Le Havre La ministre de l'Éducation, Najat Vallaud-Belkacem, au Havre, pour découvrir la « machine à lire »

La ministre de l'Éducation nationale fait de la « machine à lire », un outil en expérimentation au Havre (Seine-Maritime), un outil efficace dans l'apprentissage de la lecture.

Mise à jour : 22/02/2016 à 17:03 par Karine Lebrun

La ministre de l'Education a épaulé les élèves dans la découverte de la machine à lire (©K.L.)
La ministre de l'Éducation nationale a épaulé, au Havre (Seine-Maritime), les élèves dans la découverte de "la machine à lire" (©K.L.)

La ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, était en visite au Havre, en Seine-Maritime, lundi 22 février 2016, pour rappeler que l’apprentissage des fondamentaux que sont la lecture et l’écriture, constituait sa priorité, à l’heure où « un collégien sur cinq, aujourd’hui, ne sait pas convenablement ni lire, ni écrire ». Elle est venue rencontrer des élèves de CE2 de l’école élémentaire Valmy, placée en réseau d’éducation prioritaire. Un établissement où elle a découvert une nouvelle initiative pour faciliter l’apprentissage de la lecture, « la machine à lire ». La ministre a ensuite été à l’école élémentaire François Hanin, à Saint-Romain-de-Colbosc, près du Havre, où elle a visité une unité Ulis, dédiée à aux enfants en situation de handicap.

Lecture en classe avec la ministre

Ambiance studieuse dans la classe d’Alexandre Paolozzi, à l’école Valmy, en dépit de la présence de nombreux journalistes, avec micros et caméras. Les enfants, avec l’aide de leur enseignant, ont travaillé la lecture d’un roman, Les doigts rouges, de Marc Villard. L’exercice doit faire la preuve de leur dextérité tant dans la lecture que dans la compréhension du texte. La ministre est à hauteur des enfants. Elle a pris place à l’une des tables des écoliers et aide dans la progression de cette leçon, un tout jeune élève. À ses côtés, le chercheur et linguiste, Alain Bentolila, à l’origine de « la machine à lire ». Cet outil est en expérimentation sur le temps du périscolaire, au Havre, depuis deux ans, dans des structures municipales comme le centre social, Le Satellite, à la Mare-Rouge, mais aussi dans des associations à vocation sociale comme l’Aham, Trait d’union ou Arec (Association échanges réseau culture). Il doit désormais pouvoir profiter à l’école. D’où la visite de Najat Vallaud-Belkacem, au Havre, invitée à l’école Valmy où « la machine à lire » passait pour la toute première fois dans les mains des jeunes scolaires de CE2.

« Comment sommes-nous devenus si cons ? »

L’outil a été conçu par le linguiste qui pensait, il y a encore peu, que  l’école française n’est plus ce qu’elle était, « et qu’au lieu d’apprendre à lire et à écrire, elle enseigne des choses ridicules aux élèves ». Des propos dont il s’explique dans un ouvrage, titré « Comment sommes-nous devenus si cons ? ».  Au sujet de la lecture, le chercheur rappelle que les recherches les plus expérimentales montrent clairement que ce qui handicapent véritablement les lecteurs peu aguerris, c’est bien l’incapacité et la crainte d’affronter une distance de lecture dépassant quatre à cinq pages. Le linguiste, pour pallier le problème, a conçu un outil qui permet à l’enfant de développer son endurance, tout comme sa compréhension du texte.

Il met en place toutes les conditions pour créer l’appétit de lecture. »

L’enfant, équipé d’une tablette numérique, entre dans la lecture d’un livre où des séquences permettent la lecture directe de l’ouvrage et d’autres, une simple écoute du texte. La « machine à lire » développe également la compréhension de texte.

