Rouen Reportage. Une journée avec la ministre des Sports

Il y a un an, Valérie Fourneyron quittait la mairie de Rouen pour succéder à David Douillet au ministère des Sports. 76actu l'a suivie une journée, dans son agenda de ministre.

Mise à jour : 20/05/2013 à 15:28 par Philippe Rifflet

L’ancienne maire de Rouen sur le perron de l'Élysée, avec Manuel Valls, ministre de l'Intérieur, mercredi 15 mai 2013. (Photo : Philippe Rifflet)

8h45. Mercredi 15 mai 2013. Le rendez-vous est fixé dans la cour de l’Élysée. Exceptionnellement, le Conseil des ministres a été avancé à cette heure-là. D’ordinaire, François Hollande réunit son gouvernement à partir de 10h. La journée de Valérie Fourneyron, elle, a déjà commencé depuis longtemps.
Depuis 7h, elle a déjà enchaîné deux directs sur I-télé et Canal+. Au menu des interviews, les incidents du Trocadéro lors de la fête du PSG :

10h15. Le Conseil des ministres s’achève. L’ancienne maire de Rouen apparaît sur le perron de l’Élysée. Manuel Valls l’attend pour descendre avec elle les quelques marches face aux journalistes.
Le ministre de l’Intérieur entend afficher une solidarité totale au lendemain des incidents du PSG. Des incidents qui les ont conduits à travailler de manière très rapprochée depuis le début de la semaine. Aucun des deux ne fera de déclaration aux journalistes politiques, qui, pourtant, les interpellent avec insistance.

« Les moments de respiration en famille sont de plus en plus rares »

10h20. Valérie Fourneyron a pris place dans sa voiture. Elle pousse un grand soupir. Visiblement fatiguée.

« Oui, je vous le confirme, le rythme est…sportif ! Mieux vaut être en bonne santé et solide, sur tous les plans, pour tenir le coup… Je reviens de temps en temps à Rouen, mais il faut bien avouer que les moments de respiration en famille sont de plus en plus rares, et souvent réduits au minimum.»

En poste depuis un an, l’ancienne maire de Rouen a déjà visité les 2/3 des régions françaises, et effectué des déplacements dans des dizaines de pays. « Le week-end dernier, j’étais à Montréal pour une conférence sur le dopage. Les travaux ont duré jusqu’à tard dimanche soir. J’ai atterri lundi à Paris à 8h, et, à 8h30, une réunion de cabinet m’attendait. »
La soirée de lundi, qui devait être calme, a finalement pris des allures de cauchemar avec les incidents du Trocadéro. Résultat, la ministre des Sports est restée au ministère de l’Intérieur une partie de la nuit. Cellule de crise oblige.

Son bureau au 6e étage, dans le 13e

11h. Arrivée au ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative, dans le 13e arrondissement. Entre l’Élysée et son bureau du 6e étage de cet immeuble neuf, avenue de France – qui n’a rien à voir avec les palais de la République – Valérie Fourneyron a juste eu le temps de répondre a quelques-unes de nos questions, tout en écoutant Fabrice, son officier de sécurité, qui lui rappelle quelques éléments de son emploi du temps à suivre.
11h15. À peine arrivée dans son bureau, sa directrice de communication lui rappelle un rendez-vous téléphonique urgent et… confidentiel. Notre conversation doit s’interrompre quelques instants. Il faut s’éclipser.

Une pique au journaliste de l’Équipe

11h30. Briefing rapide pour préparer la conférence de presse fixée à midi au cours de laquelle Valérie Fourneyron dressera, devant une dizaine de journalistes nationaux, le bilan de sa première année au Ministère. Elle relit rapidement le document préparé par son équipe, l’amende, et le corrige. Pas un mot n’est laissé au hasard.

12h. C’est Soued, salariée du Ministère depuis 1995 qui se charge d’accueillir les journalistes de L’Équipe et de tous les grands quotidiens nationaux. Dans la foulée, la ministre arrive quasiment en courant. Salue tout les monde et ouvre la conférence en balançant une petite pique bien sentie au journaliste de L’Équipe. Un article publié le matin même dans les colonnes du grand quotidien sportif a égratigné son ministère. Injustement, selon Valérie Fourneyron.

À la question, « un an après votre arrivée au ministère, qu’elle note vous donnez-vous ?, la ministère répondra, avec 11 engagements sur 30 réalisés en un an sur les cinq que j’avais devant moi, je pense que le bilan est plutôt bon…»

14h. Pas de déjeuner, juste un plat avalé à la va-vite à la « popote », un espace convivial du ministère où les membres du cabinet déjeunent, en courant. « C’est souvent l’occasion pour la ministre de nous passer des commandes ou de faire un point sur des dossiers en cours…», explique Valérie, sa directrice de communication. Le travail ne s’arrête jamais.

Je mets cependant un point d'honneur à rester jusqu'au terme de la séance des questions au gouvernement, insiste la ministre.
"Je mets un point d'honneur à rester jusqu'au terme de la séance des questions au gouvernement", insiste la ministre. (Photo : PR)

14h45. Départ pour l’Assemblée nationale pour la séance de questions au Gouvernement. Installée sur le banc des ministres, à côté de Stéphane Le Foll (Agriculture) et juste au dessus de Benoît Hamon (Consommation) et Najat Vallaud-Belkacem (Droit des femmes et porte-parole du Gouvernement, qui sera à Rouen, samedi 25 mai).
Valérie Fourneyron potasse ses dossiers, discute peu, sourit, mais reste visiblement concentrée. Mercredi, elle ne sera pas interpellée. :

« Je mets cependant un point d’honneur à rester jusqu’au terme de la séance, alors même que l’hémicycle se vide en partie à 16h, quand cesse la retransmission télévisée en direct…»

Rouen et son agglomération, son port d’attache…

17h. Retour dans la voiture ministérielle garée dans la cours de l’Assemblée. Corentin, l’un des conseillers de la ministre, lui remet le dossier de présentation de l’Équipe de France de tennis de table qu’elle va rencontrer en fin d’après-midi. Sa lecture s’arrête instantanément sur Marina Berho, joueuse de l’ALCL de Grand-Quevilly. En dépit de ses nouvelles responsabilités, Valérie Fourneyron ne se refera pas, Rouen et son agglomération restent son port d’attache et sa ville de cœur.

