Argentan Le philosophe de Normandie, Michel Onfray, de retour dans l'arène médiatique

Son absence aura été de courte durée. Après avoir annoncé son retrait de la sphère médiatique, en novembre 2015, Michel Onfray, le philosophe de Normandie, est de retour. Détails.

Mise à jour : 17/03/2016 à 17:46 par Solène Bertrand

Michel onfray publie finalement son essai, Penser l'islam, et remonte sur le ring médiatique. (Photo : D.R.)
Michel Onfray publie finalement son essai, « Penser l'islam », et remonte sur le ring médiatique. (Photo : D.R.)

Michel Onfray aime la lumière et les plateaux télévisés. Si en novembre 2015, après la publication d’un tweet polémique sur les attentats de Paris, le philosophe normand, originaire d’Argentan (Orne) et fondateur de l’Université populaire de Caen (Calvados), annonçait son retrait de la sphère médiatique, il est de retour dans les librairies avec son essai, Penser l’islam. Initialement, l’ouvrage ne devait pas paraître en France, mais uniquement à l’étranger.
Un retour remarqué après un bref silence. Michel Onfray est l’invité de l’émission littéraire de François Busnel, La grande librairie, diffusée sur France 5, jeudi 17 mars 2016.

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De retour sur les plateaux télévisés

Le mutisme de Michel Onfray n’aura pas duré. Moins de six mois après avoir tiré sa révérence, il revient avec deux ouvrages : Penser l’islam chez Grasset et Le miroir aux alouettes, autobiographie politique chez Plon. Peu après les attentats de novembre 2015, le philosophe avait renoncé à publier son essai sur l’islam, estimant qu’aucun « débat serein » sur le sujet n’était possible en France.
Après ses tonitruantes déclarations, Michel Onfray est de retour sur les plateaux télévisés et a accordé un entretien exclusif à François Busnel, chroniqueur littéraire, invité de l’Université populaire du goût, qui se tiendra à Fel, dans l’Orne, samedi 2 avril 2016.

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Pour un islam de France

Constitué d’articles et d’un entretien avec la journaliste algérienne Asma Kouar, Penser l’islam interroge la religion et ses fondements :

Je lis le Coran, j’examine les hadîths (Ndlr : recueil des actes et paroles du prophète Mahomet) et croise le tout avec des biographies du Prophète pour montrer qu’il existe dans ce corpus matière au pire et au meilleur : le pire, ce que des minorités agissantes activent par la violence; le meilleur, ce que des majorités silencieuses pratiquent de manière privée, confie le philosophe au Parisien, qui rappelle que si l’islam prône l’amour et la miséricorde, certains passages du Coran « invitent à la guerre, au massacre des infidèles, l’égorgement ».

Militant pour un islam pacifiste, le philosophe se défend d’être islamophobe et plaide pour un islam de France :

Il existe de véritables militants de la haine contre l’islam quelles qu’en soient ses formes, mais il existe aussi des gens qui préféreraient un islam qui prélève les sourates pacifiques à celui qui met en avant les sourates guerrières. Est-ce islamophobe que préférer la paix à la guerre? Je ne crois pas.

Une pierre dans le jardin de Laurent Joffrin, directeur de publication de Libération, qui, en septembre 2015, avait accusé le philosophe de véhiculer une pensée populiste et de faire le jeu du Front national.

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Règlements de comptes

Si Michel Onfray s’attaque à l’islam et commente certains de ses versets qui inciteraient à la haine, ses deux derniers ouvrages sont surtout l’occasion pour le philosophe de régler ses comptes avec la gauche, qui, suivant la politique étrangère américaine, aurait « sacrifié son peuple » :

Peut-on imaginer que ce reniement de la tradition pacifiste de la gauche ait été sans relation avec le fait que la France soit devenue le terrain d’une guerre menée par certains de ses ressortissants musulmans intégristes qui se réclament de l’État islamique?

Une déclaration qui n’est pas sans rappeler le procès fait par le philosophe aux politiques, le soir des attentats du 13 novembre 2015, dans un tweet : « Droite et gauche qui ont internationalement semé la guerre contre l’islam politique récoltent nationalement la guerre de l’islam politique. » Michel Onfray règle ses comptes avec la gauche : de Manuel Valls à Libération, en passant par François Mitterrand, et le politiquement correct. Accusé de faire le jeu du FN, le philosophe déclare être resté « fidèle à l’idée socialiste », maintes fois trahie par le PS et ses représentants. Le responsable de la montée du Front national ? François Mitterrand et son antiracisme :

L’antiracisme crée un peuple de substitution, celui des blacks, des beurs et des feujs, comme il convient désormais de dire, déclare-t-il dans Le miroir aux alouettes, rapporte Libération.

« Le Hanouna de la philosophie »

Michel Onfray continue de se proclamer néo-réac, à en croire ses déclarations :

Quant à ceux qu’on traite d’islamophobes et qui se sont contentés d’annoncer le réel – je songe respectivement, sans juger de la pertinence de leur propos, à Alain Finkielkraut, Renaud Camus, Éric Zemmour, Michel Houellebecq -, on ne saurait les rendre responsables de ce qu’ils se sont contentés d’annoncer.

Une posture qui assure de beaux jours sur les plateaux télévisés au philosophe, « atteint du syndrome Cyril Hanouna », selon le magazine Challenges. Ce dernier s’interroge sur la posture de victimisation de Michel Onfray, rappelant celle adoptée par l’animateur, Cyril Hanouna. Le philosophe, victime du désamour des médias et cible de nombreux détracteurs ?

Tel Cyril Hanouna, aveuglé par l’enquête de Society révélant ses potacheries pour les transformer en faits de société révélateurs de la brutalité du monde ultra-libéral et décidant de proclamer son humanité à la face du monde sur D8, Onfray s’indigne que l’on puisse ne pas l’aimer. L’attaquer. Le cibler. Onfray a beau accuser Hanouna d’être un vecteur de dérive sociale qui mène au djihadisme, il fonctionne de la même façon que lui, comme frappé du même syndrome, analyse le magazine Challenges.

Une vive charge contre un philosophe, accusé d’être « en quête d’adorateurs », sombrant dans la « victimisation sentimentale » : « Qu’un animateur de télévision veuille être aimé à tout prix, soit. C’est inhérent à la fonction. Qu’un intellectuel tombe dans ce travers de l’époque, non. Car ce n’est plus un intellectuel, mais un personnage de télévision », conclut l’article.

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