Rouen Neuf musées de Rouen sont gratuits et s'unissent pour acquérir une dimension européenne

Depuis le 1er janvier, la Métropole Rouen Normandie a pris sous sa coupe la majorité des musées de l'agglomération. Première décision : la gratuité des collections permanentes.

Mise à jour : 21/01/2016 à 11:13 par Fabien Massin

Première mesure prise pour le lancement de la Réunion des Musées Métropolitains, dans l'agglomération de Rouen : l'accès gratuit aux collections permanentes. (photo : Catherine Dente)
Première mesure prise pour le lancement de la réunion des musées métropolitains, dans l'agglomération de Rouen (Seine-Maritime) : l'accès gratuit aux collections permanentes. (Photo : Catherine Dente)

Depuis le 1er janvier 2016, un regroupement de plusieurs musées de l’agglomération de Rouen (Seine-Maritime) a vu le jour. Son nom : Réunion des musées métropolitains (RMM). Un intitulé qui évoque bien évidemment son illustre cousin, la Réunion des musées nationaux (RMN). Cette création correspond au transfert de plusieurs musées, jusqu’à présent gérés par plusieurs institutions différentes, dans les mains d’une même collectivité, la Métropole Rouen Normandie. Première décision prise, et qui marque le lancement de cette aventure culturelle : l’accès gratuit aux collections permanentes des musées qui composent la RMM. On peut désormais aller et venir à sa guise dans les allées du musées des beaux-arts, au musée des Antiquités, dans la tour Jeanne-d’Arc etc. Et ,au-delà, une ambition clairement affichée de « faire figurer Rouen parmi les capitales européennes de la culture ».

Des risques pour l’avenir des musées

La question majeure est : pourquoi se réunir ? a indiqué Frédéric Sanchez, président de la Métropole Rouen Normandie, lors d’une présentation à la presse, mardi 19 janvier 2016. Un tel projet ne peut pas être une simple juxtaposition de structures. Il doit être porteur d’une ambition. Si c’est pour continuer exactement comme avant, à quoi bon ? Non que ce qui se faisait avant était indigne, au contraire. Le point de départ est excellent : des collections extraordinaires, 350 000 visiteurs par an. Il ne s’agit pas de faire la Révolution, mais bien d’imprimer une véritable évolution.

Parmi les raisons qui ont poussé à ce regroupement, l’élu a mis en avant des « antécédents », autant que des « ambitions ».

Il y avait, de la part des collectivités en charge des musées, Département, Ville, dans le contexte actuel des finances locales, des difficultés réelles pour assurer ces responsabilités. Cela pouvait déboucher sur de vrais problèmes concernant les bâtiments et les ressources humaines. Mais le plus important est ce que l’on fait à partir de là. Je veux défendre un projet en termes absolument politiques. Notre mission d’élus est évidemment d’assurer la prise en charge des services publics, ceux du quotidien, et tout ce qui est relatif au cadre de vie. Mais cela ne trouve tout son sens que dans un projet d’épanouissement humain. Un projet qui doit être pleinement dans le XXIe siècle. Or, on sent bien qu’il y a à repenser nos relations avec le patrimoine. On est généralement heureux qu’il y ait des musées dans sa ville, mais on ne les visite pas vraiment… Parmi les 350 000 visiteurs de ces musées, beaucoup sont des scolaires et des retraités, et c’est très bien. Mais nous devons revisiter l’ambition, très française, de la culture pour tous.

« La gratuité lève les tabous »

Dans cette ambition, la constitution de ce nouvel ensemble de musées est accompagnée d’une décision forte : la gratuité d’accès aux collections permanentes, depuis le 2 janvier 2016.

Nous verrons ce qu’il en sera dans plusieurs mois, mais, déjà, au cours de la première quinzaine de janvier, nous observons un doublement de la fréquentation, de 7 500 à 14 500 visiteurs, indique Frédéric Sanchez. C’est un fait très intéressant. En France, on hésite beaucoup, devant cette idée de gratuité, et le plus souvent, on renonce. Derrière la gratuité, il y a cette crainte d’un affaiblissement de l’offre culturelle. Nous avons fait un autre choix.

Sylvain Amic, jusqu’à présent directeur des musées de Rouen, et qui prend la tête de la Réunion des musées métropolitains, salue cette décision. « La gratuité refonde la relation avec le public. Elle lève les tabous. Aujourd’hui, rien n’empêche le curieux de faire un détour d’un quart d’heure au musée des beaux-arts pour contempler notre Caravage. À partir de là, à nous de fidéliser le public. » Sur le plan financier, Frédéric Sanchez précise : « Le contribuable finance déjà cette gratuité. Le budget de ces musées, c’est 10 millions d’euros. À l’intérieur de ce budget, les recettes de la fréquentation habituelle, représentent 160 000 euros. »

Des pistes pour les 10 ans à venir

Pour refonder cette relation du grand public avec le patrimoine, et le fidéliser, plusieurs pistes ont été esquissées par Sylvain Amic et Frédéric Sanchez, base pour une feuille de route pour les 10 ans à venir. On peut ainsi retenir : l’amélioration des conditions d’accueil et d’accès aux collections, impliquant un « programme d’investissement ambitieux sur 10 ans » ; le travail en commun des différentes équipes des musées ; la constitution d’un cycle permanent d’expositions et d’animations, dans tous les musées ; un travail sur la reconnaissance de ce pôle au niveau international ; un vaste chantier de numérisation des fonds, et de mise à disposition des contenus numériques à travers des applications mobiles etc.

Un quartier au cœur de Rouen

La création de la RMM s’inscrit également dans un projet de rénovation du centre-ville de Rouen, l’opération Cœur de Métropole, et plus précisément, dans la constitution d’un « quartier des musées ». Rouen, en effet, est forte d’une particularité : nombre de ses musées sont situés dans un même périmètre, entre la rue Jean-Lecanuet et les boulevards, au nord. L’idée est de mettre en valeur, sous différentes formes, cette proximité : indications visuelles dans le quartier, communication spécifique, propositions de circuits etc.

Dans un espace de 1 km2 , nous avons là un ensemble unique en France, une opportunité extraordinaire de faire vivre ce centre-ville, cœur de notre Métropole, défend Frédéric Sanchez. Cela confère à notre projet une ambition clairement européenne : faire figurer Rouen parmi les capitales européennes de la culture, au même titre que Bruxelles, Vienne etc. (NDLR villes qui disposent de quartiers dédiés aux musées.

Les neufs musées de la Réunion des musées métropolitains

À Rouen
• Musée des Beaux-arts
• Muséum d’Histoire naturelle
• Musée de la céramique
• Musée Le Secq des Tournelles
• Musée des Antiquités
• Tour Jeanne d’Arc

Dans l’agglomération
• Fabrique des savoirs (à Elbeuf-sur-Seine)
• Musée Pierre Corneille (Petit-Couronne)
• Musée industriel de la Corderie Vallois (Notre-Dame-de-Bondeville)

Cette Réunion des musées métropolitains partage désormais une même plateforme web. À noter que les deux autres équipements de la Métropole Rouen Normandie, le Panorama XXL et l’Historial Jeanne d’Arc, les derniers nés des lieux culturels de Rouen, ne sont pas inclus dans ce rassemblement. Mais leur développement participe bien évidement tout autant à la stratégie la Métropole, de faire de Rouen une place forte de la culture en Europe.

Visionnez cette promenade dans les 9 musées de la RMM :

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