Caen Réactions. Normandie. Fumier, routes bloquées. Les agriculteurs « se trompent de cible »

En Normandie, les agriculteurs ont (encore) manifesté leur colère à Caen et Lisieux (Calvados), lundi 15 février 2016. Des actions qui font débat. Vos réactions.

Mise à jour : 16/02/2016 à 18:50 par La Rédaction

Les agriculteurs face aux forces de l'ordre, à Caen (Calvados), à la mi-journée, lundi 15 février 2016. (Photo : Lou Benoist)
Les agriculteurs face aux forces de l'ordre, à Caen (Calvados), lundi 15 février 2016. Depuis plusieurs mois ces scènes se répètent. (Photo : Lou Benoist)

Mardi 16 février 2016, retour au calme en Normandie, après une (nouvelle) journée d’actions, la veille et dans la nuit, à Caen, Bayeux, et Lisieux (Calvados). Alors que le périphérique de Caen avait été fermé, dans la journée, une centaine d’agriculteurs sont passés à l’action à Lisieux, dans la nuit du lundi 15 au mardi 16 février 2016, à l’initiative des Jeunes agriculteurs. Après un rassemblement devant la permanence de Clotilde Valter, désormais secrétaire d’État auprès de la ministre du Travail, de l’Emploi et de la formation professionnelle, ils ont ensuite déversé du fumier devant plusieurs supermarchés.

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Des actions qui ne font pas l’unanimité chez les agriculteurs qui, pour certains, ne se reconnaissent pas dans les manifestations et veulent faire entendre une autre voix. C’est le cas de Mathieu Périer, éleveur dans l’Orne, qui n’approuve pas les manifestations de ses confrères. Témoignage.

Une crise profonde et réelle

Mathieu Périer, 37 ans, est producteur de lait à La Motte-Fouquet, près de la Ferté-Macé, dans l’Orne. Depuis le début de la mobilisation des agriculteurs, l’été dernier, Mathieu Périer n’a jamais souhaité rejoindre les rangs des manifestants.

Je ne suis pas d’accord avec les revendications de la FNSEA, le syndicat majoritaire : moins de charges, moins de normes… La crise est réelle et sans précédent, mais la solution n’est pas là.

La profession souffre :

Le monde paysan, qui est devenu minoritaire, voire marginal en France, voit son modèle bouleversé ces dernières décennies. En plus de 30 ans, la part de l’agriculture française dans le Produit intérieur brut (PIB) s’est fortement asséchée. Une courbe qui plonge sans que rien ne puisse l’arrêter. D’après les chiffres de la Banque mondiale, si elle représentait encore 4 % de l’économie française dans les années 1980, elle n’est désormais plus qu’à 1,7 % en 2014. (…) Si le secteur agricole comptait plus de six millions d’emplois à la fin des années 1950, il n’en totalisait plus que 850 000 en 2013, rappelle de son côté Le Monde.

Un métier qui évolue, des paysages qui changent et des consommateurs qui encouragent la baisse des prix dans les grandes surfaces.

Les agriculteurs se trompent de cible en fustigeant la grande distribution et les politiques, ils confondent la cause et ses effets. La solution est entre les mains des citoyens qui consomment. Si nous voulons soutenir les filières françaises nous devons accepter d’en payer le prix et pourquoi pas ceux qui se pratiquaient en 1990 ?, déclare ainsi au quotidien, Daniel Maizeret, ancien président départemental des Verts pour le Cher.

Des manifestations contre-productives

Pour Mathieu Périer, la grande distribution n’est pas le problème :

Le problème, ce sont nos prix qui sont indexés sur les marchés mondiaux et notre production qui n’est pas réalisée en fonction de la demande. Il y a trop de lait sur le marché, alors, évidemment, les prix baissent. Nous devons réguler nos volumes, adapter l’offre à la demande et relocaliser notre économie. Il n’y a pas besoin d’être un grand économiste pour comprendre le problème !

