Caen [Interview] Lully et Molière, au théâtre de Caen, sous la direction de Clément Hervieu-Léger

Du 17 au 22 décembre 2015, Clément Hervieu-Léger présente "Monsieur de Pourceaugnac" au Théâtre de Caen (Calvados). Une création réalisée en partenariat avec les Arts Florissants.

Mise à jour : 15/12/2015 à 07:49 par Mathieu Girard

Rendez-vous du 17 au 22 décembre 2015, au Théâtre de Caen (Calvados), pour découvrir "Monsieur de Pourceaugnac", une pièce musicale de Molière et Lully, mise en scène par Clément Hervieu-Léger, en collaboration avec William Christie. (Photo : Brigitte Enguerand)
Rendez-vous du 17 au 22 décembre 2015, au Théâtre de Caen (Calvados), pour découvrir «Monsieur de Pourceaugnac», une pièce musicale de Molière et Lully, mise en scène par Clément Hervieu-Léger, en collaboration avec William Christie. (Photo : Brigitte Enguerand)

L’année se termine en beauté, au Théâtre de Caen (Calvados) ! Du 17 au 22 décembre 2015, vous pourrez y découvrir Monsieur de Pourceaugnac, une pièce musicale tirée de l’œuvre de Molière et Lully
Après La Didone, en 2011, cette création est le fruit d’une nouvelle collaboration entre le chef d’orchestre des Arts florissants, William Christie, et le metteur en scène et sociétaire de la Comédie-Française, Clément Hervieu-Léger. Interview.

Clément Hervieu-Léger – William Christie, acte 2

Normandie-actu : Vous aviez déjà travaillé avec William Christie des Arts Florissants pour monter La Didone, en 2011. Comment est née cette nouvelle collaboration ?
Clément Hervieu-Léger : Lorsque nous avions créé La Didone, à Caen, c’était la première fois que j’immisçais dans l’univers de l’opéra et c’était une grande chance de pouvoir le faire aux côtés de William Christie. Nous nous sommes très bien entendus et compris. Dans la foulée, nous nous étions donné rendez-vous pour travailler à nouveau ensemble. William m’avait alors fait part de son envie de monter une des comédies-ballets de Molière et Lully.

Pourquoi avez-vous choisi la pièce Monsieur de Pourceaugnac ?
Étant à la Comédie-Française, je connais bien le répertoire classique, que je côtoie quasi quotidiennement. Comme nous avions décidé de mettre en scène une comédie-ballet, William m’a laissé choisir, car avec ce type d’œuvre, le théâtre prime sur la musique. Je me suis alors replongé dans le répertoire de Molière et Lully, et j’ai opté pour Monsieur de Pourceaugnac. William était ravi car cette pièce comporte les plus belles pages de Lully pour le théâtre.

Pouvez-vous nous parler de cette œuvre, qui n’est pas forcément la plus connue de Molière ?
C’est l’histoire de Julie qui est promise en mariage à Monsieur de Pourceaugnac, un bourgeois de Limoges. Ce dernier monte alors à Paris pour rencontrer sa future épouse, qui elle, de son côté, est amoureuse du jeune Éraste. Elle demande alors à sa suivante, Nérine, et à un Napolitain, Sbrigani, de faire échec à cette union arrangée. Ces deux personnages vont s’acquitter de cette tâche au mieux en perdant Pourceaugnac dans la ville, mais aussi dans sa tête, en le rendant fou.

