Cinq ans après Fukushima. Quels risques pour les centrales nucléaires, en Normandie ?

Le 11 mars 2011, le Japon était frappé par un tsunami et un accident nucléaire. Cinq ans après, certaines zones demeurent interdites. En Normandie, trois centrales sont en service.

Mise à jour : 11/03/2016 à 09:15 par Solène Bertrand

La Normandie compte trois centrales nucléaires : deux en Seine-Maritime, une dans la Manche (Photo : EDF)
La Normandie compte trois centrales nucléaires : deux en Seine-Maritime, Penly et Paluel, une dans la Manche, Flamanville. (Photo : EDF)

Le 11 mars 2011, le Japon est frappé par un terrible tsunami, qui provoquera l’accident nucléaire de Fukushima. Cinq ans après, le pays se remet difficilement de ce drame, qualifié par une commission d’enquête parlementaire de « désastre créé par l’homme ». Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont été déplacées, chassées par la contamination due à l’accident nucléaire. La Normandie compte trois centrales nucléaires : Penly et Paluel (Seine-Maritime) et Flamanville (Manche). En 2015, l’Autorité de sûreté nucléaire jugeait « très sérieuse » l’anomalie du réacteur nucléaire de Flamanville.

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Toutes ces centrales ont plus de 30 ans. Ségolène Royal se dit prête à prolonger la durée de vie des centrales nucléaires de dix ans, sous réserve d’obtenir l’aval de l’Autorité de sûreté nucléaire. Quid de l’avenir de ces sites et de la sécurité pour les populations ?

« Le premier responsable de la sûreté, c’est avant tout l’exploitant »

Dans un récent entretien accordé à Libération, Pierre-Franck Chevet, à la tête de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) rappelle que les exploitants sont les premiers garants de la sécurité sur les sites nucléaires. Évoquant l’anomalie de la cuve de l’EPR de Flamanville, le responsable souligne que la défaillance a été constatée par l’ASN et non par Areva :

Les anomalies n’ont été détectées que parce que nous avons demandé des contrôles, mesures et essais supplémentaires. Areva n’était pas convaincu de leur utilité. Ils ont fini par faire les essais en affirmant qu’ils montreraient que ce n’était pas nécessaire. Pas de chance pour eux, il se trouve qu’effectivement, on a vu une anomalie. (…) Le premier responsable de la sûreté, c’est avant tout l’exploitant, c’est lui qui est en charge directement. J’ai beau faire mon métier aussi bien que possible, je ne peux travailler que par sondages, souligne Pierre-Franck Chevet.

La mission de l’ASN : dire les choses, améliorer la transparence et multiplier les inspections. « Après Fukushima, il me paraît assez difficile de sous-estimer le risque d’un accident nucléaire. On l’avait affirmé alors et on continue à le faire, on n’a pas de problème à dire qu’un accident est possible.»

« Il faut imaginer qu’un accident de type Fukushima puisse survenir en Europe »

Libération a élaboré une carte recensant les différents sites nucléaires implantés dans l’Hexagone, mettant en évidence les zones qui seraient potentiellement touchées en cas d’accident nucléaire, dessinant des disques de rayon 100 km autour de chaque centrale, équivalent à la surface où la population a été atteinte à Fukushima. En Normandie, avec trois centrales implantées, l’impact d’un tel accident nucléaire se répercuterait sur l’ensemble du territoire, comme en atteste la cartographie, qui permet de considérer cette zone comme une zone à risques.

Il faut imaginer qu’un accident de type Fukushima puisse survenir en Europe. Je ne sais pas donner la probabilité et on fait un maximum pour éviter que ça arrive, mais malgré tout, on pose le principe que ça peut arriver. En tout cas, il faut partir de cette idée-là, ne serait-ce que pour demander les améliorations de sûreté. On a peut-être un peu oublié que Fukushima, c’était seulement il y a cinq ans.

Comment se protéger d’un accident majeur ? Le président de l’ASN rappelle que des exercices de crise sont organisés régulièrement et qu’il est nécessaire d’organiser les plans particuliers d’intervention sur des zones plus larges que les 10 km actuellement définis et se préparer dans une zone de 100 km. Pierre-Franck Chevet se déclare favorable à une distribution de comprimés d’iode dans un rayon de 100 km, des comprimés d’iode stable pour saturer la thyroïde avant que de l’iode radioactif ne s’y fixe.

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Prévenir les populations

Alors que le monde entier célèbre le triste anniversaire de l’accident nucléaire de Fukushima et que la région est désormais découpée en sept zones en fonction du niveau de radiation, l’ASN met l’accent sur l’information des populations : « On avait fait un sondage au moment de la première campagne de distribution. Seuls 50 % des gens avaient les comprimés chez eux. Quand on leur a demandé pourquoi, il y avait deux visions. En gros, soit «de toute manière je serai mort, c’est pas un comprimé qui va me sauver». Soit le déni du risque : «Il n’y a pas eu de pépin, donc il n’y en aura pas, donc pas besoin de comprimés.» La mission de l’ASN : lutter contre ces deux visions et encourager les gens à se protéger. Le risque zéro n’existe pas.

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Le nucléaire dans tous les débats

Du 11 mars, cinquième anniversaire de la catastrophe nucléaire de Fukushima, au 26 avril 2016, 30e anniversaire de Tchernobyl, différentes manifestations seront organisées en France et en Normandie. Au Havre (Seine-Maritime), un collectif d’associations organise une série d’événements autour du nucléaire. Vendredi 11 mars 2016, à 17h30, un rassemblement aura lieu sur le parvis de l’espace Coty, côté Sud. Jeudi 24 mars, à 18h15, le film, De Hiroshima à Fukushima, sera projeté à l’hôtel des gens de mers, 4 rue Voltaire. Un ensemble de manifestations ponctuera les mois de mars et d’avril, invitant à réfléchir sur la question du nucléaire.
Créée à la suite de la catastrophe de Tchernobyl en 1986, l’ACRO (Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’ouest) est une association d’information et de surveillance de la radioactivité, implantée dans le Calvados. Elle propose sur la page l’ACROnique de Fukushima un suivi quotidien des événements liés à la catastrophe nucléaire au Japon.

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