Caen Journée du sommeil. Pourquoi les nouvelles technologies nous empêchent de dormir

Nouvelles technologies et sommeil ne font pas bon ménage. Explications auprès d'une spécialiste de Caen (Calvados) à l'occasion de la Journée du sommeil, vendredi 18 mars 2016.

Mise à jour : 17/03/2016 à 19:21 par Lou Benoist

Vendredi 18 mars 2016 lance la 16e journée du sommeil (©Pixabay)
Pour la 16e journée du sommeil, le CHU de Caen (Calvados) propose un programme de conférences, vendredi 18 mars 2016. (©Pixabay)

Bien dormir serait l’une des clés du bonheur. C’est du moins ce que soutiennent les professionnels de la santé et les spécialistes. Une raison suffisante pour qu’une journée soit consacrée au sommeil, chaque année, et ce, depuis 16 ans. Vendredi 18 mars 2016 sera l’occasion pour chacun de se renseigner sur les troubles que peut engendrer un manque de sommeil, mais aussi, sur le bien-être à gagner en retrouvant un sommeil réparateur.

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À cette occasion, les CHU de Caen (Calvados) et de Rouen (Seine-Maritime) dévoilent un vaste programme pour cette journée lancée sous le thème du sommeil et des nouvelles technologies. À Caen, Françoise Bertran, médecin neurologue au CHU, travaille au sein de l’unité de traitement et de diagnostic de troubles du sommeil. Elle a répondu aux questions de Normandie-actu.

Normandie-actu : Pour cette 16e édition, l’Institut national du sommeil et de la vigilance a choisi le thème du sommeil et des nouvelles technologies. À l’heure actuelle, quel est le lien établi entre le sommeil et les nouvelles technologies ?

Françoise Bertran : Ce lien répond à un constat : les personnes qui utilisent beaucoup les nouvelles technologies peuvent développer des troubles du sommeil. Il est prouvé que ceux qui passent plus de temps sur leurs téléphones portables, tablettes ou ordinateurs, le font aux dépends de leurs heures de sommeil. Si les nouvelles technologies ne sont probablement pas les seules responsables de la diminution du temps de sommeil, il est clair qu’elles jouent un rôle important. Et puis, il y a aussi les effets plus pervers des nouvelles technologies, comme le fait qu’elles dégagent beaucoup de lumière. Or, la lumière n’envoie pas de messages « d’endormissement » au cerveau, bien au contraire ! Elle fait secréter de la mélatonine, ce qui nous pousse à nous maintenir éveillés.

Des risques d’insomnies durables

Dans ce cas, existe-il un système de prévention « contre » les nouvelles technologies, pour « protéger » notre sommeil ?

C’est avant tout une question d’éducation, mais aussi d’habitude. En effet, ce qu’il faut c’est ne pas habituer les tout-petits à regarder trop les écrans. En effet, on sait par exemple que toutes les activités sur les écrans peuvent altérer leur perception du temps qui passe. Par conséquent, ils ne reçoivent pas les mêmes signaux pour dormir. Par exemple, on détectera moins de symptômes de somnolence. C’est pourquoi nous déconseillons tout écran dans la chambre. Des études montrent que les enfants qui regardent beaucoup les écrans développent plus facilement des insomnies à l’âge adulte. Cela n’est pas le fruit du hasard pour moi. Après, je pense qu’il y a une réelle prise de conscience aujourd’hui et notamment de la part des parents.

Janvier 2015, le Parlement taïwanais avait rendu aussi grave « le fait de passer du temps sur des appareils électroniques que de boire, se droguer ou regarder du porno », expliquait Libération. Les parents d’enfants présentant des « troubles physiques ou mentaux » peuvent ainsi payer une amende d’environ 1 400 euros. En 2015, une étude prouvait que les Américains de huit ans passaient en moyenne huit heures par jour sur des appareils électroniques contre trois heures et demie pour les jeunes Français.

