Petit-Couronne Petroplus : comment en est-on arrivé là ?

Manifestations, reports d’audience, opérations coup de poing. Entre espoir et abattement, la raffinerie Petroplus fait parler d’elle depuis des mois. 76actu fait le point.

Mise à jour : 26/10/2012 à 10:59 par Amandine Briand

Mardi 16 octobre, le tribunal de commerce de Rouen a décidé de placer la raffinerie Petroplus en liquidation judiciaire
Mardi 16 octobre, le tribunal de commerce de Rouen a décidé de placer la raffinerie Petroplus en liquidation judiciaire (photo : DVelec).

Deux jours après avoir appris la mise en liquidation judiciaire de la raffinerie Petroplus de Petit-Couronne, dans l’agglomération de Rouen, salariés, syndicats, élus locaux ainsi que de nombreux sympathisants se sont réunis,  jeudi 18 octobre, à midi, devant la raffinerie.
Après avoir obtenu un rendez-vous à l’Élysée (« avec des collaborateurs du président de la République ») , fixé pour vendredi 19 octobre, à 19h15, environ 1 000 personnes, 1 500 selon la CGT, ont décidé de rejoindre le centre-ville de Rouen, pour une manifestation, dans le calme.
Devant la préfecture, des salariés ont notamment jeté des faux billets, pendant qu’une délégation d’une dizaine de représentants de la raffinerie était reçue pour remettre une motion.

« Ceux qui disaient, avant les élections, “si nous étions au pouvoir, le problème serait réglé”, aujourd’hui ils dirigent la France. Alors je voudrais les voir régler le problème », a notamment lancé Yvon Scornet, porte-parole de l’intersyndicale CGT-CFDT-CFE/CGC.

L’idée d’aller bloquer le terminal pétrolier Rubis, spécialisé dans l’import de produits raffinés, au Grand-Quevilly, près de Rouen, était évoquée, en soirée.

  • Comment en est-on arrivé là ? Retour sur des mois de conflit :

Janvier 2012 : Petroplus placée en redressement judiciaire
Le raffineur Petroplus, propriétaire depuis 2008 de la raffinerie haut-normande ouverte en 1929 à Petit-Couronne, dans l’agglomération rouennaise, apprend la faillite de sa maison-mère suisse. N’étant plus approvisionnée en brut, la raffinerie, qui emploie 550 salariés, s’arrête de tourner le 10 janvier. Elle est finalement placée en redressement judiciaire le 24.
Dans le cadre de la campagne présidentielle, François Hollande, rend visite aux employés le 6 janvier. Le 10 janvier, Eva Joly et Nathalie Arthaud, candidates respectives d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) et de Lutte Ouvrière (LO) viennent également dans l’agglomération de Rouen.

Février 2012 : Shell propose un contrat de six mois
Shell, qui a été propriétaire du site pendant 80 ans, propose un « contrat de processing » de six mois à Petroplus. Programmé pour démarrer le 14 juin 2012, le contrat prévoit un approvisionnement de la raffinerie, à raison de 100 000 barils par jour.

« Le redémarrage des unités va contribuer à donner à la société (…) des moyens financiers pour assurer son activité pour les prochaines semaines », explique alors la direction de Shell.

Le président sortant, Nicolas Sarkozy, vient annoncer la bonne nouvelle aux salariés, précisant que cette étape est « nécessaire, mais pas suffisante ».
En charge du dossier, le tribunal de commerce de Rouen doit se prononcer sur le sort de la raffinerie le 24 juillet. D’ici là, les administrateurs judiciaires peuvent être saisis par de potentiels acheteurs. Le groupe Gary Klesch fait notamment une offre au mois de mars : elle prévoit le maintien de 410 emplois sur 550. Le groupe d’investissement Goldsmith Group, ainsi que la société de services Gem Group « montrent également un intérêt pour le rachat de la raffinerie ».

Août 2012 : deux repreneurs toujours en lice
Le tribunal de commerce décide de reporter l’audience. Seuls Net Oil (Dubaï) et Alafandi Petroleum Group (Hong Kong) maintiennent leur offre de rachat

Septembre 2012: Arnaud Montebourg rend visite aux salariés

Le 26 septembre 2012, Arnaud Montebourg, est aussi venu sur le site.
Arnaud Montebourg, entouré de Guillaume Bachelay (à g.), futur numéro 2 du PS, et Yvon Scornet (à d.), porte-parole de l'intersyndicale du site (CGT-CFDT-CGC).

Le 4 septembre, le tribunal de commerce de Rouen met son jugement en délibéré jusqu’au 2 octobre. Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, vient à son tour sur le site de Petroplus, le 26 septembre. Il se montre positif et assure aux salariés que le gouvernement appuie « de tout son poids » un processus de reprise.

Octobre 2012 : Petroplus placée en liquidation judiciaire
Le 2 octobre, le tribunal de commerce de Rouen repousse encore sa décision, à ce mardi 16 octobre.
Ce mardi 16 octobre, salariés, syndicats, sympathisants et journalistes sont réunis devant le tribunal de commerce de Rouen. L’audience a lieu à huis-clos et seule une délégation de représentants syndicaux est autorisée à entrer, ainsi que les représentants des repreneurs potentiels, Net Oil et Alafandi Petroleum Group
Après plus de trois heures d’attente, la décision tombe : Petroplus est placée en liquidation judiciaire. Les offres des repreneurs potentiels ont été rejetées. L’émotion est visible sur les visages des salariés présents.
Après de nombreuses démissions, ils sont désormais 470 à être concernés par cette décision. Les larmes sont vites balayées par la colère et par une volonté commune de continuer à se battre.

Retrouvez en vidéo l’annonce de la liquidation, par Yvon Scornet

Rapidement, les réactions des salariés, des représentant syndicaux et des élus se multiplient.
Vendredi 19 octobre, une délégation de l’intersyndicale (CGT-CFDT-CGC) sera reçue à l’Elysée pour faire le point sur la situation. François Hollande, en déplacement à Bruxelles ce jour-là, ne sera pas présent. Le député PS de Seine-Maritime, Guillaume Bachelay, participera à la réunion.

Dernier délai : le 5 novembre
Si le tribunal de commerce de Rouen a pris la décision de placer Petroplus en liquidation judiciaire, il a statué pour une poursuite de l’activité de l’entreprise pendant deux mois.
De leurs côtés, les repreneurs potentiels ont jusqu’au 5 novembre pour présenter de nouvelles offres. Dès le 17 octobre, Net Oil affirme sa volonté de déposer une nouvelle offre. Les représentants du groupe d’investissement annoncent qu’ils viendront sur le site le 28 octobre 2012, afin d’évaluer le budget nécessaire à une nouvelle offre.

« Personne ne nous fera plier. On est des humains, donc on a de l’espoir et de la volonté pour défendre le raffinage en France », s’est notamment exclamé Jean-Luc Brouté, de la CGT, ce jeudi.

Une douzaine de raffineries ont fermé leurs portes en France depuis 1975. Il n’en reste plus que dix. La capacité de production a plongé de 18% entre 2007 et 2012, de 100 à 82 millions de tonnes.

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