Pollution visuelle en Normandie. Le retour des panneaux publicitaires géants

Bientôt, des publicités géantes (50 m2) aux abords des grands stades, comme ceux du Havre et de Caen ? C'est ce que propose un décret du ministère de l'Écologie, Euro 2016 oblige.

Mise à jour : 22/01/2016 à 12:36 par Solène Bertrand

En juillet 2015, une loi luttait contre la pollution visuelle. En 2016, Euro oblige, un décret revient sur les mesures. (Photo : Paysages de France)
En juillet 2015, une loi luttait contre la pollution visuelle. En 2016, Euro oblige un décret revient sur ces mesures. (Photo © Paysages de France)

Voilà un projet qui peut surprendre de la part d’un ministère de l’Écologie, qui doit lutter contre la pollution visuelle et protéger les paysages : un décret mis en consultation le 15 janvier 2016 par le ministère de l’Écologie vise à autoriser les panneaux publicitaires « grand format » (50 m2), aux abords des stades de plus de 15 000 places, situés ou non en agglomération.
53 enceintes sportives sont concernées : parmi elles, les stades Océane (25 178 places) et Deschaseaux (16 382 places) au Havre (Seine-Maritime) et le stade Michel-d’Ornano (21 215 places) à Caen (Calvados). Les raisons de ce projet sont économiques : la mesure devrait permettre aux marques et aux collectivités locales de profiter de l’effet Euro 2016.

Surfer sur la vague de l’Euro 2016

Le décret prévoit de permettre l’installation des panneaux publicitaires de grand format, lumineux ou non, afin de profiter des retombées économiques de l’Euro 2016, comme le souligne le texte :

Ces nouvelles dispositions ont notamment été adoptées en vue de l’organisation du championnat d’Europe des nations de football « Euro 2016 » par la France en juin 2016. Elles sont effectives de manière permanente, leur but étant de dégager des financements pour les propriétaires de ce type d’équipement, notamment les collectivités locales.

Des ajustements apportés « dans un contexte de recherche de leviers favorables à la relance de l’économie.» De grands panneaux publicitaires pourraient alors fleurir aux abords des stades. Jusqu’ici, ce type d’installation était visible dans les aéroports.

« Un refus de dialogue »

Ces mesures relatives à la publicité extérieure provoquent l’ire des associations de défense du paysage :

Ces dispositions auraient dû faire l’objet d’une concertation avec les associations. Il y a un véritable passage en force, sans négociations possibles. Au lendemain de la COP 21, la ministre de l’Écologie signe un véritable désastre environnemental, indique au Figaro Pierre-Jean Delahousse, président de l’association Paysages de France.

L’association invite à participer massivement à la consultation et à refuser ce décret.

> Le public peut déposer des observations par voie électronique sur ce projet de décision jusqu’au 9 février 2016 inclus à l’adresse mail suivante  qv2.qv.dhup.dgaln@developpement-durable.gouv.fr

Paysages de France ne décolère pas :

Toutes les mesures envisagées ont en effet été « dictées » par les afficheurs. Certaines d’entre elles conduisent même à un retour en arrière de 35 ans et annulent d’un trait de plume l’une des principales avancées du Grenelle de l’affichage. D’autres bafouent purement et simplement la COP 21 en permettant le pire en matière d’affichage lumineux et numérique. (…) Aujourd’hui, la question est de savoir si le gouvernement va s’obstiner et rester encore totalement sourd et aveugle. Il est désormais indispensable que les quatre signataires désignés (Valls, Macron, Royal et Pellerin), à commencer par le Premier ministre et la ministre de l’Écologie, arrêtent enfin cette machine infernale et évitent ainsi de devenir les responsables d’une forfaiture sans nom et la honte de notre pays.

Le texte autoriserait également des publicités scellées au sol dans certaines agglomérations de moins de 10 000 habitants lorsque les spécificités locales (telles que l’existence d’une zone commerciale) peuvent le justifier. Un vrai recul sur la politique menée contre la pollution visuelle.

Quid de la lutte contre la pollution visuelle ?

Le 13 juillet 2015, entrait en vigueur une loi, visant à lutter contre la pollution visuelle et interdisant les pré-enseignes et panneaux fantaisistes qui fleurissent les entrées de ville dans les agglomérations de moins de 10 000 habitants. Le gouvernement fait-il machine arrière ?

> Lire aussi : Pollution visuelle en Normandie. Mi-juillet, les panneaux publicitaires seront bannis des entrées de ville

La condamnation de Paysages de France est sans appel :

C’est au visage même de la France et donc à son rayonnement que ce projet s’attaque frontalement. À l’économie de la France dont le tourisme représente pourtant l’un des socles les plus sûrs. À la qualité de vie des citoyens. Et enfin aux engagements donnés à la planète entière dans le cadre de la COP21 !

1 532 communes – dont 1 175 communes de moins de 10 000 habitants faisant partie d’unités urbaines dont la population est supérieure à 10 000 habitants et inférieure à 100 000 habitants – seraient concernées par les nouvelles mesures prises dans le cadre de ce décret d’application de la loi Macron axé sur la publicité extérieure. Si ce décret était adopté, nombreuses sont les communes où les panneaux publicitaires scellés au sol seraient nouvellement autorisés, comme le souligne la carte établie par Paysages de France.

(Carte Paysages de France)
En rouge, les communes où les panneaux publicitaires scellés au sol seraient nouvellement autorisés. (Carte : Paysages de France)

En Normandie, la ville de Lisieux (Calvados) verrait augmenter de 794% la surface autorisée pour les panneaux publicitaires scellés au sol sur l’unité urbaine, Granville (Manche), de 693%, Alençon (Orne), de 609%, Bayeux (Calvados), 516%, Dieppe (Seine-Maritime), 412%, par exemple.
L’entrée en vigueur de ces différentes mesures est prévue au 1er mars 2016, soit trois mois avant le début de l’Euro 2016, le 10 juin 2016.

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