L’élève passe un contrat qui dépend du niveau de difficulté qu’il s’est assigné, explique le chercheur. Cette progression est bien évidemment accompagnée par un adulte, pour permettre l’échange, le partage. Et favoriser la construction d’un temps citoyen. »

L’objectif est que les phases audio soient progressivement réduites et les phases de lecture de plus en plus allongées, afin que les enfants puissent « tenir la distance » et lire de plus en plus longtemps, selon Alain Bentolila, qui rapproche sa méthode d’un entraînement à l’endurance pour un coureur à pied.

500 mots acquis, seulement pour 10 % de la population française

L’école Valmy a été sélectionnée par la Ville du Havre pour cette première découverte ministérielle, en raison du nombre d’actions qu’elle privilégie pour favoriser l’apprentissage de la lecture auprès de ces 132 élèves. Alain Bentolila se félicite qu’au terme d’une première année d’expérimentation, la lecture est devenue plus aisée pour 70 % du jeune public qui avait testé la « machine à lire » et surtout qui n’avait jamais ouvert un livre. La Ville du Havre, qui déploie un large programme d’accessibilité à la lecture, dans le cadre de son plan « lecture », veut développer l’accès de cet outil, désormais, au plus grand nombre. Démarche qu’appuie aujourd’hui la ministre de l’Éducation.

Un élève sur cinq au collège, ne maîtrise pas les fondamentaux que sont la lecture et l’écriture. Je fais de l’acquisition de ces fondamentaux, une priorité.  Il n’y a pas de thème plus important que celui-là. Et je veux donner les moyens à cette priorité. Ceci passe par le développement de démarches innovantes. La “machine à lire” est une de ces belles innovations. On sait que 10 % de la population adulte française ne maîtrise pas plus de 500 mots. Comment avec ce maigre bagage accède-t-elle convenablement à la compréhension du monde qui l’entoure ? Je ne crois pas cela possible. Cette réalité m’est intolérable. »

Des apprentissages plus créatifs

Et la ministre de justifier de la nécessité des réformes engagées à l’école maternelle pour faciliter l’acquisition de la lecture. « Une fois qu’on sait lire, et que l’on sait écrire, on naît au monde. » La réforme du collège est tout aussi impérieuse pour Najat Vallad-Belkacem qui fait fi des critiques qui lui sont adressées.

Au collège, là aussi, l’élève n’est pas assez bien outillé pour comprendre le monde dans lequel il vit. Pour l’aider, il lui faut des apprentissages qui sont plus coopératifs, plus créatifs et qui développent l’oralité », persiste la ministre.

La « machine à lire », au Havre, mais ailleurs en France, va profiter dès la rentrée de septembre 2016, aux écoles inscrites en réseau d’éducation prioritaire renforcé et qui bénéficie du dispositif « Plus de maître que de classes » qui a été mis en place par le ministère depuis 2012.

Ce dispositif dont on parle assez peu, est un vivier de 2 500 établissements où un enseignant en surnuméraire, qui n’a pas de classe attitrée, peut passer de classe en classe pour aider les enfants en difficulté et aider ses collègues. Cette “machine à lire” est un excellent outil pour ces enseignants, en matière d’aide à la lecture », estime Najat Vallaud-Belkacem.

L’application comprend déjà 35 titres, des livres jeunesse, et des classiques comme l’Odyssée d’Homère, Aladin, Les Trois Mousquetaires et bientôt Notre-Dame de Paris. « Les textes ont été raccourcis et on a conservé uniquement les passages où il y a de l’action, en enlevant les parties descriptives, mais on ne réécrit pas Victor Hugo. Nous prenons les enfants comme ils sont aujourd’hui, c’est-à-dire familiers des séries télévisées où l’action est prépondérante », explique le linguiste, Alain Bentolila. La « machine à lire » concernera en priorité des élèves allant du CM1 à la 5e. Mais, selon le linguiste, elle convient à des enfants plus jeunes et même, comme on apprend à tout âge, à des personnes âgées, des expériences ayant été menées en maison de retraite.

Avec AFP

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