Rouen Lubrizol. "Situation surréaliste" pour les écologistes

Après la réaction chimique non maîtrisée dans une usine de Rouen, les écologistes de Haute-Normandie dénoncent, mardi 22 janvier, une "situation surréaliste en matière de gestion"

Mise à jour : 22/01/2013 à 18:12 par Briac Trébert

L'usine Lubrizol, Quai de France, à Rouen, mardi 22 janvier 2013. (Photo : DVelec)
L'usine Lubrizol, Quai de France, à Rouen, mardi 22 janvier 2013. (Photo : DVelec)

La préfecture de Seine-Maritime a déclenché le Plan particulier d’intervention, mardi 22 janvier, peu après midi, soit environ 30 heures après le début d’une réaction chimique non maîtrisée dans une usine de Rouen, Lubrizol. (Vos réactions et notre billet sur la communication de la préfecture de Seine-Maritime, ici)
Les opérations de neutralisation de la fuite chez Lubrizol devraient débuter à 22h, mardi 22 janvier, a indiqué la préfecture de Seine-Maritime, à 17h30. Un périmètre de sécurité sera mis en place (notre article).
Les écologistes de Haute-Normandie dénoncent, eux, une “situation surréaliste en matière de gestion de risques” :

« L’entreprise, la préfecture de Seine-Maritime, et le ministère de l’Intérieur ont répété que ce dégagement était “non toxique” et que d’ailleurs on se situait en-dessous des normes… des normes de toxicité ? Est-ce aussi parce que ce n’est pas toxique que le match Rouen-Marseille est annulé ce mardi 22 janvier ? », s’interrogent les élus Europe Écologie-Les Verts (EELV) de Haute-Normandie, dans un communiqué, mardi 22 janvier.

« Ce nouvel accident industriel fait encore une fois la preuve que la désinformation officielle est bien au cœur du problème. Beaucoup ont appris cet accident et ses conséquences par les réseaux sociaux et le bouche à oreille. D’une manière générale, qui serait vraiment capable dans la population de préciser les risques auxquels nous sommes exposés, où obtenir l’information et quelle attitude adopter en cas d’accident majeur ? Ce qui provoque angoisse, rumeur et désorganisation : les services d’urgence ont été rendus inopérationnels car saturés d’appels et des consignes contradictoires ont été données par différents organismes.
Nous écologistes, demandons que soient systématiquement appliquées des procédures d’information établies et qu’à chaque crise soient faites des réponses claires pour mesurer la réalité du risque », écrit notamment David Cormand, le président du groupe Europe-Écologie Les Verts (EELV) à la Région Haute-Normandie.

Le débat sur la gestion des risques industriels relancé

« Cette nouvelle fuite relance le débat de la gestion des risques industriels au travers des PPRT (Plan de prévention des risques technologiques) et de leur compatibilité avec le nécessaire développement urbain. Notre territoire est emblématique du modèle de développement économique basé sur les énergies fossiles et l’industrie chimique qui fait peser dans nos villes une menace permanente sur les habitants. »

« On ne peut négliger l’extrême fragilité des sites industriels en zone urbaine, où un accident peut survenir à tout moment. Quelle est l’efficacité des plans de prévention des risques technologiques ? », interroge ainsi Jean-Michel Bérégovoy, co-président du groupe EELV à la Ville de Rouen.

« 71 sites Seveso sur l’agglomération de Rouen »

« On a dénoncé, lors de l’élaboration du PPRT Lubrizol en avril 2010, la séparation du PPRT en deux zones qui ne nous semblait pas pertinente. La délibération proposée précisait d’ailleurs que la Ville n’avait pas connaissance de tous les éléments pour décider en toute connaissance de cause. Les mesures prises pour assurer la sécurité des personnes (expropriation et sécurisation) dans les entreprises à risque en fonctionnement ici et ailleurs (71 sites Seveso sur notre agglomération) sont insuffisantes. L’usine Lubrizol est, rappelons-le, située en limite de futur écoquartier Flaubert ! », rappelle EELV. (…)

« Au-delà de cet accident, il faut s’interroger sur une organisation qui autorise une telle concentration d’usines en zone urbaine dense, et réfléchir à la définition du risque acceptable. Et, sujet directement lié, il faut aussi revenir sur les moyens à disposition des communes et des habitants pour se protéger quand le risque est là, de toute façon.
Car la baisse des aides prévues dans le Grenelle, de 40% à 15%, fait reporter sur les seuls habitants la totalité de la responsabilité des risques industriels, en n’ayant d’autre choix que de prendre en charge les travaux nécessaires à leur protection. Nous, élu(es) écologistes proposons, dans l’attente d’une disposition nationale obligeant les industriels à assumer leur responsabilités, de constituer un fond public d’aide aux résidents pour la réalisation des travaux prescrits dans le PPRT », concluent les écologistes.