Nonant-le-Pin [Polémique] Méga décharge en Normandie : les forces de l'ordre évacuent les militants

Depuis un an, les opposants au projet d'un centre d'enfouissement de GDE bloquent le site. Lundi 6 octobre 2014, les forces de l'ordre sont intervenues pour déloger les militants.

Mise à jour : 06/10/2014 à 17:41 par Solène Bertrand

Les forces de l'ordre ont évacué les militants, lundi 6 octobre 2014.(Photo : Capture d'écran, compte Twitter@NonantDecharge
Les forces de l'ordre ont évacué les militants (au centre, avec le l'écharpe rouge, le président de la Région Basse-Normandie), lundi 6 octobre 2014. (Photo : Capture d'écran, compte Twitter@NonantDecharge)

Lundi 6 octobre 2014, les gendarmes sont intervenus sur le site de GDE (Guy Dauphin Environnement) à Nonant-Le-Pin, pour déloger les bloqueurs. La décharge de Nonant-le-Pin (Orne), avait ouvert légalement le 22 octobre 2013. Bloquée deux jours plus tard par des opposants environnementaux, elle est restée fermée pendant près d’un an. L’action de ce lundi matin ? Une action musclée selon Europe Écologie-Les Verts : Laurent Beauvais, le président de la Région Basse-Normandie, aurait même été poursuivi par un policier, alors qu’il tentait de couper à travers champs :

Depuis 5h30, la gendarmerie intervient pour démanteler le blocus citoyen devant l’entrée du site de GDE à Nonant-le-Pin (Orne). Yanic Soubien (vice-président du Conseil régional) est présent, tout comme le président de Région, Laurent Beauvais, devant le barrage des gendarmes qui tiennent à l’écart citoyens et élus du site. Nous nous indignons de cette action des gendarmes symboliquement violente face à l’occupation pacifique de l’entrée du site, et ce, alors que le combat juridique se poursuit et penche de plus en plus du côté des opposants contre une décharge que plus rien ne peut défendre. Tout ceci est absurde, indique Europe Écologie-Les Verts, dans un communiqué.

Le projet du centre d’enfouissement de GDE a déjà fait couler beaucoup d’encre et mobilise grandement la population. Suite à la diffusion, mercredi 24 septembre 2014, sur France 3, d’une enquête sur ce projet, le président de Région et le député de l’Orne ont demandé à la ministre de l’Écologie, Ségolène Royal, de suspendre l’autorisation d’exploiter dont bénéficie actuellement l’entreprise GDE, indique Ouest France.

Découvrir le reportage du 12/13, sur France 3 Basse-Normandie, ici :

Le site évacué par les forces de l’ordre

Compte tenu des risques de pollution irréversible qu’entraînerait une mise en exploitation, le président de Région et le député de la circonscription Flers-Argentan (Laurent Beauvais et Yves Goasdoué) viennent de demander à la ministre de l’Écologie, de « prendre à titre conservatoire, une mesure de suspension de l’autorisation d’exploitation » dont bénéficie actuellement GDE. Telle était la demande formulée par les élus.
Lundi 6 octobre 2014, la gendarmerie est intervenue pour démanteler le blocus citoyen devant l’entrée de GDE à Nonant-Le-Pin. Les forces de l’ordre ont libéré le site, mais les opposants anti-GDE se réuniront, lundi 6 octobre, à 19h, à la salle des fêtes de Macé pour décider de la suite des actions. La police a démonté le mobil-home installé par les opposants : « Les opposants avaient installé un mobil-home et une tente avec équipements de cuisine. Ils se relayaient afin que quelques personnes s’y trouvent en permanence. Jusqu’à 300 personnes, dont plusieurs dizaines d’élus locaux, y manifestaient régulièrement le mercredi soir », rappelle RTL. GDE rappelle dans un communiqué que

L’intervention des forces de l’ordre procède de la stricte application des décisions de justice ordonnant l’expulsion des personnes et des véhicules stationnés illégalement devant l’entrée du site. Les opérations se sont déroulées sans incident, ce dont GDE se félicite. Le droit a finalement prévalu sur toute autre considération, ce qui est une bonne nouvelle non seulement pour GDE mais pour l’ensemble des acteurs économiques et citoyens soucieux que les décisions de justice soient respectées en Basse-Normandie, rapporte Ouest France.

