Hérouville-Saint-Clair [Interview] De l'Ukraine à la Comédie de Caen, Lucie Berelowitsch présente Antigone

La Comédie de Caen (Calvados) programme Antigone, du 19 au 21 janvier 2016. Cette pièce de Lucie Berelowitsch a vu le jour en Ukraine, juste après la révolution de Maïdan.

Mise à jour : 21/01/2016 à 14:46 par Mathieu Girard

Rendez-vous du 19 au 21 janvier 2016, à la Comédie de Caen, à Hérouville Saint-Clair (Calvados), pour découvrir Antigone, la pièce de Lucie Berelowitsch. (Photo : Les Trois Sentiers)
Rendez-vous du 19 au 21 janvier 2016, à la Comédie de Caen, à Hérouville Saint-Clair (Calvados), pour découvrir Antigone, la pièce de Lucie Berelowitsch. (Photo : Les Trois Sentiers)

Du 19 au 21 janvier 2016, dans le cadre du festival Écritures Partagées, la Comédie de Caen (Calvados) programme Antigone. Cette pièce adaptée de l’œuvre de Sophocle et Brecht a été mise en scène par Lucie Berelowitsch, de la compagnie Les Trois sentiers, qui est installée à Urville Nacqueville, près de Cherbourg (Manche).

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Ce spectacle est né après la révolution de Maïdan, en Ukraine, et s’appuie sur le talent d’artistes locaux, parmi lesquels les étonnantes Dakh Daughters. Interview.

Regardez la bande-annonce d’Antigone :

Une pièce née après la révolution de Maïdan, en Ukraine

Normandie-actu : Lucie Berelowitsch, vous êtes l’un des nouveaux artistes associés à la Comédie de Caen. Pouvez-vous revenir sur votre parcours ?
Lucie Berelowitsch :
Je viens d’une famille russe. J’ai suivi une formation de théâtre musical au Gitis, le Conservatoire de Moscou (Russie). Je suis revenue en France à l’âge de 20 ans. J’ai débuté comme comédienne sur plusieurs projets, avant de passer à la mise en scène. Puis j’ai rencontré Thibault Lacroix, qui sortait du Conservatoire de Paris (Île-de-France), avec qui j’ai monté L’Histoire du soldat de Stravinski et Ramuz. Puis on a créé notre compagnie, Les Trois Sentiers, avec laquelle, à partir de 2007, nous avons commencé à travailler avec le Trident, la Scène nationale de Cherbourg (Manche). À partir de là, nous nous sommes investis de plus en plus en Normandie. Il y a deux ans, par exemple, nous avons monté Lucrèce Borgia, avec Marina Hands dans le rôle titre, en collaboration avec la Comédie de Caen.

Du 19 au 21 janvier 2016, vous présentez Antigone à la Comédie de Caen. Comment est née cette pièce ?
Après m’être éloignée de la Russie pendant plusieurs années, je suis revenue à Saint Petersbourg diriger un laboratoire autour de L’Idiot, en 2014. En avril 2015, on m’a proposé de participer à un voyage organisé à Kiev (Ukraine) avec différents directeurs de théâtre. C’était quelques mois après la révolution de Maïdan (Ndlr : place centrale de Kiev, où se réunissaient les manifestants). Il y avait encore des barricades dans les rues mais, en même temps, la vie reprenait son cours. Je me suis demandé comment on se reconstruit après de tels événements. Je me posais plein de questions, puis on m’a proposé de faire une mise en scène à Kiev. Parler directement de la situation me semblait présomptueux, mais, en même temps, je ne me voyais pas faire une pièce qui ne parlait pas de ça. Alors j’ai relu Antigone, l’œuvre de Sophocle, puis celle de Brecht. Dans le contexte ukrainien, ce texte a énormément de sens et permet de parler de ce qui s’y passe de façon universelle : qu’est-ce qu’une guerre fraternelle ? Que fait-on avec ses morts ? Si on détruit tout, comment reconstruit-on ?

Les Dakh Daughters, des véritables Antigone !

Comment avez-vous adapté ce texte ?
Je l’ai retravaillé avec des acteurs ukrainiens. Je suis partie du français, de Sophocle et de Brecht, pour aller vers un texte russo-ukrainien. Comme le passage de l’intime à la Cité est une des problématiques d’Antigone, j’ai trouvé cela intéressant de travailler sur cette question-là : les passages plus intimes sont en ukrainien, et dès que l’ambiance devient plus officielle, je passe au russe.

Vous avez aussi fait la connaissance des Dakh Daughters, une rencontre décisive…
Oui. Ces filles font partie du Dakh Théâtre, la seule troupe de théâtre indépendante ukrainienne. Elles sont à la fois actrices, chanteuses et musiciennes, et elles allaient souvent sur Maïdan. Des véritables Antigone de la nouvelle Ukraine ! Elles représentent une nouvelle génération de femmes qui respectent leurs traditions, leur folklore, leur culture, qui ont envie de valoriser cela, et qui, d’un autre côté, sont complètement modernes et européennes.

Écoutez les Dakh Daughters :

Comment contribuent-elles à votre pièce ?
L’une des chanteuses joue le rôle d’Antigone. Les autres forment le chœur et, ensemble, elles ont composé toutes les chansons qui sont interprétées en live pendant le spectacle.

Nous sommes proches de l’esprit d’une comédie musicale ?
(Rires) Non, pas du tout ! C’est du théâtre, on raconte vraiment l’histoire d’Antigone, qui est traitée très profondément. Ce n’est pas une comédie musicale, même s’il y a beaucoup de musique, avec des chœurs chantés. C’est ce qui se faisait à l’époque de la tragédie grecque, où l’on pouvait voir des créations un peu tribales.

Vous avez déjà présenté votre pièce en Ukraine en 2015. Comment a réagi le public ?
C’était très très fort, vraiment incroyable. Par rapport à la situation que vivent les Ukrainiens, le spectacle leur parlait directement. C’est un public très diversifié, avec des jeunes, des vieux, issus de toutes les classes sociales. Mais, contrairement aux Français, ils viennent au théâtre pour qu’on leur raconte une histoire. Soit ils sont émus, soit ils ne le sont pas. Ils ne sont pas du tout dans la réflexion : ils ressentent ou ne ressentent pas.

Infos pratiques :
Du 19 au 21 janvier 2016, à 20h, à la Comédie de Caen,
1 square du Théâtre, à Hérouville Saint-Clair, près de Caen (Calvados).
Tél : 02 31 46 27 29. Tarifs : 5 à 25 euros.

 

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