Le Havre Réactions. La rénovation du Volcan, au Havre : trahison architecturale ?

Inauguré en grande pompe, au Havre, le 7 janvier 2015, le Volcan rénové ne séduit pas tout le monde. Le magazine spécialisé, AMC, évoque un aménagement tombé de nulle part.

Mise à jour : 19/04/2015 à 19:29 par Solène Bertrand

Le Volcan rénové : un projet dénaturé ? Le magazine AMC indigné. ©Bréard-VDH.
Le Volcan rénové : un projet dénaturé ? Le magazine AMC indigné. ©Bréard-VDH.

Mercredi 7 janvier 2015, le Volcan, communément appelé pot de yaourt au Havre (Seine-Maritime), dévoilait son nouveau visage à un public venu, nombreux, applaudir Jean-Claude Casadesus et l’Orchestre national de Lille qui inauguraient la nouvelle salle de la Maison de la culture, à l’acoustique entièrement retravaillée. Si les musiciens ont été séduits par les aménagements sonores, d’autres voix émergent et critiquent le travail de rénovation mené sous l’égide de l’architecte Dominique Deshoulières. Le magazine spécialisé AMC (Architecture Mouvement Continuité) dénonce une atteinte à la pureté des courbes du bâtiment d’Oscar Niemeyer.

Une rénovation qui dénature le projet du maître brésilien

L’article d’AMC, intitulé La lente agonie d’Oscar au Havre, sévère et sans appel, critique la rénovation du nouveau Volcan, « le choix de matériaux discordants et le mobilier urbain inepte » :

Conçue à l’origine comme un espace clos sur la ville, la place est maintenant largement ouverte et ce n’est pas ce que l’on reprochera sur le fond aux architectes Deshoulières-Jeanneau. C’est davantage la manière de traiter les fameuses lignes sensuelles de Niemeyer, de les parasiter avec l’emploi de matériaux discordants et l’inscription d’un mobilier urbain inepte qui interroge.

Le béton s’efface sous des aplats de matières et les deux Volcan, le petit (destiné à accueillir une médiathèque) et le grand, sembleraient « émerger brutalement d’une mer de granit qui s’est substituée aux sols extérieurs, jusqu’alors en béton. » Le Volcan, version 2015, une atteinte à la pureté des courbes et une infidélité au projet du maître ? L’article d’AMC est sans concession :

Et si la rénovation et la modernisation du complexe étaient indispensables, il y a un fossé entre les excès d’une restauration à l’identique et ceux d’un aménagement tombé de nulle part, oscillant entre l’entrée de parking ou de cimetière.

Et les critiques abondent : un rapport cinglant sur l’un des bâtiments iconiques de la cité Océane.

« Des sanisettes à la Decaux »

L’aménagement du toit, qui avait déjà suscité une polémique puisque le bâtiment initial se trouvait structurellement modifié par  l’ajout d’un local technique, fait aussi débat :

On mentionnera aussi, entre autres, les tombereaux de pierre agrafée qui ne sont pas de la plus grande élégance et les flopées d’édicules techniques, notamment sur le toit, qui surgissent de partout et font penser à des sanisettes à la Decaux.

Puis, ce sont les jardinières qualifiées de baignoires qui font tâche etc. L’article cinglant renvoie la Ville dans ses buts :

Il y a une incompréhension totale du projet de base, une apposition cataclysmique d’écritures architecturales, ce qui est bien dommage. On sait que les Havrais ont eu du mal à se faire au bâtiment, surnommé le « pot de yaourt » et c’est à se demander si la maîtrise d’ouvrage qu’est la Ville l’a jamais compris pour retenir un tel projet !

Une conclusion qui achève de massacrer la rénovation réalisée par la Ville et le cabinet d’architecte missionné. Au Havre, la rénovation provoque-t-elle un tel remous chez les habitants, attachés à leur patrimoine architectural ? Si révolte il y a, elle est discrète, pour l’instant. La livraison finale du site permettra d’avoir une vue d’ensemble de ce site repensé et rénové qui devrait sortir de terre, rejaillir pour accueillir en son antre un public avide de culture.

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