Quillebeuf-sur-Seine Un péage entre Quillebeuf et Port-Jérôme ? Le bac dans le viseur du Département

Trop cher pour le Département de l'Eure, le bac maritime reliant Quillebeuf (Eure) à Port-Jérôme (Seine-Maritime) pourrait devenir payant. C'est l'une des solutions envisagées.

Mise à jour : 05/04/2016 à 11:53 par Valentine Godquin

Le Département de l'Eure souhaite le retour d'un péage, à l'entrée du bac de Quillebeuf, pour amortir les dépenses. (Photo : ©L'Éveil de Pont-Audemer/Benoit Galley)
Le Département de l'Eure souhaite le retour d'un péage, à l'entrée du bac de Quillebeuf, pour amortir les dépenses. (Photo © L'Éveil de Pont-Audemer/Benoit Galley)

Les usagers du bac maritime n°23 reliant Quillebeuf-sur-Seine (Eure) à Port-Jérôme (Seine-Maritime) devront-ils passer à la caisse avant chaque traversée ? C’est tout du moins une des solutions envisagées par le Département de l’Eure, en janvier 2016, pour réduire les coûts d’exploitation du bac, jugés trop élevés. Le retour potentiel de ce péage ne se ferait cependant pas sans quelques grincements de dents.

Des discussions engagées entre les Départements de l’Eure et de Seine-Maritime

Interrogé par Normandie-actu, le Département de l’Eure, mardi 5 avril 2016, donne une précision concernant l’avancée du dossier : « Le département de l’Eure est entré en discussion avec le conseil départemental de Seine-Maritime pour trouver des solutions sur le financement du bac de Quillebeuf. »

Le nouveau bac trop cher

Dans une période où les Départements se serrent la ceinture et cherchent tous les moyens pour réduire les dépenses, le coût d’exploitation du bac maritime de Quillebeuf-sur-Seine pèse de tout son poids dans le budget du Conseil départemental de l’Eure. Selon une source proche du dossier, des arbitrages sont en cours. Car depuis le changement du bac, en 2011, l’Eure règle à la Seine-Maritime une facture de 1,1 million d’euros par an.
Avant ce changement, le coût d’exploitation du bac était de 800 000 euros pour le Département. Les responsables pointent du doigt des factures plus élevées, notamment pour le carburant. De 850 litres au quotidien, ce nouveau bac (acheté pour 7,6 millions d’euros) consommerait environ « 1 500 litres de carburant par jour » !

1 300 véhicules à la journée

Cette volonté d’implanter un péage entraînerait ainsi la fin d’une dizaine d’années de gratuité de ce service, instaurée en 2005. La traversée de la Seine par le bac, depuis Quillebeuf, permet d’assurer le lien entre l’Eure et la Seine-Maritime, pour environ 1 300 véhicules par jour, dont de nombreux camions, en 48 allers-retours. Une gratuité qui est un argument de taille pour les usagers quotidien, qui veulent ainsi éviter les péages des ponts de Normandie et de Tancarville, pour la traversée.
Pour le Département de l’Eure, deux solutions seraient possibles, pour réduire les dépenses : soit la Seine-Maritime prend en charge une part plus importante du coût d’exploitation, soit un péage est remis en place. Au moins pour faire payer les camions. Un sujet qui, selon cette même source « fait débat », avec la Seine-Maritime « qui ne veut pas de péage ».

Un bac sauvé « pour cause de calendrier électoral »

Lors de la séance plénière du Conseil départemental, avec à l’ordre du jour les débats d’orientations budgétaires, lundi 25 janvier 2016, le conseiller départemental PS Bruno Questel, pour le canton de Bourgtheroulde-Infreville, a également évoqué la question, en précisant qu’il ne s’agissait pas d’une idée nouvelle :

Le bac de Quillebeuf, s’il n’y avait pas eu des échéances en 2015, il serait passé à la trappe l’année dernière. Le dossier a été reculé pour cause de calendrier électoral, et je suis bien placé pour en parler. Ce point là est clair.

« Une fumisterie »

Quel issue pour le bac de Quillebeuf ? Selon L’Éveil de Pont-Audemer, cette question suscite également des inquiétudes au sein du Comité de défense du bac de Quillebeuf. Lors de son assemblée générale, vendredi 22 janvier 2016, la question d’un « modèle économique nouveau » a été évoquée et le vice-président du conseil départemental, Benoît Gatinet, avait alors précisé :

Il faut trouver des financements complémentaires. La piste d’un péage n’est pas à exclure.

« Une fumisterie de plus », pour Christian Levesque, président du comité, qui évoque un gain minime, par rapport au coût d’exploitation total, réparti entre la Seine-Maritime et l’Eure, d’environ 2,8 millions d’euros.

« Trouver un équilibre global sur le financement »

Du côté du Département de Seine-Maritime, Jean-Pierre Lucas, directeur adjoint en charge des transports indique « qu’aucun avis est tranché », et qu’il « faut trouver un équilibre global sur le financement du bac ». Pour l’heure, aucune réponse n’est possible quant à l’implantation d’un péage.

Aujourd’hui, les trois quarts des usagers du bac viennent du département de l’Eure, département qui ne finance qu’environ un tiers du coût d’exploitation. Le reste est pris en charge par la Seine-Maritime. Je sais que tout le monde est confronté à des contraintes budgétaires, et nous avons déjà évoqué, il y a trois semaines, une réflexion autour d’un nouveau modèle de financement du bac.

Pour ce dernier, si l’implantation d’un péage est évoquée, « c’est par le Département de l’Eure, et certainement pas la Seine-Maritime ».

Il y a aussi d’autres partenaires possibles autour du bac, notamment les collectivités intéressées par cette traversée. Quillebeuf ne serait pas Quillebeuf si le bac n’y était pas.

Avec un service largement utilisé pour des trajets domicile-travail, le directeur adjoint doute de la recette engrangée par ce dispositif, sachant que l’installation d’un péage « représentera un coût de fonctionnement supplémentaire ».

Nous avons besoin d’une concertation locale, certainement entre les deux départements, et d’avoir une table ronde la plus large possible pour un meilleur équilibre de l’exploitation du bac.

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