Saint-Lô Normandie. Quand un député de droite vole au secours de... « L'Humanité »

Patrick Le Hyaric, directeur de « L'Humanité », appelle à la mobilisation pour sauver le quotidien. Philippe Gosselin, député Les Républicains de la Manche, soutient le journal.

Mise à jour : 17/03/2016 à 18:33 par Solène Bertrand

(Photo : capture d'écran YouTube)
Philippe Gosselin, député Les Républicains de la Manche, défend le journal L'Humanité, au nom du pluralisme de la presse. (Photo : capture d'écran YouTube)

Fondé en 1904 par Jean Jaurès qui souhaitait doter d’un quotidien le parti socialiste français, le journal L’Humanité est aujourd’hui en péril. Son directeur, Patrick Le Hyaric, a tiré la sonnette d’alarme, jeudi 10 mars 2016, dans les colonnes du quotidien, indiquant que L’Humanité était en danger. Le journal lance un appel aux dons pour assurer sa survie. Le député Front de gauche, André Chassaigne, est chargé de recueillir des soutiens des horizons les plus divers. Il a déjà obtenu celui du député de la Manche, Philippe Gosselin, au nom de la liberté d’expression.

Défendre le pluralisme de la presse

Défendu par le réalisateur et écrivain, Gérard Mordillat, le quotidien L’Humanité est mis en péril par des problèmes de trésorerie.

L’Humanité est aujourd’hui à mes yeux le seul journal que l’on puisse dire être un journal de gauche. Il y a deux choses qui m’importent beaucoup dans L’Humanité, c’est le seul journal qui fait quotidiennement le récit des luttes sociales dans les entreprises. C’est le seul journal qui nous donne une vision du monde par ailleurs occultée, écartée par l’ensemble des médias. On voit le pays réel. Il y a une troisième chose importante pour moi : L’Humanité est un journal de débats, déclare l’écrivain dans les colonnes de L’Humanité.

Et les gens de gauche ne sont pas les seuls à défendre le journal. Philippe Gosselin, député de la Manche, bien qu’appartenant à la famille politique de droite, Les Républicains, soutient le quotidien au nom de la liberté d’expression.

Je ne partage pas nécessairement toutes les opinions de L’Humanité, mais je considère que la presse a besoin d’être diverse. On a besoin de pluralisme et L’Humanité, au-delà du fait que c’est une vieille maison bien connue, est aussi un organe de presse respectable, qui ne fait pas que de la politique, et qui a aussi de l’info, de la recherche de documents. Je trouve que tout ce qui nous mène vers la pensée unique est dangereux et quand, le matin, je fais ma revue de presse, je n’ai pas envie que ce soit Radio Paris, a déclaré, mercredi 16 mars 2016, l’élu normand au micro de France Culture.

L’Humanité mène une série d’actions pour protéger et développer ses outils. Le journal lance un appel à la mobilisation et invite tous ceux qui souhaitent soutenir son combat et ses valeurs à partager des messages de soutien, sous la bannière #humanitecestnous.

Un enjeu démocratique

Bien qu’ayant des points de vue et opinions différents de L’Humanité, le député de la Manche défend la liberté de la presse, essentielle à la démocratie.

Je lis L’Humanité occasionnellement. Il est intéressant de confronter les points de vue, de voir les arguments de ceux qui sont éventuellement contre vous ou contre vos idées. Et je pèse bien mes mots. C’est pas servir la soupe que de dire qu’on a besoin de diversité intellectuelle journalistique et on a été parfois mochement combattu par L’Humanité, mais encore une fois, il y a des articles de fond et on aurait tort de faire une basse vengeance pour des raisons d’opinion. C’est consubstantiel à la démocratie et si on n’a pas cette diversité, c’est la diversité démocratique qui s’amenuise elle aussi.

En avril 2013, l’écrivain, Edmonde-Charles Roux, disparue en 2015, exprimait son attachement au journal de Jaurès, déjà menacé :

Dans le climat inquiétant qui est celui de ce pays, aujourd’hui, la disparition de L’Humanité serait un grand malheur. Il y a déjà assez de sombres nouvelles sans que l’on en rajoute. Au moment 
où des usines ferment, semant le désespoir dans 
le monde ouvrier, où des affaires financières jettent 
le doute sur l’honorabilité des dirigeants du pays, 
où l’on nous promet des règlements de comptes politiques plutôt que des confrontations démocratiques, moi qui suis attachée, depuis mon entrée dans 
la Résistance, à la gauche, je tiens à ce que 
le journal de Jean Jaurès soit présent chaque jour 
et prenne toute sa place dans la presse d’opinion. 
La liberté de la presse a un prix. On ne peut 
se contenter d’une information sans relief et sans âme.

> Lire aussi : Portrait. L’écrivaine, Edmonde Charles-Roux, est morte à 95 ans

En décembre 2013, l’État effaçait les dettes du journal. Mars 2016 : le quotidien tire de nouveau la sonnette d’alarme. La parole de l’écrivain, Edmonde-Charles Roux, reste toujours d’actualité et Gérard Mordillat en est l’héritier. L’Humanité sera-t-il sauvé par les farouches défenseurs de la liberté d’opinion ? Un appel aux dons est lancé.

Nous vous rappelons qu'en envoyant votre commentaire vous acceptez de respecter la charte de modération. Vous êtes pénalement responsable de vos écrits.