Info Normandie-actu. Charlie Hebdo. L'épouse d'un policier tué porte plainte

Exclusif. Estimant que des manquements auraient pu être commis, la femme de Franck Brinsolaro, policier de l'Eure tué à Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, porte plainte.

Mise à jour : 05/01/2016 à 11:40 par La Rédaction

Ingrid Brinsolaro, femme du policier tué à Charlie Hebdo, a porté plainte, lundi 4 janvier 2016.
Ingrid Brinsolaro, femme du policier tué à Charlie Hebdo, a porté plainte, lundi 4 janvier 2016. (Photo : Éveil Normand)

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« Un an après les faits, je n’ai toujours pas de réponse… » Ingrid Brinsolaro, rédactrice en chef de l’Éveil Normand, dans l’Eure, est la femme de Franck Brinsolaro, policier affecté à la protection de Stéphane Charbonnier (Charb), rédacteur en chef du journal Charlie Hebdo. Le 7 janvier 2015, Franck et 11 autres victimes sont tombés sous les balles des frères Saïd et Cherif Kouachi. Depuis ce terrible drame, Ingrid cherche à comprendre : « pourquoi son mari n’a pas eu les moyens de se défendre et de défendre les personnes qu’il devait protéger. »

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Au nom de sa cliente, Me Philippe Stepniewski, a donc déposé plainte contre X, lundi 4 janvier 2016, auprès de François Molins, procureur de la République de Paris pour « homicide involontaire aggravé par la violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de prudence ou de sécurité imposée par la loi ou le règlement en application des articles 121-3 et 221-6 du code pénal ».

Dans la plainte déposée, dont l’Éveil Normand a eu copie, l’avocat d’Ingrid Brinsolaro écrit que « deux faits troublants attestent des manquements de la Direction générale de la sécurité intérieure. » Le premier fait « troublant » porte « sur les informations relatives aux menaces dont Stéphane Charbonnier faisait l’objet ». En fonction de ces informations, le directeur de la publication de Charlie Hebdo « semble avoir bénéficié de dispositifs de protection plus ou moins renforcés ».

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« Un dispositif de protection allégé »

Dans cette plainte, Me Stepniewski écrit que Stéphane Charbonnier faisait l’objet d’un dispositif de protection allégé là où d’autres personnalités (Salman Rushdie notamment) faisant l’objet de menaces similaires disposaient d’une protection plus forte. Au même titre que Salman Rushdie, Mr Charbonnier était placé sur une liste de onze personnes à abattre selon le magazine de propagande Inspire, proche de la mouvance d’Al-Quaïda. Un journal hollandais a fait état de cette information. Un lecteur a transmis l’article à Charb, qui l’a remis aux policiers chargés de sa protection. Suite à cela, la protection de Charb aurait été pendant un temps renforcée. « Ce qui me parait grave, explique l’avocat d’Ingrid Brinsolaro, c’est qu’il semblerait que la presse hollandaise soit mieux informée que les services de la Direction centrale du renseignement intérieur. » Le second fait troublant porte sur le témoignage apporté par un journaliste qui travaille à proximité des locaux de Charlie Hebdo au moment de l’attentat. Celui-ci indique que fin octobre 2014, il a discuté avec un homme « de type nord-africain » stationné à bord d’un véhicule au pied de l’immeuble abritant alors la rédaction de Charlie Hebdo. Le conducteur a demandé au témoin : « C’est bien ici qu’on critique le prophète ? », « de toute façon, on surveille Charlie Hebdo ». Ce journaliste affirme en avoir parlé à un chef de mission du service de la protection en charge de Stéphane Charbonnier. Ce chef de mission aurait rédigé un rapport. Celui-ci été communiqué aux services de la Direction générale de la sécurité intérieure. « Avec ma cliente, nous voulons savoir si le rapport établi suite au signalement du témoin, a bien été rédigé et transmis, » explique Me Stepniewski à l’Éveil Normand.

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« Comment le classement du risque a été opéré »

Me Stepniewski indique qu’en ce qui concerne la protection des personnalités, l’Unité de coordination de la lutte anti-terroriste (Uclat) établit un classement des risques en fonction duquel se détermine le niveau de protection à apporter. « On veut savoir, dans le cas de monsieur Charbonnier, comment le classement du risque a été opéré et si le dispositif de protection qui lui a été apporté était bien adapté aux menaces qui pesaient sur lui », explique l’avocat.  Suite à cette plainte, le parquet peut soit ouvrir une enquête préliminaire, soit la classer. Dans le cas d’un classement, Ingrid Brinsolaro déposerait plainte avec constitution de partie civile. Par cette plainte, Ingrid Brinsolaro se défend d’être « dans la polémique », mais veut « des réponses aux questions » qu’elle pose depuis un an. Si dysfonctionnement, il y a eu, Ingrid « veut que des responsabilités soient prises ». Par sa démarche, elle souhaite aussi porter sur la place publique le débat sur les moyens donnés aux policiers pour exercer leur mission de protection.

Jérôme Morinière

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