« L’État a été condamné en juin par le tribunal administratif de Caen à verser une indemnité provisionnelle de 700 000 euros pour ne pas avoir débloqué ce site », rappelle RTL.

Une pollution irréversible

Les citoyens, eux, sont farouchement opposés à ce projet :

Les travaux de terrassement ont commencé pour cette méga décharge qui a vocation à stocker des milliers de tonnes de déchets ultimes, composés de résidus de broyat automobile (ce qui est impossible à recycler dans une voiture) et de déchets industriels banaux, dont des déchets organiques. Ce mélange produira des émanations nauséabondes et toxiques, entraînant une pollution durable de l’environnement immédiat mais aussi plus largement dans la zone, le site étant sur un affluent qui irrigue le réseau hydrique avoisinant. Et ceci en plein milieu d’une des meilleures terre d’élevage de chevaux, là où se fait la réputation internationale de la France en la matière, précise la page Facebook, Non à la décharge de Nonant.

Une plainte contre le président du Conseil général de l’Orne

Jeudi 25 septembre 2014, les associations anti-GDE ont porté plainte contre Alain Lambert (président du Conseil général de l’Orne) et Alain Pelleray, ancien directeur de cabinet, pour corruption passive et prise illégale d’intérêt : « Les associations Sauvegarde des terres d’élevage et Nonant environnement qui s’opposent depuis plusieurs années au projet de centre d’enfouissement de GDE, déposent aujourd’hui une plainte auprès du procureur de la République d’Argentan des chefs de corruption passive et de prise illégale d’intérêt. Cette plainte vient s’ajouter à celle, actuellement instruite par le même procureur à l’encontre du préfet de l’Orne, Jean Christophe Moraud, et de la DREAL Basse Normandie dans cette même affaire et pour des chefs qui traduisent des soutiens particulièrement contestables à l’égard de l’entreprise GDE », souligne le site Sauvegarde des terres d’élevage.

Les réactions

Pour Karima Delli, députée européenne EELV du Nord-Ouest :

Cette expulsion est une provocation. Elle relève d’une décision incompréhensible dans la mesure où nous sommes toujours en attente de décisions juridiques quant à la légalité du projet et où les preuves s’accumulent contre GDE. Je rappelle que ce type de projet, prévu au cœur d’un espace naturel riche et sensible, est aberrant et doit être banni en France, comme en Europe. Je rappelle également que les écologistes soutiennent depuis le début les opposants à ce projet de décharge. Je demande à Ségolène Royal d’intervenir pour stopper ce projet inutile et dangereux. L’accaparement des terres agricoles par des entreprises pollueuses constitue une dérive intolérable de notre système de production. Les qualités de l’air, de la terre et de l’eau, qui sont le gage d’un élevage sain et du bien-vivre des familles, ne peuvent être bradées au profit des exigences de rentabilité. En ce sens, la mobilisation anti-GDE est le symbole d’une résistance citoyenne pour préserver ces ressources en milieu rural, notre bien commun à tous.

Pour José Bové, député européen EELV venu soutenir les opposants en avril 2014 : « L’expulsion n’arrêtera pas la mobilisation. Des recours juridiques persistent. Il n’est pas acceptable que ce projet s’impose au détriment de la population locale, mette en péril une économie agricole dynamique au bénéfice d’un industriel magouilleur et peu scrupuleux. Ce projet est légitimement remis en cause. La vocation agricole de ces terres doit être préservée, l’élevage de chevaux de course réputés ne peut être sacrifié au bénéfice d’une quelconque industrie polluante. » À l’occasion du premier anniversaire du blocus, Karima Delli a prévu de se rendre sur place vendredi 10 octobre 2014.

Découvrir le documentaire, Pièces à conviction, en vidéo, ici :

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