Bernay Faute de successeur, ce médecin de Normandie expédie son matériel médical en Afrique

Faute de successeur, un médecin généraliste de Bernay (Eure) a décidé de faire don de son matériel médical à un dispensaire en Afrique. Le matériel devrait bientôt partir au Congo.

Mise à jour : 16/02/2016 à 08:49 par La Rédaction

Aldrick Le Grand a pris sa retraite fin décembre 2015, sans successeur pour reprendre son cabinet. (photo : ©L'Éveil normand)
Aldrick Le Grand a pris sa retraite fin décembre 2015, sans successeur pour reprendre son cabinet. (Photo : ©L'Éveil normand)

D’année en année, la question de la santé dans les villes et villages de campagne devient toujours plus problématique. À Bernay (Eure), un nouveau médecin a fait valoir ses droits à la retraite. Après plus de 30 années en activité, Aldrick Le Grand a fermé définitivement les portes de son cabinet médical, fin décembre 2015, comme le rapporte L’Éveil normand. Faute de successeur, il a décidé de faire don de son matériel médical à un dispensaire en cours de développement, dans un village du Congo, en Afrique. Une décision révélatrice des difficultés à trouver de nouvelles recrues, pour ces postes isolés en campagne.

En partance pour le Congo

Cette décision fait suite à une réflexion du médecin, qui avait déjà vu des confrères faire des dons similaires, ces dernières années.

J’ai des copains qui ont fait la même chose en partant à la retraite, par exemple un médecin de Broglie (Eure) qui a fait partir du matériel au Bénin.

La réalisation de ce don s’est faite, du côté d’Aldrick Le Grand, grâce à une suggestion d’un de ses anciens patients, Pierre Bouhours. Ce dernier, agriculteur près de Bernay, s’est donné pour mission de monter un projet agricole au Congo, à la frontière avec le Cameroun, dans le village reculé de Kana Nyanga. Il a alors eu l’idée de proposer au médecin de fournir son matériel médical à un dispensaire, qui assure les soins de quelques 5 000 personnes.

Je n’y suis encore jamais allé, mais on m’a déjà convié à participer à l’inauguration de ce dispensaire. Là-bas, il n’y a qu’un infirmier dispatcheur, qui relève les symptômes et voit ensuite les traitements adaptés en fonction des cas. C’est de la médecine du fin fond de la brousse, et ils ont besoin de ce matériel.

Le 8 février 2016, le médecin a accueilli un Congolais venu choisir ce dont il avait besoin, au sein du cabinet médical. Originaire de ce village, ce dernier vit et travaille à Brazzaville, mais participe régulièrement à des opérations pour son village.

Il est venu au cabinet pour regarder et choisir ce qu’il l’intéressait. Deux tables d’examen, dont une table d’accouchement, du mobilier de salle d’attente et du petit matériel seront envoyé là-bas.

Absence de successeur

Pour Aldrick Le Grand, donner son matériel médical à des dispensaires qui en ont besoin est une bonne chose, même si, dans le fond, « j’aurai aimé le donner à un successeur ». Cet exemple est une nouvelle preuve du besoin criant de trouver des médecins généralistes, pour les petites villes de province. Un besoin qui se fait ressentir depuis plusieurs années, sans pour autant pouvoir y apporter des réponses.

J’étais maître de stage pendant sept à 8 ans avec des internes. Je rêvais que l’un d’eux reste. Certains étaient intéressés, mais ils avaient d’autres projets, et ne sont jamais restés. Ce n’est pas facile pour certains de venir à la campagne alors que le conjoint travaille en ville. Il n’est pas facile de trouver du travail à Bernay. J’ai même envoyé des mails dans toutes les universités, de Paris, Mais j’ai eu une seule réponse, d’une personne avec qui le dialogue s’est rompu sur internet.

Une situation qui inquiète également Hervé Maurey, député-maire de Bernay.

Le manque de médecins est de plus en plus important, et le recrutement devient problématique.

Pour trouver des solutions à cette désertification médicale, la Ville s’était même engagée à recruter un médecin salarié, quelques années plus tôt. « Elle est partie un an après, évoquant des raisons personnelles. Même sur ce poste, nous avons du mal à trouver. » Pour ce dernier, les conditions d’obtention d’aides, pour la création d’un cabinet médical, sont trop compliquées pour des villes comme la sienne. « La Caisse d’assurance maladie ne verse des aides que si les centres médicaux comptent plusieurs médecins. Mais nous n’en avons pas un à présenter, et ils ne viennent pas sans cabinet modernisé. »
Ce nouveau départ en retraite à Bernay devient ainsi une difficulté supplémentaire, pour la ville de l’Eure. Pour le village du Congo, cette situation est néanmoins une aubaine pour apporter un meilleur accompagnement aux nombreux patients du dispensaire. Le matériel devrait partir en conteneur dans les semaines à venir, ainsi que du matériel agricole et une ambulance, livrés par l’agriculteur s’activant pour le village de Kana Nyanga.

Nous vous rappelons qu'en envoyant votre commentaire vous acceptez de respecter la charte de modération. Vous êtes pénalement responsable de vos écrits.