La grogne au pied du sapin

Mise à jour : 20/12/2011 à 06:56 par Doris Le Mat-Thieulen

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Hôpital, Éducation, Poste, les salariés ont été dans la rue toute cette semaine. La France d’en bas se rebiffe tandis que la France d’en haut continue de dégringoler.

Plusieurs manifestations cette semaine au Havre se sont suivi ou juxtaposées, symbole tout de même que la sérénité n’est pas au programme de cette fin d’automne.
À l’Hôpital, les syndicats s’invitent lors de la pose de la première coulée de béton du nouvel établissement de soins longue durée qui va remplacer Calmette : il n’y a plus qu’à remballer petits fours et champagne. On sent une vive tension entre les militants et la direction. Les syndicats dénoncent le gel des salaires, des conditions de travail de plus en plus difficiles, des remises en cause d’acquis et notamment les accords de modalités d’échelon et de grades. « Nous payons une gestion financière catastrophique du GHH, un déficit qui s’accroît d’année en année », disent les représentants de Sud. « Faux ! réplique Philippe Paris, directeur général du GHH, quand je suis arrivé en 2007, le déficit comptable était de 21 M d’euros, l’an passé, nous étions à 10 M d’euros ! » Chacun a sa version des faits. « L’Hôpital public est aujourd’hui géré comme une entreprise avec des soucis de productivité », disent les syndicats. La direction n’est pas d’accord mais il faut dire que direction et syndicats s’affrontent comme chien et chat. Et ce n’est pas  le Comité Technique d’Établissement avorté du 14 décembre qui indique le contraire : « Je n’ai pas de souci de communication avec les syndicats, dit pourtant Philippe Paris mis en cause également dans sa façon de gérer le rapport humain. En réalité, sur 4 années d’exercice au GHH, c’est la seule fois où je me suis mis en colère. Il s’est agi d’un événement isolé avec une seule personne ».
Propagande, effets d’annonce, l’autre point de mécontentement des syndicats concerne l’opération de « com » organisée autour de cette première coulée de béton. « Cet établissement ne fait que remplacer les 154 lits déjà existants », dit Sud. « Certes, répond Philippe Paris. Mais c’est un environnement nouveau et le départ de quelque chose ». « Un équipement qui coûtera aux contribuables 60 euros par jour », rétorquent les syndicats. « Une somme prise en charge par le Conseil Général » répond le directeur du GHH.

Liberté pédagogique
Côté Éducation nationale, l’ambiance n’est guère plus folichonne. « En effet près de 50% des enseignants de collège et lycées sur le secteur sont en grève en ce jeudi 15 décembre », indiquent les syndicats. Pourquoi ? Ils sont contre la réforme de l’évaluation des enseignants de l’actuel ministre de l’Éducation, Luc Chatel. Elle est censée démarrer au 1er janvier et donne les pleins pouvoirs au chef d’établissement sur l’évaluation des enseignants. « Cette évaluation est faite par deux personnes (1 chef d’établissement et un Inspecteur Pédagogique Régional (IPR), voilà qui permet un jugement plus impartial », commente Alain Ponvert, un des responsables Snef Fsu, professeur  au Collège Joliot Curie du Havre.  Concrètement pour les usagers qu’est-ce que cela implique : « Le prof ne sera plus évalué sur son savoir-faire mais sur son savoir être, explique Alain Ponvert. En résultera une mise en concurrence des établissements, une fois de plus aux dépens des familles défavorisées ». Enfin, argument imparable : « Luc Chatel vient du monde de l’entreprise. Gérer l’école comme une entreprise est une erreur. Il suffit de voir ce qui arrive à Fralib ou à Renaut pour constater que confier la gestion d’une structure à un patron n’est en aucun cas un gage de réussite ».
DLM-T

À La Poste, aussi

Grogne à La Poste aussi en cette semaine décidément très agitée. En effet, de nombreux guichets se sont mis en berne, jeudi 15. « 9 guichets sur 16 au Havre », précise Eric Morizot, secrétaire régional adjoint Sud PTT. Les raisons de ce mouvement régional ? « Nous sommes contre un projet national de sous-traitance d’une partie des activités de la Poste. 600 à 800 emplois pourraient être supprimés ; il s’agirait des premiers licenciements économiques de la Poste ». Avant d’en arriver là, les agents pourraient être mutés. « Nous ne voulons pas de mobilité forcée. On sait ce que ce type de méthode peut donner », dit le militant syndical nous rappelant au triste souvenir des suicidés de France Télecom.