Hérouville-Saint-Clair Arnaud Meunier présente, à Caen, une « comédie féroce » de Koltès. Notre interview

Les 24 et 25 février 2016, Arnaud Meunier présentera « Le retour au désert » à la Comédie de Caen (Calvados). Une brillante évocation des relations entre la France et l'Algérie.

Mise à jour : 23/02/2016 à 07:38 par Mathieu Girard

Rendez-vous les 24 et 25 février 2015, à la Comédie de Caen (Calvados), pour découvrir le pièce "Le retour au désert". Dans cette version de l'œuvre de Koltès proposée par Arnaud Meunier, Catherine Hiegel et Didier Bezace reprenne les rôles de Jacqueline Maillon et Michel Piccoli. (Photo : Sonia Barcet)
Rendez-vous les 24 et 25 février 2015, à la Comédie de Caen (Calvados), pour découvrir le pièce « Le retour au désert ». Dans cette version de l'œuvre de Koltès proposée par Arnaud Meunier, Catherine Hiegel et Didier Bezace reprennent les rôles de Jacqueline Maillan et Michel Piccoli. (Photo : Sonia Barcet)

Mercredi 24 et 25 février 2016, le théâtre d’Hérouville Saint-Clair, près de Caen (Calvados) accueille Arnaud Meunier, le directeur de la Comédie de Saint-Étienne. Il présentera sa toute dernière création, adaptée de l’œuvre de Bernard-Marie Koltès, Le retour au désert.
Cette pièce, qui évoque les rapports tumultueux entre l’Algérie et la France, met en scène deux comédiens expérimentés et de grand talent : Catherine Hiegel et Didier Bezace.

Koltès, l’étoile filante du théâtre contemporain

Normandie-actu : Arnaud Meunier, pour votre nouvelle création, vous avez choisi un texte de Bernard-Marie Koltès. Pouvez-nous présenter cet auteur singulier ?
Arnaud Meunier :
Bernard-Marie Koltès a été traduit dans le monde entier. C’est sans doute le dernier auteur français en date à avoir obtenu une reconnaissance internationale. Il est aussi très étudié dans les lycées et les universités. Il est également une sorte de figure rimbaldienne, puisqu’il était très beau et est mort jeune, en 1989. Son œuvre est donc limitée : il n’a achevé que six pièces, qui sont autant de classiques du théâtre contemporain.

Qu’est-ce qui vous attire chez lui ?
C’est quelqu’un qui a su écrire des pièces qui sont à la fois poétiques et politiques. Dans chacune d’entre elles, il y a toujours un engagement. Son œuvre est existentialiste, et questionne la nature de l’homme et des relations entre les individus. Koltès a aussi inventé une langue, avec une écriture en spirale et une sorte d’obsession, qui est très captivante.

La Province, ce désert…

Pourquoi avez-vous opté pour Le retour au désert ?
J’avais envie, depuis longtemps, de travailler sur un projet qui parle des relations entre la France et l’Algérie. C’est aussi lié à ma rencontre avec Catherine Hiegel et à l’envie de lui proposer un rôle à la mesure de son talent. Mathilde correspondait à cette envie.

Pouvez-vous nous résumer l’histoire en quelques mots ?
L’action se situe dans les années 60. Mathilde rentre d’Algérie retrouver la maison familiale où règne son frère, Adrien, riche industriel et notable proche des milieux de l’OAS. Le désert sur lequel joue le titre n’est pas celui d’où elle revient, mais évoque la province française. La pièce traite profondément de nos relations avec l’Algérie et surtout des fantômes qui les hantent. Le sujet est d’autant plus fort que beaucoup de notre histoire actuelle se joue autour de cette période peu ou mal enseignée et complexe.

Le retour au désert ?

Cette pièce fait preuve d’un humour noir décapant…
Oui. Je dis souvent que c’est une comédie féroce. La force de cette œuvre est de nous faire rire avec un sujet grave et dramatique, qui est encore douloureux pour de nombreux Français et Algériens.

Catherine Hiegel et Didier Bezace succèdent au duo Maillan-Piccoli

Patrice Chéreau l’avait mise en scène en 1988, avec deux monstres sacrés : Jacqueline Maillan et Michel Piccoli. De votre côté, avez-vous aussi cherché des comédiens de renom pour reproduire un tel duo ? 
Tout à fait. J’ai monté cette pièce pour Catherine Hiegel, mais je me suis tout de suite mis en quête de celui qui pourrait jouer son frère. C’est un vrai spectacle de troupe, puisqu’il y a 14 acteurs sur scène, mais qui sont emmenés par ce duo frère-sœur. Donc j’avais, moi aussi, besoin de deux monstres sacrés, pour que le ressort de la comédie fonctionne et que la pièce trouve son équilibre. J’ai très vite pensé à Didier Bezace pour incarner Adrien, ce singe agressif et brutal. Je trouvais qu’il formait un beau duo avec Catherine. Et lorsque je les ai interrogés sur l’envie de travailler ensemble, ils étaient très excités par cette idée.

Une pièce résolument politique

Vous avez évoqué l’aspect politique du travail de Koltès. Les attentats qui ont frappé la France en janvier et novembre 2015 renforcent-ils son propos ?
Bien évidemment. C’était impossible de monter une œuvre qui parle des rapports entre la France et l’Algérie sans être influencé par ce qui s’est passé l’année dernière. D’autant plus que la pièce est construite autour d’une structure qui reprend les prières musulmanes. Le rapport à l’étranger, à l’Algérien et aux musulmans est au cœur de ce texte.

Les événements de 2015 vous ont-ils imposé des changements ?
Pas tout à fait, mais ça m’a obligé à être plus attentif à celui qui est différent. Par exemple, la pièce commence en arabe, avec une prière, et j’ai cherché à ce qu’elle soit entendue comme une sorte de poème. J’ai aussi souhaité qu’elle ne soit pas sur-titrée, car ça m’intéressait que les spectateurs soient intrigués par ces mots doux et bienveillants. L’idée est de présenter la religion musulmane comme autre chose qu’un symbole de violence et de terreur.

Avez-vous d’autres projets en cours ?
Je vais monter la pièce de Stefano Massini, Je crois en un seul Dieu,  qui raconte l’histoire d’un attentat à Tel Aviv vu par trois femmes.

Infos pratiques :
Mercredi 24 et jeudi 25 février 2016, à 20h, à la Comédie de Caen, 1 square du Théâtre, à Hérouville Saint-Clair, près de Caen (Calvados)
Tél : 02 31 46 27 29
Tarifs : 5 à 25 euros

Nous vous rappelons qu'en envoyant votre commentaire vous acceptez de respecter la charte de modération. Vous êtes pénalement responsable de vos écrits.