Rouen Pont Mathilde : la guerre des assureurs

Alors que le pont Mathilde reste inutilisable depuis l'embrasement d'un poids lourd d'hydrocarbures le 29 octobre 2012, les assurances bataillent pour définir les responsabilités.

Mise à jour : 30/04/2013 à 11:27 par Isabelle Villy

Les experts en assurance tentent de déterminer si les caravanes stationnées sous le pont n'ont pas constitué un facteur aggravant lors de l'incendie du pont Mathilde le lundi 29 octobre 2012 (Photo Dvelec).
Les experts en assurance tentent de déterminer si les caravanes stationnées sous le pont n'ont pas constitué un facteur aggravant lors de l'incendie du pont Mathilde le lundi 29 octobre 2012 (Photo Dvelec).

C’était il y a six mois. Le lundi 29 octobre 2012, un poids lourd transportant des hydrocarbures provoquait un accident et s’embrasait sur le pont Mathilde, à Rouen, rendant la structure inutilisable pour des mois.
Les conclusions de l’enquête, six mois après l’accident, n’ont toujours pas été rendues publiques, mais un excès de vitesse du conducteur du camion a rapidement été mis en avant pour expliquer le sinistre. Aujourd’hui, outre les problèmes récurrents de circulation, ce sont les batailles d’experts entre les assurances qui sont au coeur de l’actualité, et ne sont visiblement pas sur la voie de s’achever, comme le confirme l’un des assureurs en charge de ce lourd dossier.

Le problème du stationnement sous le pont

« C’est un dossier très complexe. Ce que l’on peut rappeler, c’est que les collectivités ont choisi de ne pas attendre la fin des expertises pour lancer les travaux de réparation du pont. Pour l’heure, les expertises techniques s’attachent à déterminer si les caravanes stationnées sous le pont – et qui ont pris feu après l’accident – n’ont pas constitué un facteur aggravant pour la structure. À partir de là, il faudra déterminer les responsabilités, mais cela peut durer longtemps… On entre là dans le temps judiciaire », souligne l’assureur de la citerne.

Pour donner une idée de la complexité de ce dossier, rappelons que le poids lourd à l’origine de l’accident, compte déjà deux assureurs : celui en charge de la citerne, et celui du transporteur, pour la cabine ! Deux assureurs pour un même véhicule, ajoutés à tous ceux qui doivent intervenir dans ce dossier, à savoir ceux parlant au nom des collectivités, mais aussi des forains dont les caravanes stationnaient sous le pont à l’occasion de la foire Saint-Romain !
D’autant que chacun se renvoie la balle, semblant vouloir décliner ses responsabilités dans la perspective d’assumer la (lourde) facture des réparations.

Le Département « assume » pour l’heure…

Ne pas attendre la fin des expertises et ce « long temps judiciaire » , comme le qualifie l’assureur de la citerne du camion, suppose qu’il faut avancer les sommes nécessaires à la remise en état du pont.
Un chantier au coût exorbitant de huit millions d’euros, que le président du Département de Seine-Maritime, Didier Marie, « assume ».

Il annonçait, dès le 29 janvier, que le « le Conseil général dispose de la trésorerie suffisante pour assurer la totalité des travaux du pont Mathilde ».

Lors de la présentation du budget 2013 de la Région Haute-Normandie, début décembre 2012, le président, Alain Le Vern, avait quant à lui affirmé que la Région était prête également, de son côté, à débloquer des fonds…
Mais ce qui est certain, c’est que le Département compte bien, dans cette affaire, récupérer l’argent avancé. D’où l’importance de cette bataille d’experts. La remise en circulation du pont Mathilde, elle, ne se fera en tout cas pas avant l’été 2014, si tout va bien.

Ce contournement dont on parle depuis plus de 30 ans…

L’accident n’avait presque miraculeusement fait aucune victime, mais les conséquences de ce sinistre ont été vite ressenties par les automobilistes : la fermeture du pont Mathilde, qui supportait jusqu’ici un trafic d’environ 80 000 véhicules par jour, a en effet généré d’insolubles embouteillages, accentuant le casse-tête de la circulation à Rouen et dans son agglomération. Un accident qui a remis en évidence la nécessité d’un contournement, dont on parle depuis plus de 30 ans maintenant, pour notamment relier l’A28 à l’A13.

Le ministre des transports a même fait le déplacement…

En attendant ce toujours hypothétique délestage de la circulation, tous les élus de la Région, du Département, de l’Agglomération et de la Ville de Rouen se sont penchés sur le problème.
Le ministre des transports, Frédéric Cuvillier, est même venu à Rouen, réaffirmant aux collectivités locales « le soutien de l’État » pour la meilleure aide technique possible. Concrètement, les élus ont réinvité les usagers de la route à repenser autrement leurs déplacements, en déposant par exemple leurs véhicules dans des parkings relais et en utilisant les transports en commun. Mais rien n’y fait : les problèmes de circulation à Rouen, de quelque endroit que l’on vienne, restent un inextricable casse-tête et une source de stress au quotidien pour les automobilistes.