Épaignes [Interview] Régionales en Normandie. Hervé Morin "construit les conditions de l'union"

Hervé Morin est en campagne. Sera-t-il en tête d'une liste UMP-UDI en décembre 2015, aux élections Régionales en Normandie ? Il affirme "construire les conditions de l’union".

Mise à jour : 12/11/2016 à 16:45 par La Rédaction

Des vœux pleinement orientés vers la Normandie, un agenda qui s’accélère… L’ex-ministre de la Défense de Nicolas Sarkozy, Hervé Morin, pourrait bien jouer un rôle majeur, à droite, lors des élections Régionales de la grande Normandie, en décembre 2015. Même si la Commission nationale des investitures de l’UMP a préféré un tandem de femmes (Françoise Guégot et Véronique Louwagie) pour conduire la liste du parti aux Régionales, des négociations doivent avoir lieu entre l’UDI et l’UMP, afin de former une liste unique à droite. Des négociations qui pourraient conduire Hervé Morin en tête d’une liste UMP-UDI en décembre. L’interview de Normandie-actu.

Hervé Morin, ici lors de sa rentrée politique, en septembre dernier, à Epreville-en-Lieuvin, dans l'Eure. (Photo : Courrier de l'Eure)
Hervé Morin, ici lors de sa rentrée politique, en septembre dernier, à Epreville-en-Lieuvin, dans l'Eure. (Photo : Courrier de l'Eure)

Normandie-actu. Ça y est, la Normandie est – quasiment – réunifiée. Une satisfaction ?
Hervé Morin. Je n’y croyais plus. J’ai mené le combat pendant des années. On sait que les présidents des Conseils régionaux socialistes y étaient opposés en dépit d’un rapport qu’ils avaient d’ailleurs commandité démontrant l’intérêt de la réunification et donc je pensais que cette histoire ne verrait pas jour aussi longtemps que ce serait de la politique. C’est une bonne nouvelle pour la Normandie. C’est un atout formidable parce que cela va être un moyen de réécrire une page blanche de nos politiques régionales, de balayer les conservatismes, d’avoir des politiques innovantes. Mais, en même temps, ça va être un exercice difficile parce qu’il y a une gouvernance à imaginer, il y a des politiques à mettre en place à partir de deux Régions, qui, tout en ayant la même sensibilité politique, a une politique, à peu près sur tous les sujets, très différente !

On se souvient du serment d’Épaignes (Ndlr : Hervé Morin est maire de cette commune de l’Eure de 1 500 âmes. Le serment d’Épaignes est un engagement solennel pris, à l’appel d’Hervé Morin, le 26 novembre 2006, par des élus de Normandie appelant à l’organisation d’un référendum demandant la réunification de la Normandie). Pour vous, il n’y avait pas d’autre solution que la réunification…
Prenons des sujets simples. Le train, c’est une compétence régionale. La Normandie s’éloigne de plus en plus des centres de décision. Le président de la SNCF lui-même dit que la situation était mauvaise. Je suis convaincu qu’avec une seule région on aurait été largement plus en capacité à la fois de peser politiquement et financièrement. Deuxièmement, la Normandie a cette chance unique : elle fait partie des Régions les plus connues au monde. Est-ce qu’autour de l’idée de la renaissance de l’identité normande, avec comme toile de fond la renaissance de l’identité normande, on ne peut pas construire des politiques en faveur de la culture, du tourisme, de l’économie, comme les Bretons ont su si bien le faire ? Deux sujets pour lesquels on voit bien à quel point la réunification peut être une chance. Enfin, ça va être vecteur d’économies, puisque de deux assemblées régionales, d’institutions doublonnées sur deux institutions, on va avoir des organisations qui vont pouvoir être rationnalisées.

« La capitale ? Je défends l’idée d’une Région en réseau, moderne »

Certains élus rêvaient d’une Normandie plus grande, avec, pourquoi-pas, la Picardie. Vous en pensiez quoi ?
Je pense qu’on a la chance d’être sur nos fondations historiques et ç’eut été dommage de se diluer.