Au championnat du monde de tennis de table organisé à Bercy.
Au championnat du monde de tennis de table organisé à Bercy. (Photo : PR)

17h30. Interview programmée avec un journaliste du quotidien 20 Minutes.
18h30. Départ du ministère où Valérie Fourneyron apprend qu’un coureur Français de l’équipe AG2R vient d’être contrôlé positif sur le Tour d’Italie. Colère !
18h45. Fort heureusement, l’ambiance du championnat du monde de tennis de table organisé à Bercy, sera toute différente. La ministre assistera à la victoire de Yi Fang Xian, la meilleure joueuse Française, et saluera l’Ambassadeur de Taïwan venu soutenir son équipe nationale.

« Ce moment passé dans la tribunes d’un stade ou d’un gymnase est un vrai moment de respiration pour la ministre, elle adore ça…», témoigne un membre de son cabinet.

Dans un petit salon, Valérie Fourneyron se fera présenter tous les membres de l’équipe de France et claquera une bise à Stéphane Diagana, ancien capitaine de l’équipe de France d’athlétisme venu en supporter.

Des collaborateurs de Rouen

20h. Retour au bureau car la journée est loin d’être terminée. La ministre et son équipe rapprochée doivent préparer le déplacement du lendemain au Parlement européen à l’occasion d’une rencontre de tous les ministres des sports des pays de l’Union sur le thème de la lutte contre le dopage. La ministre et trois de ses conseillers prendront le train de 8h jeudi matin.
1h25. Cette fois, la journée est terminée. Elle a duré 18h30 !

Une équipe réduite, mais des têtes connues « Le parlement et le gouvernement, c’est deux mondes bien différents. Je ne connaissais rien aux rouages des cabinets ministériels…», confie Valérie Fourneyron.

De l’importance de pouvoir compter sur un cabinet efficace et rompu à l’exercice. Pas utile pour autant d’avoir une équipe disproportionnée. Sa directrice de communication fait d’ailleurs remarquer dans un sourire, que Valérie Fourneyron compte 15 collaborateurs directs, « alors que David Douillet en avait 25 pour le seul domaine du sport. Nous, en plus, nous avons la jeunesse et la vie associative…»

Comme pour se rassurer, c'est à Rouen, ou dans son carnet d'adresses, que la ministre est allée chercher beaucoup de ses collaborateurs.
Comme pour se rassurer, c'est à Rouen, ou dans son carnet d'adresses, que la ministre est allée chercher beaucoup de ses collaborateurs. (Photo : PR)

Comme pour se rassurer, c’est à Rouen, ou dans son carnet d’adresses, que la ministre est allée chercher beaucoup de ses collaborateurs. Son directeur de Cabinet, Pascal Sanjouan, a été préfet à la politique de la Ville à la préfecture de Rouen, Philippe Novel, qui fut son directeur de cabinet à la mairie de Rouen, a lui aussi rejoint le ministère, tout comme son ancien attaché parlementaire. Ceci explique sûrement que le tutoiement soit de rigueur dans ce ministère où les seules décorations sont constituées de posters de champions.
L’ambiance est visiblement détendue, même si les journées sont la plupart du temps comparables à des courses de fond tout en étant soumises au diktat de l’immédiateté.
Dans son équipe, Valérie Fourneyron est considérée comme une « travailleuse acharnée et une perfectionniste ».

« En prenant ses fonctions, elle était surtout connue pour ses connaissances du milieu sportif. Elle a immédiatement voulu se mettre à niveau dans les domaines de la jeunesse et de la vie associative. Les premières semaines ont été rudes en termes de volume de travail…», se souvient un membre de son équipe.

« L’absence de vision, de sens et d’ambition dans cette maison »

« Rénover en profondeur la gouvernance du sport ». C’est l’ambition et le fil rouge de son action. Volontiers politique, et totalement solidaire de la politique menée par Jean-Marc Ayrault en dépit des déceptions ressenties dans l’opinion, Valérie Fourneyron devant les journalistes charge volontiers David Douillet, qui l’a précédée dans le fauteuil du ministère :

« Je ne reviendrai pas sur l’absence de vision, de sens et d’ambition qui existait dans cette maison…»

Jeunesse. « C’est m’a priorité. Mon ministère est concerné par 20% des emplois d’avenir lancés par le Gouvernement ».
Armada. « J’y viendrai, bien sûr, mais je ne sais pas quel jour. Vous savez, même mon programme du lendemain n’est pas toujours garanti, alors… Quant à François Hollande, non, à priori, il ne viendra pas ».
Football. « Les dirigeants du football professionnel devront comprendre un jour qu’on ne peut pas vivre à crédit éternellement. Il y a urgence à créer un modèle économique durable et pour cela, il faudra lutter contre la surenchère permanente, à commencer par le montant des transferts et les salaires démesurés.»
Remaniement. Un collaborateur, « on lit tout ça dans la presse, bien sûr, mais on a l’obligation de se préserver. On évite de penser à ça sinon, toute action serait paralysée… »

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