Normandie. Centrales nucléaires. L'Autorité de sûreté nucléaire dénonce un manque de moyens

L'Autorité de sûreté nucléaire, lors de ses vœux, mercredi 20 janvier 2016, a tiré la sonnette d'alarme. Elle manquerait de moyens pour assurer à bien la sûreté nucléaire.

Mise à jour : 22/01/2016 à 19:06 par Karine Lebrun

La Normandie, outre cette installation (peut-être) en devenir, compte déjà trois centrales nucléaires : à Penly (photo )et Paluel, en Seine-Maritime (photo : © Fotolia)
La Normandie, outre la centrale de Flamanville en devenir, compte déjà trois centrales nucléaires : à Penly (photo) et Paluel, en Seine-Maritime (photo : © Fotolia)

Mercredi 20 janvier 2016, Pierre-Franck Chevet, le président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a présenté, au siège de Montrouge, ses vœux à la presse. L’occasion pour le président d’exprimer ses inquiétudes et d’expliquer que ses demandes d’attribution de moyens humains restent lettre morte, alors même que les enjeux en matière de sûreté nucléaire, à tenir dans un avenir proche, nécessiteraient cet apport supplémentaire. Pierre-Franck Chevet a fait état d’une « situation préoccupante ». Il s’est attardé, notamment, sur les anomalies de la cuve de l’EPR de Flamanville dans la Manche. La Normandie, outre cette installation (peut-être) en devenir, compte déjà trois centrales nucléaires : à Penly et Paluel, en Seine-Maritime, ainsi qu’à Flamanville dans la Manche.

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La moitié des 58 réacteurs français bientôt contrôlés

« La sûreté nucléaire et la radioprotection sont confrontées à des enjeux sans précédent », a martelé le président. L’ASN va devoir traiter notamment de l’éventuelle extension de longévité des 58 réacteurs installés en France.

Ceux-ci ont été conçus pour fonctionner 40 ans, mais leur exploitant, EDF, souhaite les pousser jusqu’à 50 ou même 60 ans, au prix d’un « grand carénage » chiffré à 55 milliards d’euros, rapporte Le Monde. Pour gagner le droit à une longévité accrue, ils devront se rapprocher des « standards de sûreté modernes », ceux des EPR de troisième génération. (…) Près de la moitié des réacteurs français devra passer la quatrième visite décennale, c’est-à-dire l’inspection poussée qui décidera de leur aptitude, ou non, à rester en activité. Le premier à passer cet examen sera celui de Tricastin 1 (Drôme et Vaucluse), en 2019. »

Les industriels confrontés à des difficultés financières et techniques

Le calendrier de l’Autorité de sûreté nucléaire s’annonce dès lors très serré. Dans le même temps, il devra poursuivre le déploiement des mesures post-Fukushima. Les décisions prises imposent des exigences complémentaires pour renforcer la prévention et la limitation des conséquences d’un accident grave affectant, par exemple, le cœur des réacteurs ou les piscines d’entreposage du combustible irradié. Ce déploiement est programmé sur dix ans.
Mais tous ces chantiers s’annoncent alors même que les industriels présentent de grandes difficultés économiques et techniques. Areva, par exemple, affichait un déficit de 4,8 milliard d’euros en 2014. L’État a mis en place un plan de sauvegarde pour assurer sa pérennité. Pierre-Franck Chevet s’inquiète, de fait, de la pertinence de nouvelles réalisations. Et de donner en exemple la cuve de l’EPR de Flamanville.

Les anomalies sérieuses, voire très sérieuses, repérées sur la cuve de l’EPR ont été identifiées sous l’impulsion de l’ASN et non grâce au contrôle de l’exploitant, alors même qu’Areva en connaissait l’existence depuis 2007 », déplore le président de l’ASN qui envisage donc de ne pas se contenter d’élucider les causes des défauts de la cuve, mais de vérifier les procédures de construction d’autres éléments de l’EPR.

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EPR de Flamanville, pas avant la fin 2018

Cependant, en raison d’un manque de moyens, l’Autorité de sûreté nucléaire programme de concentrer ses efforts « d’abord sur les installations en fonctionnement et en second rang seulement sur celles en construction ». L’EPR de Flamanville risque donc de pâtir de cette situation. Le démarrage n’est plus prévu avant la fin 2018, avec près de sept ans de retard sur le calendrier initial. Son coût a grimpé de 3 milliards à plus de 10 milliards d’euros. L’ASN compte 1 000 salariés pour assurer les missions de sûreté nucléaire.
Elle réclame  200 postes supplémentaires pour faire face aux nouveaux enjeux. L’État ne lui en a octroyé qu’une trentaine. « Pour 2016, déplore Pierre-Franck Chevet, nous serons obligés de faire des priorisations. »

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