Petit-Couronne Petroplus : l'environnement, l'autre dossier explosif

À Petit-Couronne, dans l'agglo de Rouen, siège de la raffinerie Petroplus, entre 15 et 20 000 m3 d’hydrocarbures se sont perdus dans la nature…. Où en est la dépollution ?

Dernière mise à jour : 16/04/2013 à 15:35

Ouverte en 1929, la raffinerie date d'une époque où les normes environnementales étaient beaucoup moins strictes. (Illustration : DVelec)
Ouverte en 1929, la raffinerie date d'une époque où les normes environnementales étaient beaucoup moins strictes. (Illustration : DVelec)

Lire aussi. Mardi 16 avril, le tribunal de commerce de Rouen a rejeté les deux dernières offres de reprise de la raffinerie Petroplus, de Petit-Couronne. Evènement à suivre en direct, ici.

C’est (normalement) le Jour J, la dernière audience ! Mardi 16 avril 2013, le tribunal de commerce de Rouen examinera les (deux) offres de reprise de la raffinerie Petroplus de Petit-Couronne, le jour même de la fin de l’autorisation de poursuite de l’activité.
Dans tous les cas, le tribunal « devra se prononcer avant l’envoi des lettres de licenciements, prévu le 22 avril, dans le cas où aucun repreneur ne serait désigné », répète l’intersyndicale CGT-CFDT-CFE/CGC. Les 450 salariés misent leur avenir sur deux candidats : le Panaméen NetOil et le Libyen Murzuq Oil.
La raffinerie avait déposé son bilan le 24 janvier 2012 à la suite de la faillite de sa maison-mère suisse, sa liquidation, elle, avait été prononcée en octobre. Et maintenant ? Dans certaines familles, on travaille depuis trois générations sur le site de Petit-Couronne. La fermeture éventuelle de la raffinerie aura des conséquences sociales, mais aussi environnementales !
L’exploitation de la raffinerie a entraîné une pollution importante dans la commune de la banlieue de Rouen. Qui va payer ?

En 1990, la raffinerie emploie 700 personnes, « le site comprend un parc de stockage d’hydrocarbures liquides et plusieurs dizaines de kilomètres de canalisations enterrées, à proximité des zones urbanisées de la commune. Dans cette même zone, passe également une canalisation de transport d’hydrocarbures appartenant à un autre exploitant », résume la base de données informatisée Aria (Analyse recherche et information sur les accidents) du ministère du développement durable.

Fin 1985, déjà, des traces d’hydrocarbures étaient détectées dans les eaux prélevées sur les deux captages d’alimentation en eau potable de Petit-Couronne. Une plainte était déposée contre la raffinerie en 1986, par l’exploitant du captage d’eau et le syndicat en charge de la distribution de l’eau.

Entre 15 et 20 000 m3 d’hydrocarbures se perdent dans la nature

En 1990, la situation s’aggrave, avec de fortes odeurs d’hydrocarbures dans certains quartiers, et le verdict ne tarde pas : « entre 15 et 20 000 m3 d’hydrocarbures inflammables » se sont perdus dans la nature, « car une canalisation s’est percée (Ndlr : on le saura cinq ans après les premières traces de la pollution) », note le rapport Aria.
La nappe phréatique est polluée, les terrains aussi. Il est question « de vapeurs d’hydrocarbures composées de BTEX (benzène, toluène, éthylbenzène, xylène), mais surtout du benzène ».

Un pavillon avait sauté, le 4 août 1990

Autre conséquence, qui aurait pu être dramatique : le 4 août 1990, le propriétaire d’un pavillon, de retour de vacances, tire de l’eau chaude. Son chauffe-eau, au sous-sol, explose, « à la suite de l’allumage des vapeurs d’hydrocarbures accumulées pendant son absence ». L’homme sera seulement légèrement commotionné, mais son pavillon est détruit. Depuis 1997, les hydrocarbures sont pompés dans la nappe.

« En 1988, la surface polluée est estimée entre 40 et 55 hectares. En 2005, l’ensemble des pompages a permis de récupérer un volume total d’hydrocarbures de l’ordre de 14 500 m3. Mais en 2008, des concentrations élevées en benzène ont encore été détectées dans cinq maisons, et il restait, selon les estimations 3 000 à 8 000 m3 d’hydrocarbures dans la nappe », selon Aria.

