de faire de la pédagogie, notamment dans les établissements scolaires. Le choc psychologique est réel et renvoie à la problématique de l’image qu’ont les habitants de leur environnement (…) On ne peut pas laisser s’installer l’idée que ça pue le mercaptan régulièrement, car c’est tout simplement faux », affirme Frédéric Sanchez.

« À quelque chose, malheur est bon »

« C’est un retour d’expérience local qui doit être considéré ; la contribution à un retour d’expérience national, ajoute le préfet Maccioni. Il y a des marges de progression : pour moi, c’est un premier pas et il y en aura d’autres. À quelque chose malheur est bon. Ce retour est demandé par les ministres Manuel Valls et Delphine Batho qui veulent en tirer les conséquences en matière de sécurité civile. Peut-être pour avancer dans notre réseau d’alerte national ou pour le service d’alerte et d’information à la population. »

Aujourd’hui l’usine Lubrizol a redémarré toutes ses activités à l’exception de l’unité dans laquelle figure la cuve qui a présenté le dysfonctionnement. La société devra présenter un rapport complet sur les causes de cet incident (un premier rapport a déjà été remis à la DREAL le 7 février) et indiquer les mesures correctives qui seront prises pour éviter qu’un tel événement ne se reproduise. C’est alors que l’unité aujourd’hui à l’arrêt pourrra être remise en service. L’enquête judiciaire menée par la section de recherche de la gendarmerie nationale se poursuit.