Caen Guillermo Pisani présente, à la Comédie de Caen, une pièce sur fond d'espionnage

Du 1er au 4 février 2016, la Comédie de Caen accueille « Le système pour devenir invisible ». Une histoire d'amour sur fond d'espionnage, à moins que ce ne soit l'inverse.

Mise à jour : 01/02/2016 à 07:28 par Mathieu Girard

Rendez-vous du 1er au 4 février 2016, au théâtre des Cordes, à Caen (Calvados), pour découvrir "Le système pour devenir invisible", la première mise en scène de Guillermo
Rendez-vous du 1er au 4 février 2016, au théâtre des Cordes, à Caen (Calvados), pour découvrir « Le système pour devenir invisible », la première mise en scène de Guillermo Pisani. (Photo : Comédie de Caen)

Jusqu’au 7 février 2016, le Centre dramatique national de Normandie (CDN) organise le festival Écritures Partagées. Cet événement est dédié au théâtre, à la musique, au cinéma et aux arts visuels, et a pour objectif de promouvoir des auteurs qui s’intéressent à la politique et à la société.

> Lire aussi : Théâtre, musique, arts visuels… À Caen, un nouveau festival, « Écritures partagées ».

Du 1er au 4 février 2016, au théâtre des Cordes, à Caen (Calvados), vous pourrez découvrir Le système pour devenir invisible, la première mise en scène du dramaturge argentin, Guillermo Pisani, l’un des artistes associés à la Comédie de Caen. Rencontre.

De la sociologie au théâtre…

Normandie-actu : Guillermo Pisani, vous êtes l’un des nouveaux artistes associés à la Comédie de Caen. Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
Guillermo Pisani :  Je suis un auteur et metteur en scène argentin, âgé de 42 ans. À la base, je suis sociologue, et je suis venu au théâtre, petit à petit, à travers l’écriture, pour le cinéma dans un premier temps, puis pour la scène. Quand je suis arrivé à Paris (Île-de-France) en 2003, j’ai suivi une formation à l’Institut d’études théâtrales, à la Sorbonne. Dans ce cadre universitaire, j’ai travaillé sur la dramaturgie de Rafaël Spregelburd. J’ai rencontré Marcial Di Fonzo Bo, l’actuel directeur de la Comédie de Caen, en 2007, alors qu’il travaillait sur l’une des pièces de ce grand auteur argentin, La Stupidità, « la connerie » en français. Je suis devenu l’assistant dramaturge de ce projet et également le traducteur de l’œuvre originale. Ce fut le début de notre collaboration qui se poursuit encore aujourd’hui.

Vous ne regrettez pas d’avoir abandonné la sociologie pour le théâtre ?
Pas du tout. Cette transition était une nécessité. J’écrivais déjà et j’ai fait une « rencontre » déterminante avec le théâtre. Et la sociologie est assez proche de la dramaturgie finalement. Elle nourrit beaucoup ma réflexion et mon travail d’auteur.

Le système pour devenir invisible est votre première mise en scène. Comment abordez-vous cette nouvelle expérience ?
Je découvre des choses, notamment par rapport à l’écriture. Mais ce n’est pas une transition qui s’est faite du jour au lendemain. Lorsque j’accompagnais le travail de Marcial, j’ai beaucoup côtoyé le plateau. Peu à peu, mes textes se sont rapprochés du travail de l’acteur. Des auteurs très importants à mes yeux, comme Rafaël Spregelburd et Joël Pommerat, m’ont montré la voie. Pour Le Système pour devenir invisible, j’ai collaboré en amont avec un groupe de comédiens, si bien que c’était naturel pour moi de prolonger le geste jusqu’à la mise en scène.

L’échec des utopies humanistes

Quels sujets aviez-vous envie d’aborder ?
À la base, je voulais travailler sur la question de l’action, notamment politique, à une époque où les utopies humanistes issues des Lumières ont souvent tourné au cauchemar. À force de les critiquer et de s’en méfier, à juste titre, on n’a plus rien sur quoi se reposer. Et on constate que ce sont des idéologies néfastes, comme celle de l’État islamique par exemple, qui séduisent aujourd’hui. 
Partant de ce constat, j’aborde aussi la question de la vérité. Sur quelle vérité peut-on se fonder pour agir ?

Quelle histoire racontez-vous ?
Je peux la résumer ainsi : c’est une fausse histoire d’amour et une vraie histoire d’espions, ou bien tout le contraire. On suit la vie intime d’une Française à Berlin qui rencontre un garçon, mais très vite on soupçonne que ce n’est pas le fruit du hasard. Elle le séduit exprès pour lui voler quelque chose.

"Le système pour devenir invisible" est une pièce ancrée dans la réalité. Il est question d'amour et d'espionnage. (Photo : Comédie de Caen)
«Le système pour devenir invisible» est une pièce ancrée dans la réalité. Il est question d'amour et d'espionnage. (Photo : Comédie de Caen)

Berlin, l’espionnage… L’action se situe avant la chute du Mur, en pleine guerre froide ?
Non, elle se déroule de nos jours. Mais, effectivement, il y a des liens avec la période historique que vous évoquez. Il y a notamment deux personnages qui vivent toujours dans le passé. Ma pièce fait penser aux films d’espions de la guerre froide, mais sans la guerre froide. En revanche, j’aborde tout ce qu’on connaît aujourd’hui : la surveillance par internet, une société où l’espionnage est devenu quelque chose de privé plutôt que d’être l’apanage de l’État.

Des pistes et des fausses pistes, comme dans un polar

Et qu’est-ce que ce « système pour devenir invisible » ?
(Rires) Il existe vraiment ! Je ne veux pas tout dévoiler, mais vous le verrez fonctionner à la fin de la pièce. Mais tout le monde a eu envie un jour de disparaître des radars, de ne plus laisser de traces lorsqu’on va sur un site internet ou lorsqu’on marche dans la rue.

Décrivez-nous votre mise en scène…
L’action se situe dans l’appartement berlinois d’un hacker, Heiner. J’ai développé ma mise en scène autour d’un dispositif de surtitrage. Il y a des personnages allemands qui ne parlent pas français, et inversement. Comme ils ne se comprennent pas entre eux, ils utilisent un système de traduction simultanée inventé par Heiner. Ce système capte ce qui se dit et l’affiche sur des téléviseurs, ce qui structure l’espace. 
La pièce est un peu exigeante et nécessite des spectateurs actifs. Il y a des pistes, des fausses pistes, comme dans un polar. Mais si vous faites l’effort, vous serez récompensés !

Un mot sur vos projets pour terminer…
J’en ai un en tête qui s’appelle… J’ai un un nouveau projet ! Je suis en train de l’écrire, et je le mettrai probablement en scène à la Comédie de Caen. C’est un texte que j’entends développer avec les acteurs qui décideront de le jouer. Cette pièce sera donc très liée au plateau, autour de la question de liberté.

Infos pratiques :
Du 1er au 4 février 2016, à 20h,
à la Comédie de Caen, au théâtre des Cordes, 32 rue des Cordes, à Caen (Calvados).
Tél : 02 31 46 27 29. Tarifs : 5 à 25 euros.

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