« Un véritable gruyère, il y encore des forages partout », témoigne un riverain

Et début 2013, la dépollution se poursuit à Petit-Couronne. « C’est un véritable gruyère, avec des forages partout, nous subissons encore cette pollution, aujourd’hui », témoigne anonymement un riverain de la raffinerie, qui espère obtenir une indemnisation.

Depuis quelques semaines, une quarantaine de piézomètres sont installés à différents endroits de la commune afin d’effectuer un état des lieux de la pollution. Ici, rue du Général Leclerc. (Photo : DR)
Depuis quelques semaines, une quarantaine de piézomètres sont installés à différents endroits de la commune afin d’effectuer un état des lieux de la pollution. Ici, rue du Général Leclerc. (Photo : DR)

La Shell vient de missionner la société URS pour installer une quarantaine de piézomètres à différents endroits de la commune. « Ces instruments vont permettre de faire un état des lieux de la pollution de la nappe phréatique, pour poursuivre au mieux le processus de dépollution », écrivait la Ville, il y a quelques semaines, dans son bulletin municipal. Des forages perturbent ainsi la circulation sur la commune, depuis mi-février, « et, avec la météo de ces dernières semaines, ils ont pris du retard », poursuit notre témoin.

Le rapport Aria sur la pollution aux hydrocarbures à Petit-Couronne :

Qui payera la dépollution de la raffinerie ?

Quand cette pollution sera-t-elle (enfin) traitée ? Qui payera la dépollution de la raffinerie, évaluée à plusieurs centaines de milliers d’euros ? C’est l’autre sujet explosif du dossier Petroplus. Ouverte en 1929, la raffinerie date d’une époque où les normes environnementales étaient beaucoup moins strictes.
Le sujet est peu évoqué, mais pourtant hautement sensible, dans l’agglomération de Rouen. Au total, on dénombre 19 usines relevant de la directive Seveso, autrement dit présentant des risques industriels majeurs, dont 12 sont classés « seuil haut », le niveau maximal dans l’échelle de danger.
« Les responsables politiques évoquent peu le sujet, de peur de donner une mauvaise image du territoire et d’inquiéter les gens », affirmait Claude Barbay, expert en risque industriel et membre de l’association Haute-Normandie nature environnement (HNNE), dans une enquête de l’Express, fin mars, titrée « les vrais risques industriels ».
76actu a tenté d’interroger des habitants de Petit-Couronne, ces dernières semaines. Réponses, quasi-unanimes : « on ne souhaite pas en parler ». Il faut dire que la pétrochimie reste un secteur stratégique pour l’économie locale. « Une richesse rouennaise », soulignait le maire (PS) de Rouen, Yvon Robert, toujours à l’Express. « Il ne faut pas éloigner ces entreprises de la ville », expliquait-il à 76actu, début avril :

À eux seuls, les sites Seveso « seuil haut » emploieraient plus de 1 500 salariés directs.

Petit-Couronne, 76
Briac Trébert
Rédacteur en chef de Normandie-actu
  1. [...] avec des sites industriels connus pour être source de pollution – tels que la raffinerie Petroplus de Petit-Couronne, classée dans les 32 sites en cours de travaux – mais aussi des sites bien [...]
  2. Réalisme
    29 avr 2013 14:01
    Oui bien sûr Shell doit payer mais .....

    Des milliers de riverains et de salariés étaient bien contents d'avoir un tel site Shell sur leur territoire.

    Des centaines de millions d'euros ont été déversés toutes ces années par Shell pour les taxes afférentes à son activité.

    Jusqu'à trois génération dans une même famille ont travaillé pour Shell.

    Hier encore; élus, salariés et même certains riverains voulaient voir se poursuivre l'activité du site.

    Alors oui une raffinerie c'est polluant, oui c'est très dangereux mais il faut savoir ce que l'on veut et on ne peut souhaiter avoir le beurre et l'argent du beurre ...
  3. chino
    29 avr 2013 13:50
    il faut mettre SHELL sur le grill, c'est SHELL qui est l'unique responsable du désastre. SHELL a détruit l'environnement au nigéria en toute impunité et à petit couronne il va faire de même. SHELL doit payer ses crimes sociaux et environementaux.