Aujourd’hui, on parle de la capitale. Le chef-lieu provisoire est fixé à Rouen, Caen riposte avec “Caen Cause Normand”… Et vous, vous feriez quoi ? C’est quoi la solution idéale ?
Ma solution idéale, c’est d’éviter de faire ce qui ne marche pas au niveau national, c’est-à-dire de la centralisation. Et donc j’ai toujours défendu l’idée que la réunification ne devait pas donner le sentiment à l’une des deux capitales régionales d’être une perdante. Si l’une des deux villes a le sentiment d’être dégradée, rétrogradée, la réunification partira sur de mauvaises bases. On a la chance d’avoir un triangle de trois villes. Nous sommes dans une Région ou aucune des métropoles ne peut considérer qu’il y a une évidence. Il n’y en a pas une qui surclasse les autres par sa démographie, sa puissance économique : ce n’est pas Rhône-Alpes où, à l’évidence, c’est Lyon. Donc je défends l’idée d’une Région en réseau, moderne, ça a du sens, où on met le chef-lieu dans une des deux villes – ça a l’air d’être Rouen – et donc le Conseil régional à Caen et un certain nombre de structures dédiées notamment au développement économique au Havre. Dans ce triangle vivent la moitié des Normands. Il faut profiter de ce triangle pour irriguer la moitié de la Normandie. D’où pour moi la nécessité d’un réseau ferroviaire dont la médiocrité est absolument fascinante tant par sa rapidité que sa ponctualité que son confort et que l’on permette à Rouen, Caen et Le Havre d’être relié par un système de navettes rapides et confortables dont profiteront les étudiants, les salariés, les lycéens. D’où pour moi la nécessité de spécialiser les trois villes par pôle de compétences, où l’on regroupe les administrations d’État et de Région sur les mêmes thèmes et dans les mêmes domaines et où on peut imaginer des salles de visioconférences comme on fait dans les grands groupes, procéder à des réunions grâce au numérique.

Vous avez été conseiller régional entre 2004 et 2010. Qu’est-ce que vous retenez de ces six années à la Région ?
Je retiens surtout que l’on doit avoir non pas des guerres de tranchées avec des discours politiciens qui n’ont absolument aucun intérêt dans l’assemblée régionale, mais qu’au contraire on doit considérer qu’une Région ça se construit chacun avec ses sensibilités mais en essayant de faire en sorte que sur des dossiers régionaux, droite et gauche puissent travailler ensemble, et ne pas mettre l’opposition à l’écart de toute réflexion sur les politiques régionales.

« L’emploi du temps de quelqu’un qui cherche à aller à la rencontre des acteurs de la Région »

Vous aviez dit, en 2010, que siéger à la Région était « au-dessus de vos forces »…
Parce que face à la bêtise et au sectarisme qui régnait dans l’assemblée régionale, c’est ça que je pointais du doigt.

Vous serez samedi à Rouen pour les 24 heures motonautiques, puis à Cambremer au festival des AOC et AOP. C’est un emploi du temps de candidat, ça ?
C’est l’emploi du temps de quelqu’un qui cherche à aller à la rencontre des acteurs de la Région. Comme depuis des semaines, je fais beaucoup de tables rondes pour avoir des conversations libres. Je profite de cette période du mois de mai qui est une période festive pour continuer à capter les énergies positives qui existent en Normandie.

Bruno Le Maire vous soutient ouvertement. Mais l’UMP semble préférer un candidat issu du parti. Vous pensez que vous allez réussir à les convaincre ?
Il n’y a pas d’autre choix que d’être dans l’union dans toutes les Régions. Je bâtis les conditions de l’union en Normandie comme ailleurs.

Vous aimeriez être à la tête d’une liste UMP-UDI aux Régionales, en décembre ?
Comme vous le savez, ce n’est pas quelque chose qui m’est complètement indifférent. Pour l’instant, on construit les conditions de l’union.

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