L’éleveur de Normandie n’approuve pas non plus la manière de manifester d’agriculteurs en colère, depuis plusieurs mois. « Mettre du fumier en ville, devant les grandes surfaces, faire de la casse, bloquer nos concitoyens sur les routes… Pour moi, ce n’est pas bien. Comment voulez-vous qu’après, on demande aux consommateurs d’acheter nos produits ? Comment voulez-vous demander aux directeurs des grandes surfaces de mettre en tête de gondole nos produits dans les rayons de leurs magasins ? »

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D’autres voix s’élèvent

Avec plusieurs agriculteurs de l’Orne, Mathieu Périer, adhérent à l’Association des producteurs de lait indépendants, organise une réunion sur la crise de l’élevage, mercredi 17 février 2016, à 20h30, à la salle du Rex, à Briouze (Orne).

Nous voulons faire venir tous les agriculteurs taiseux qui bougonnent dans leur coin et qui baissent les bras. Car s’il y en a 10 % qui vont crier sur les ronds-points et faire de la casse dans les villes, il faut savoir que tous les autres subissent la crise de plein fouet en silence et ne disent pas ce qu’ils en pensent.

Des agriculteurs syndiqués de la FNSEA, des Jeunes agriculteurs mais aussi de la Confédération paysanne seront présents. « Nous sommes arrivés à un tournant de notre métier. Nous devons restructurer notre façon de travailler. Il y aura du débat », promet Mathieu Périer. Les consommateurs sont aussi invités à venir participer.

> Lire aussi. Manif’ des agriculteurs à Caen. 600 000 euros de dégâts, le préfet porte plainte

Nous devons expliquer ce qui se passe dans nos exploitations, les problèmes que nous rencontrons. Nous devons le dire aux consommateurs. Ce n’est pas en bloquant les routes qu’ils comprendront nos problèmes…

« Nous ne sommes pas des méchants »

D’autres professionnels estiment que les actions coup de poing demeurent un mode de contestation efficace pour interpeller les politiques sur leur situation. Lundi 15 février 2016, la circulation à Caen et dans son agglomération a été très perturbée. Le périphérique nord de Caen a notamment été coupé par les forces de l’ordre, par mesure de sécurité :

Notre but était uniquement d’atteindre les permanences politiques à Caen pour y déverser du fumier. Mais les CRS nous ont interdit l’entrée dans la ville… Nous ne souhaitions en aucun cas troubler la circulation. Ce sont d’ailleurs les forces de l’ordre qui ont pris la décision de bloquer le périphérique, pas nous, rapporte un membre des Jeunes agriculteurs, sur Normandie-actu.

Pour les citoyens, le résultat est le même. Bilan de cette journée : une circulation fortement perturbée à Caen et dans son agglomération, mais aussi à Bayeux et Lisieux, où les tensions se sont ravivées dans la soirée. Un couple d’agriculteurs aurait également été interpellé.

> Lire aussi. Agriculteurs en colère en Normandie. Des dégâts à Saint-Lô, le préfet porte plainte

Plus de 600 000 euros de dégâts à Caen, l’été dernier

L’été dernier, à Caen, les actions avaient coûté plus de 600 000 euros aux contribuables. Il y a quelques jours, c’était l’A84, entre Caen et Rennes qui avait coupée. Les barrages routiers en Bretagne et la casse auraient été chiffrés à 4 millions d’euros, lors du dernier mouvement.

Ce n’était pas la peine d’envoyer un hélicoptère pour nous suivre ! , ajoute-t-il. Nous sommes des agriculteurs. Nous ne sommes pas des « méchants ». Si nous voulions véritablement nous monter contre les forces de l’ordre, nous en avons largement les moyens. Ce que nous voulons, c’est nous faire entendre, c’est tout. Tant que les politiciens de réagissent pas, nous continuerons.

De son côté, la FNSEA a entamé des négociations avec la grande distribution. Dans le Calvados, rendez-vous était donné à Ifs, lundi 15 février, dans l’après-midi. La centrale nord-ouest de Système U, (qui couvre une vingtaine de départements du nord de la France), se serait engagée sur la « charte des valeurs », présentée par la FNSEA.

  • Et vous, qu’en pensez-vous ?
    Les manifestations à répétition des agriculteurs rendent-elles leur cause impopulaire ?

Les actions, ces dernières heures, en Normandie >

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