Caen Les pompiers de Caen toujours en colère. Au nouveau préfet d'éteindre l'incendie

La rencontre entre le président du Département du Calvados et les pompiers de Caen, mardi 5 janvier 2016, est un échec. Tous se tournent maintenant vers le nouveau préfet.

Mise à jour : 09/01/2016 à 08:46 par Marjorie Janetaud

Depuis le 28 décembre 2015, la grogne des sapeurs-pompiers contre le SDIS 14 prend de l'ampleur. ©Alice Labrousse
Depuis le 28 décembre 2015, la grogne des sapeurs-pompiers contre le SDIS du Calvados prend de l'ampleur. ©Alice Labrousse

Dernière minute : Les sapeurs-pompiers de Caen (Calvados) ont obtenu de la part de la direction du Service départemental d’incendie et de secours (SDIS), vendredi 8 janvier 2016, le droit de lisser leurs heures de gardes sur un semestre. C’était l’un des nombreuses revendications de leur mouvement débuté le 28 décembre 2015. Les gardes de 24h ne devront pas excéder le nombre de 47 par semestre, soit un plafond de 1128 heures en six mois, selon le SDIS.

Face à la grogne des sapeurs-pompiers de l’agglomération de Caen (Calvados) qui mènent des actions depuis le lundi 28 décembre 2015, le président du Conseil départemental du Calvados est sorti de son silence, mardi 5 janvier 2016. Jean-Léonce Dupont a reçu, dans la matinée, une délégation syndicale. Un moment très attendu par les soldats du feu.

« Depuis maintenant 18 mois, la politique managériale du SDIS a touché chacun d’entre nous, tant sur le plan professionnel que privé, est-il écrit sur cette affiche. Sanctions, suppressions de primes, de logements, plannings tardifs, congés compromis etc… L’attitude autoritaire de la direction nous a tous poussés à bout ! Le mouvement entamé semble porter ses fruits car une délégation syndicale sera reçue au Conseil départemental mardi 5 janvier à 11h. »

> Lire aussi : En Normandie, colère des pompiers à Caen. Le feu couve toujours dans les casernes.

Aucun accord trouvé

La mobilisation a bien eu lieu. Environ 150 personnes se sont rassemblées devant l’Hôtel du Département rue Saint-Laurent, à Caen (Calvados), avant et pendant la rencontre. Mais aucun n’accord n’a été trouvé. En début d’après-midi, Jean-Léonce Dupont a tenu à donner sa version des faits lors d’une conférence de presse, en parlant d’une différence d’appréciation des textes.

Nous avons très clairement une différence d’appréciation sur le temps maximal que peut travailler un sapeur-pompier professionnel pendant la semaine qui est donc de 48h. Nous pensons que si nous devons entrer dans cette légalité, effectivement nous ne pouvons pas dépasser. Les organisations syndicales ont un point de vue qui est objectivement différent.

Jean-Léonce Dupont parle de l’application stricte de 48h de travail par semaine maximum pour « des raisons de sécurité » quand les représentants syndicaux souhaitent pouvoir travailler 48 heures en moyenne avec un lissage sur un semestre et une meilleure répartition du temps de travail, comme l’explique Wilfried Van Oost, représentant syndical CGT à la caserne de la Folie Couvrechef, interrogé par Normandie-actu, à l’issue de la rencontre.

L’application stricte enlève toute souplesse avec les effectifs réduits qui sont les nôtres. Le président du Département n’applique pas l’intégralité des textes (une directive européenne, le décret 2013-1186 du 18 décembre 2013 et le Code du travail) qui parlent d’une moyenne de 44 et 48h hebdomadaires.

Le préfet du Calvados attendu pour arbitrer

De cette réunion, il espérait un revirement de situation qu’il qualifie « d’invivable ». Au final, chacun a campé sur ses positions et se tourne désormais vers la préfecture. Le nouveau préfet du Calvados, Laurent Fiscus a reçu, dès mardi soir, une délégation syndicale des sapeurs-pompiers qui espère une médiation ou un arbitrage de sa part. De son côté, Jean-Léonce Dupont a annoncé qu’il le rencontrerait, jeudi 7 janvier 2016, et lui demanderait de saisir le président du tribunal administratif pour connaître son avis sur cette différence d’appréciation des textes.

Je vais avoir une première visite de politesse du préfet qui vient d’arriver. Et comme l’État d’un côté et le Département de l’autre sont les deux autorités de tutelle qui ont en charge le Syndicat départemental d’incendie et de secours (SDIS), je me propose de demander au préfet de faire une consultation auprès du président du tribunal administratif pour connaître son avis sur l’interprétation de textes. Je ne le fais pas car je n’en ai pas la possibilité.

Réduction des moyens ?

Les premières tensions entre les sapeurs-pompiers et le Conseil départemental remontent à 18 mois environ et les griefs s’ajoutent comme « un mille-feuille ». Suppression des logements en échange de gardes, réduction des moyens… Le président se défend en expliquant ne pas avoir réduit le budget (50 millions d’euros) consacré au SDIS14 depuis son arrivée, en 2011, mais reconnaît une réorganisation. Les représentants syndicaux dénoncent justement ce budget constant quand d’autres SDIS de catégorie 2, comme celui du Calvados, « fonctionnent avec deux ou trois millions d’euros de plus», annonce Wilfried Van Oost.

Jusqu’en 2012, il y a avait 54 sapeurs-pompiers chaque jour dans les casernes Canada, Ifs et Folie-Couvrechef et 46 la nuit. Aujourd’hui, il n’y en a plus que 46 le jour et 46 la nuit. En disant qu’il n’a pas réduit les moyens, le président compte les pompiers volontaires d’astreinte qui habitent à 15 kilomètres de Caen.

La caserne Canada définitivement fermée la nuit

Dernièrement, c’est la fermeture de la caserne Canada, la nuit, qui avait fait monter la grogne des sapeurs-pompiers. Une mesure d’abord prise à titre expérimental mais qui vient d’être validée définitivement, dans le cadre du Schéma départemental d’analyse et de couverture des risques. « La caserne Canada, ce sont 3 000 interventions par an dont 1 300 la nuit. »
Après l’échec de la rencontre, mardi 5 janvier 2016, le mouvement des sapeurs-pompiers de l’agglomération de Caen est maintenu et pourrait même prendre de l’ampleur selon Wilfried Van Oost.

Nous nous dirigeons vers une action d’ampleur avec la venue des pompiers d’autres SDIS de France pour un grand rassemblement à Caen !

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