Une pièce qui est toujours d’actualité…

Comment s’attaque-t-on à une œuvre comme celle-là qui, depuis des siècles, a largement fait ses preuves ?
J’appartiens à la Comédie-Française dont la mission première est de défendre le répertoire classique français, tout en le donnant à entendre de manière contemporaine. Respecter l’œuvre de base et la remettre au goût du jour ne sont pas des démarches antinomiques. Encore aujourd’hui, cette pièce nous parle très fortement, comme toute l’œuvre de Molière d’ailleurs. Elle nous est familière car elle y est question de « l’autre » : Monsieur de Pourceaugnac, sous prétexte qu’il arrive de Limoges, devient l’homme à abattre ; Julie n’a pas envie de l’épouser et on peut le comprendre, mais la façon dont un groupe de personnes se met en action et traite ce bourgeois provincial en véritable gibier, est totalement d’actualité. Tout cela touche au vivre ensemble et à la façon dont on considère parfois l’étranger comme quelqu’un de mauvais, sans même le connaître. Ces questions sont, malheureusement, on ne peut plus dans l’air du temps…

Bien qu'écrite au XVIIe siècle, la pièce de Molière, Monsieur de Pourdeaugnac, est toujours d'actualité. (Photo : Brigitte Enguerand)
Bien que créée et jouée pour la première fois au XVIIe siècle, la pièce de Molière, « Monsieur de Pourceaugnac », est plus que jamais d'actualité. (Photo : Brigitte Enguerand)

Vous transposez cette histoire dans les années 50. Pourquoi ce choix un peu « rétro » ?
Le choix de cette période me permettait de rapprocher la pièce le plus possible de notre époque, sans renier l’œuvre originale. Par exemple, dans les années 50, il y en a encore des mariages arrangés, mais aussi des jeunes filles en quête de liberté. C’est également ce Paris de carte postale qu’on connaît bien, celui du photographe Robert Doisneau. Dans ce contexte, l’histoire d’un notable de Limoges qui monte à la capitale, ce qui n’était pas si simple il y a une soixantaine d’années, est totalement crédible.

« Être le plus fidèle possible à l’esprit de Molière »

La musique joue un rôle très important dans cette pièce. Comment l’avez-vous intégrée à votre mise en scène ?
J’ai justement choisi Monsieur de Pourceaugnac car c’est l’œuvre de Molière dans laquelle la musique est la plus imbriquée dans l’action. C’est sans doute pour cette raison que cette pièce a été peu montée, car, si vous coupez la musique, vous coupez l’action. À l’inverse, Le Malade Imaginaire ou Le Bourgeois Gentilhomme, qui, à l’origine, sont aussi des comédies-ballets, sont régulièrement représentées sans musique. Là, si on l’enlève, c’est comme si on retirait des scènes, car les deux choses sont totalement liées.

Mais comment passez-vous du théâtre au chant ?
C’est assez simple finalement : les chanteurs jouent la comédie, les acteurs chantent les chœurs, et tout le monde danse ! Il n’y a rien de mieux pour créer un groupe que de le faire danser. Pour moi, il y a une seule et même distribution, une seule et même troupe. C’est une autre façon d’être le plus fidèle possible à l’esprit de Molière.

Du 7 au 10 janvier 2016, vous présenterez cette pièce au château de Versailles (Yvelines). Vous devez attendre ces représentations avec impatience !
Oui, forcément. Le lieu est magnifique, avec une histoire lourde. Cela s’annonce donc très émouvant.

En 2014, vous étiez candidat pour devenir directeur de la Comédie de Caen, poste qui est finalement revenu à Marcial Di Fonzo Bo. Vous projetez toujours de prendre la direction d’un Centre dramatique national ?
Non, pas forcément. J’étais candidat à Caen parce que c’est ma région et que j’aime cette ville. L’envie de diriger un théâtre reste présente, mais pas à tout prix, ni n’importe où. Je me sentais légitime pour poser ma candidature à la Comédie de Caen, car je me voyais très bien y vivre, ce qui est déjà en partie le cas. Je suis d’ailleurs très heureux de revenir ici, au Théâtre de Caen, avec l’équipe de Patrick Foll, qui est un endroit que j’adore.

Infos pratiques :
Les 17, 18, 19, 21 et 22 décembre 2015, à 20h, et le 20 décembre 2015, à 17h,
au Théâtre de Caen, 135 boulevard du Maréchal Leclerc, à Caen (Calvados)
Tél : 02 31 30 48 00. Tarifs : 10 à 32 euros.

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