Caen Deux danseuses d'exception, dans un spectacle de Rachid Ouramdane, au Centre chorégraphique de Caen

Mercredi 24 et jeudi 25 février 2016, le Centre chorégraphique de Caen (Calvados) accueille « Tordre », un spectacle de Rachid Ouramdane porté par deux danseuses d'exception.

Mise à jour : 22/02/2016 à 09:24 par Mathieu Girard

Rendez-vous les 24 et 25 février 2016, au Centre chorégraphique de Caen (Calvados), pour Tordre, la dernière création de µRachid Ouramdane. Ce sera l'occasion de découvrir Annie Hanauer, née avec uin bras court, qui pratique son art avec une prothèse. (Photo : Patrick Imbert)
Rendez-vous les 24 et 25 février 2016, au Centre chorégraphique de Caen (Calvados), pour « Tordre », la dernière création de Rachid Ouramdane. Ce sera l'occasion de découvrir Annie Hanauer, une artiste qui danse avec une prothèse. (Photo : Patrick Imbert)

Formé au Centre national de danse contemporaine d’Angers (Maine-et-Loire), Rachid Ouramdane s’est imposé, en 20 ans de carrière, comme l’un des chorégraphes les plus talentueux de France. Nommé à la tête du Centre chorégraphique de Grenoble en janvier 2016, il sera de passage à Caen (Calvados), mercredi 24 et jeudi 25 février 2016. Il présentera Tordre, un spectacle qui met en scène deux danseuses étonnantes, Lora Juodkaïte et Annie Hanauer. Interview.

> Lire aussi : Interview. Centre chorégraphique national de Caen. Alban Richard dévoile la programmation.

Du hip-hop à la danse contemporaine

Normandie-actu : Rachid Ouramdane, pouvez-vous nous raconter vos premiers pas dans la danse et votre parcours d’artiste ?
Rachid Ouramdane :
Il y a toujours eu chez moi le plaisir de danser. J’ai grandi dans les années 80, en pleine explosion du mouvement hip-hop, et c’est comme cela que j’ai rencontré la danse, dans un espace social et urbain. De fil en aiguille, j’ai croisé d’autres personnes qui pratiquaient d’autres types de danse : moderne, jazz, classique… J’ai commencé à prendre des cours et j’ai pris conscience que cet art était aussi un moyen de prendre la parole et de s’engager. Très vite, je me suis orienté vers la danse contemporaine et j’ai rejoint le CNDC d’Angers (Maine-et-Loire) pour me former. J’ai ensuite débuté ma carrière professionnelle, en enchaînant les années de collaboration en France ou l’étranger, en tant qu’interprète et chorégraphe, avec des artistes comme Meg Stuart, Emmanuelle Huynh, Odile Duboc, Christian Rizzo, Hervé Robbe, Alain Buffard, Julie Nioche… J’ai aussi œuvré dans le milieu théâtral et celui des arts visuels. J’ai été associé à la scène nationale d’Annecy (Haute-Savoie), de 2005 à 2010, puis au théâtre de la Ville de Paris (Île-de-France), de 2010 à 2015. Enfin, récemment, en janvier 2016, j’ai pris la direction du Centre chorégraphique national de Grenoble (Isère), en compagnie de Yoann Bourgeois.

Les questions de l’origine et du déracinement, et la figure de l’étranger, sont centrales dans votre œuvre…
C’est une réflexion que je développe depuis plusieurs années. La figure de l’étranger est présente dans toutes mes pièces. Cela m’a amené à travailler avec des jeunes sportifs de haut niveau issus de l’immigration, peu de temps après les émeutes de 2005, mais aussi avec certains danseurs du ballet de Lyon originaires de pays à l’histoire mouvementée comme la Chine, Cuba ou la Biélorussie. J’ai aussi monté une pièce avec des réfugiés politiques, victimes de torture.

On qualifie souvent vos créations de « danse documentaire ». Vous validez ce terme ?
Avec Yoann, c’est ce que nous essayons de reproduire au Centre chorégraphique national de Grenoble, que nous envisageons comme un lieu de culture où convergent les savoir-faire d’une ville. Après, je ne me situe pas dans une approche documentaire classique. Quand je fais une pièce sur la torture ou sur des réfugiés climatiques, je porte leur témoignage, mais je le fais de façon plus ou moins abstraite.

Annie Hanauer et Laura Juodkaïte, des danseuses uniques

Parlez-nous du spectacle Tordre, que vous présenterez à Caen les 24 et 25 février 2016…
Il s’agit d’un portrait de deux femmes singulières, qui ont fait le choix de devenir danseuses alors que rien ne les y prédestinait. Annie Hanauer est une jeune Américaine, née avec un bras court et qui porte une prothèse. Au fil des années, elle a développé une présence et un mouvement qui lui sont propres. Quant à la Lituanienne Laura Juodkaïte, depuis l’enfance, elle a pris l’habitude de tourner sur elle-même, car cela l’apaise ; c’est une forme d’expression de sa fragilité et un réflexe de survie. C’est une pratique complexe, qui la faisait culpabiliser. C’était presque une tare pour elle. À côté de ça, elle avait une pratique normale de la danse. Puis, un jour, en marge d’un spectacle, quelqu’un l’a surprise en train de tourner, et elle est devenue la danseuse unique qu’elle est aujourd’hui.

Vidéo. Un extrait de Tordre :

Comment orchestrez-vous leur rencontre sur scène ?
Avec le temps, Annie et Laura ont assumé leur fragilité et sont devenues deux véritables poétesses de la scène. Avant Tordre, elles avaient déjà participé à certaines de mes créations, mais sans que je fasse de leur identité le sujet de l’œuvre. À un moment, j’ai souhaité aller au-delà de leur rôle d’interprète et montrer qui elles sont, via deux portraits distincts. Sur scène, on les voit donc rarement ensemble, mis à part sur quelques transitions. Ce sont vraiment deux solos qui se font côte à côte et qui se relaient.

Elles ne se rencontrent pas sur scène ?
Elles se croisent plus qu’elles ne se rencontrent. Cela commence par un duo, et ensuite on passe au solo de Laura, puis à celui d’Annie, et ainsi de suite.

Infos pratiques :
Mercredi 24 et jeudi 25 février 2016, à 20h, au Centre chorégraphique national, 11-13 rue du Carel, à Caen (Calvados).
Tél : 02 31 30 48 00 / 02 31 85 83 95
Tarifs : 5 à 17 euros

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