Alençon Nadine Morano en bébé trisomique. En Normandie, une maman blessée par Charlie Hebdo

Nouveau scandale pour Charlie Hebdo. Sa couv' du 7 octobre désignant Nadine Morano comme l'enfant trisomique du Général n'est pas du goût d'une maman de Normandie.

Mise à jour : 08/10/2015 à 12:07 par Solène Bertrand

Nouvelle polémique autour de la Une de Charlie Hebdo. Une maman de Normandie se dit blessée par l'amalgame entre la bêtise de Nadine Morano et la maladie. (Photo: Charlie Hebdo. Riss)
La couv' de Charlie Hebdo du mercredi 7 octobre 2015. (Photo : © Charlie Hebdo. Riss)

Mercredi 7 octobre 2015, le célèbre hebdomadaire Charlie Hebdo a à nouveau fait parler de lui. Le journal satirique et irrévérencieux mettait en couv’ l’ex-ministre de Nicolas Sarkozy, Nadine Morano. Cette dernière, débarquée des listes des Régionales par le chef des Républicains, pour ses propos sur la race blanche, a eu les honneurs. Le dessinateur Riss représente l’élue, enfant, dans les bras du Général de Gaulle, son père spirituel. Nadine Morano dit lui avoir emprunté le terme de race blanche. Or, nulle trace écrite de ce propos : seul Alain Peyrefitte rapporte ces propos. Le titre : « Morano, la fille trisomique cachée de De Gaulle. » 
Cette caricature a déclenché la colère des Républicains qui n’ont pas apprécié de voir ainsi écornée l’image du Général… mais aussi celle de parents d’enfants trisomiques, blessés par cette mauvaise blague sur le handicap.
Caroline Boudet, la maman de Louise, manifeste sa colère sur les réseaux sociaux. Originaire d’Alençon (Orne), elle avait enflammé les réseaux sociaux avec son message sur sa fille, sur Facebook : « deux bras, deux jambes, un chromosome en plus. »

> Lire aussi : Louise, ma fille, quatre mois, atteinte de trisomie. L’émouvant message d’une maman de Normandie

Une couverture blessante

Dans le témoignage qu’elle postait sur Facebook, en juin 2015, Caroline Boudet militait pour le droit à la différence et invitait à changer le regard porté sur les enfants atteints de trisomie 21. Le message avait été partagé plus de 24 000 fois en 48 heures. Après la nouvelle couv’ tapageuse de Charlie Hebdo, la maman de Louise prend de nouveau la parole sur les réseaux sociaux pour dénoncer une représentation inappropriée, blessante et ratée.

Aujourd’hui, Charlie, tu crois faire du mal à Nadine Morano, en la qualifiant de fille trisomique de De Gaulle. Tu sais quoi, Charlie, c’est raté. Tu fais du mal à tous les proches de personnes trisomiques. Laisse-moi te dire quelque chose : l’intelligence, c’est l’ouverture d’esprit, l’acceptation de l’autre. La bêtise, c’est le racisme, c’est l’intolérance, c’est Morano. La bêtise, ce n’est pas la trisomie.

« Ma fille ne dira jamais la moitié des conneries que peut sortir Morano »

Heurtée par l’assimilation, la maman de Louise dénonce cette mauvaise blague :

Trisomique, ma fille ne dira pour autant jamais la moitié des conneries que peut sortir Morano pour racler les fonds de tiroir électoraux. Parce que l’intelligence, ce n’est pas une question de gènes. Alors voilà Charlie, aujourd’hui, je te soutiens toujours, tu as le droit de faire de l’humour comme tu l’entends. Mais ta couv’ me blesse, et en plus elle est ratée.
Caroline Boudet a été blessée par la couverture de Charlie Hebdo.
Le message posté sur Facebook de Caroline Boudet.

Tout est pardonné ?

Au lendemain des attentats qui avaient frappé la rédaction de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, les dessinateurs reprenaient leur crayon et décidaient de continuer leur combat, en sortant un nouveau numéro. Paru mercredi 14 janvier 2015, le « numéro des survivants », avait été diffusé à huit millions d’exemplaires, un record historique pour la presse française. En couv’, un dessin de Luz, caricaturant Mahomet : le prophète tenait une pancarte « Je suis Charlie ». Le surtitre choisi sonnait comme un appel à l’apaisement des tensions : « Tout est pardonné ». Caroline Boudet parviendra-t-elle à pardonner Charlie Hebdo et ses dessinateurs impertinents ? La maman, interpellant le journal, rappelle son respect pour l’hebdo, mais l’heure n’est plus à la plaisanterie :

Salut Charlie Hebdo. Je te respecte énormément, tu sais. Je fais partie de ceux qui te lisaient déjà avant que toute la France ne devienne « Charlie ». Je rigole à tes mauvaises blagues depuis pas mal de temps. Tu sais quoi, même, j’ai vécu, par écran de télévision interposé parce que j’étais alors enceinte de huit mois, la tuerie dans tes locaux, et la manif monstre qui a suivi. Je sentais mon bébé bouger dans mon ventre et je lui disais « Je suis désolée, ma petite, de te mettre au monde bientôt à un moment où on flingue des gens pour des blagues ». Et puis elle est venue au monde. Et elle a une trisomie 21. Depuis je me bats, et je me battrai toujours pour que sa condition cesse d’être une insulte de cour d’école. J’essaie de changer les regards sur ce qu’elle a.

Rire de tout ?

Cette nouvelle polémique relance le sempiternel débat sur l’humour et ses limites : peut-on rire de tout ? Sur cette question, l’humoriste, Pierre Desproges, dans l’une de ses célèbres plaidoiries, avait tranché :

Oui, on peut rire de tout, on doit rire de tout. De la guerre, de la misère et de la mort. Au reste, est-ce qu’elle se gêne, elle, la mort, pour se rire de nous ? Est-ce qu’elle ne pratique pas l’humour noir, elle, la mort ?

Injonction à rire pour transcender le désespoir, la formule de Desproges n’a pas fait école. Jeudi 3 septembre 2015, le dessinateur de Caen, Chaunu, publiait sur sa page Facebook une illustration sur la tragédie d’Aylan. Les internautes, indignés, avaient massivement commenté, jugeant le dessin « en-dehors de toute morale. »

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