« C’est le négatif qui gagne »

A contrario, de nouvelles applications ou logiciels permettent d’accompagner ou d’étudier notre sommeil. Ne pensez-vous pas que les nouvelles technologies peuvent être positives ?

Effectivement, il y a des choses qui se sont aussi développées de manière plus positive pour le sommeil. Mais il faut prendre un peu de distance avec celles-ci. En effet, par exemple, les montres connectées qui permettent « d’enregistrer le sommeil », ne l’enregistrent pas vraiment ! C’est une technologie qui va uniquement enregistrer vos mouvements pendant votre sommeil et établir un calcul. Je ne veux pas paraître réactionnaire mais je ne suis pas complètement convaincue pour le moment. Si l’on devait faire la balance entre ce que les nouvelles technologies apportent de négatif et de positif, je dirais que c’est le négatif qui gagne… Après je ne suis pas contre ! Au contraire. J’espère qu’un jour la technologie nous permettra de mieux dormir.

> Lire aussi : Crises du sommeil. En Normandie, ces soeurs qui peuvent dormir jusqu’à 23 heures par jour

Retrouvez l’étude 2015 de l’Institut national du sommeil et de la vigilance, ici :

Sommes-nous tous égaux face au sommeil ? Quelles sont les personnes les plus touchées ?

Les personnes qui se couchent tard sont les plus exposées. En effet, celles-ci on plus de chance d’occuper leur temps en utilisant les nouvelles technologies et sont par conséquent plus vulnérables. Cela concerne donc plutôt les jeunes adultes et les adolescents.

Les « ondes » qui seraient émises par les appareils sont-elles aussi responsables d’un mauvais sommeil ?

Rien n’est encore démontré, scientifiquement, en ce qui concerne les conséquences que pourraient avoir ces ondes sur la santé, ou encore celle du wifi, de la radio. Donc je ne me prononcerai pas sur le sujet, en tant que scientifique. Mais personnellement, j’appliquerais un principe de précaution. Je ne mettrais pas une borne wifi a côté de ma tête pour dormir….

Des rendez-vous à Caen et Rouen

Vendredi 18 mars 2016, rendez-vous à l’amphithéâtre Lecat, hôpital Charles-Nicolle, à Rouen, de 13h30 à 16h. De 13h30 à 14h est organisée une sieste collective (accueil à 13h) et de 14h à 16h, une conférence-débat sur le thème « le sommeil et les nouvelles technologies ».
À Caen, rendez-vous le vendredi 18 mars, de 14h à 18h, à la Faculté de médecine, 2 rue des Rochambelles à Caen. Le programme :

  • 13h30 : accueil
  • 14h : « Sommeil & nouvelles technologie : résultats de l’Enquête nationale INSV » Professeur D. Davenne, directeur UMR 1075, CaeN
  • 14h30 : « Le sommeil, inventaire des nouvelles technologies qui agissent sur le sommeil » avec le Professeur H. Normand et  le professeur A. Gauthier, chercheurs UMR 1075, Caen « Les nouvelles technologies, les jeunes et leur sommeil »
  • 15h : Le sommeil et ses troubles chez l’adolescent G. Rauchs, chercheur UMR 1077, Caen
  • 15h20: La sophrologie et le sommeil des adolescents, C. Carneiro, sophrologue, Caen
  • 15h35 : Table ronde et débat sur le sommeil et les nouvelles technologies chez l’adolescent (Dr AS. Diependaele, Dr F. Bertran & Dr JN. Prévost, Unité du Sommeil, CHU de Caen)
  • 16h : pause
  • 16h30 :  « Insomnie et nouvelles technologies chez l’adulte » Joy Perrier, post-doctorante UMR 1075, Caen
  • 17h10 : « Lumière et sommeil des personnes âgées » Nicolas Bessot, Maître de Conférences, UMR 1075, Caen
  • 17h40 : pause
  • 18h  : Résultat du concours photo “sommeil et nouvelles technologies”

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