Extrême pauvreté en Normandie. Les chiffres accablants du Secours catholique

Jeudi 5 novembre 2015, le Secours catholique a rendu public son rapport annuel sur la pauvreté en France en 2014 qui ne s'est pas améliorée. La Normandie n'est pas épargnée.

Mise à jour : 05/11/2015 à 12:56 par Solène Bertrand

En Normandie, les personnes rencontrées par le Secours catholique rencontrent des difficultés à régler leurs factures. (Photo d'illustration).
En Normandie, les personnes rencontrées par le Secours catholique rencontrent des difficultés à régler leurs factures. (Photo d'illustration).

Jeudi 5 novembre 2015, le Secours catholique a rendu public son rapport annuel sur la pauvreté en France. Un document qui montre la progression accablante du nombre de pauvres dans notre pays : le phénomène de grande précarité touche de plus en plus de monde.  « La situation des plus pauvres ne s’arrange pas, s’alarme Bernard Thibaud, délégué général du Secours catholique. Le niveau de vie médian a péniblement augmenté de 35 euros en quatre ans. »
L’étude de l’association en Normandie fait état de 30 865 situations rencontrées. En matière d’extrême pauvreté, la région réunifiée, Haute et Basse, affiche un taux un peu supérieur à 13% contre 14,3% pour l’ensemble de la France métropolitaine. Explications.

Haute et Basse-Normandie : deux territoires différents en matière de pauvreté

Le rapport du Secours catholique s’intéresse, pour les statistiques d’accueil 2014, aux deux Régions, Haute et Basse, qui constitueront en 2016 une seule et même structure administrative : la Normandie. Ce même rapprochement a été opéré dans l’étude de l’Insee sur l’évolution des chiffres du chômage sur la période de crise (2008 à 2014). Désormais, c’est une seule et même Région qui est considérée.

> Notre article : Chômage. La Normandie parmi les régions les plus touchées

Pourtant, Haute et Basse-Normandie sont des territoires extrêmement différents :

La Haute-Normandie est marquée par une longue histoire industrielle (…) Le relief et l’hydrographie ont favorisé au XIXe siècle la création d’industries textiles et de papeteries. (…) Les filières historiques (Ndlr : raffineries, industrie automobile, centrales nucléaires) sont bien présentes, mais la Région a su développer d’autres filières à forte valeur ajoutée (énergie, pharmacie, aéronautique). La Basse-Normandie, quant à elle, est une région faiblement urbanisée (les deux tiers de ses communes comptent moins de 500 habitants, 14 villes seulement en ont plus de 10 000) qui attire plutôt les seniors (Ndlr : la silver économie). Elle est fortement tournée vers l’industrie agroalimentaire. Le Cotentin est plus diversifié avec un fort pôle industriel ancien de constructions navales et des entreprises électronucléaires et l’accueil d’une nouvelle filière de montage et de production d’énergie hydrolienne et éolienne. La crise économique a durement frappé la Haute-Normandie, et, à la fin de l’année 2014, son taux de chômage atteint 11,1%, un niveau sensiblement supérieur à celui de la Basse-Normandie (9,3%). Mais, en matière de pauvreté, les deux Normandie sont équivalentes, avec un taux supérieur à 13%, contre 14,3% pour l’ensemble de la France métropolitaine, indique le rapport.

En chiffres, la Région compte plus de 3 millions d’habitants et affiche, pour le troisième trimestre 2014, un taux de chômage supérieur à la moyenne : 10,2% contre 10% en France métropolitaine. Le niveau de vie mensuel médian s’élève à 1 601 euros contre 1 649 euros, en France métropolitaine.

535 euros, c’est, par mois, le montant du niveau de vie médian des 600 000 personnes reçues dans les permanences du Secours catholique en 2014, souligne Le Monde.

En Normandie, le revenu mensuel médian hors ménages sans ressources est de 927 euros (924 euros, moyenne nationale). Sur l’ensemble de la région, 30 865 situations ont été recensées par le Secours catholique, 7 305 ont été analysées.

> Notre article : En Normandie, ils sont plus de 430 000 à vivre sous le seuil de pauvreté

La demande d’écoute et d’accueil des populations vulnérables en forte augmentation

Selon l’association, la principale demande d’aide exprimée par les personnes rencontrées en Normandie porte sur l’écoute, le conseil et l’accueil, et la fréquence de cette demande augmente. Si les demandes d’aide alimentaire sont en baisse, celles concernant le logement sont particulièrement élevées :

Les demandes d’aide alimentaire diminuent, sans doute parce qu’elles sont prises en charge par d’autres acteurs sur ce terrain : associations, épiceries sociales partenariales… Mais ce qui caractérise fortement la Normandie, c’est la fréquence élevée des demandes concernant le logement (loyers, factures d’énergie ou d’eau).

Les jeunes de moins de 25 ans : une population fragilisée

Le Secours catholique normand accueille un peu plus de jeunes que la moyenne nationale (10,1% contre 8,8%), un peu plus de personnes seules, hommes ou femmes, mais un peu moins de couples avec enfants, avec un nombre moyen d’enfants par faible que la moyenne.

43 ans : c’est l’âge moyen du public accueilli en 2014 par le Secours catholique. Il était de 41,7 ans en 2010. Si les adultes dans la fleur de l’âge (25-39 ans) sont toujours les plus nombreux à franchir les portes des permanences (Ndlr : 64,4% en Normandie et 64,9% en France), les 50-60 ans sont en nette progression (24,8% en 2010 et 25,5% en 2014, en Normandie), tout comme la part des ménages sans enfants et celle des mères seules, précise Le Monde.

Par rapport à la moyenne nationale, les personnes en emploi sont moins fréquentes dans les accueils de Normandie. La part de personnes en recherche d’emploi est au contraire très élevée, représentant presque la moitié des personnes rencontrées. Près des trois quarts d’entre elles ne perçoivent pas d’indemnités de chômage, précise le rapport du Secours catholique.

Un parc social développé en Normandie

En Normandie, la part des ménages vivant dans un logement stable est plus élevée que la moyenne, les locataires du parc social sont en particulier relativement plus nombreux qu’au niveau national  : 47,1% contre 39,5% en France.

On note en revanche, en 2014, une nette augmentation de la proportion de personnes ou de familles logées chez des proches. Les autres formes d’habitats les plus précaires que sont les centres d’hébergement, les squats ou la rue sont moins fréquents dans la région qu’au niveau national (7,7% en Normandie contre 12%).

Le niveau de vie de l’ensemble des ménages rencontrés, hors ménages sans ressources, est plus élevé que la moyenne.

Les impayés plus élevés que la moyenne

Le montant des impayés correspond à 90% du revenu mensuel des ménages rencontrés. Les impayés les plus fréquents concernent le logement, et en premier lieu les loyers et les dépenses d’énergie. Depuis 2013, les impayés d’énergie ont fortement augmenté, et ont dépassé les impayés de loyer. Principalement en cause : la hausse des prix de l’énergie et l’insuffisance des ressources des ménages, précise le Secours catholique.

Les impayés sont un plus élevés que la moyenne sur le territoire normand. « Si les fréquences d’impayés de loyer et d’énergie sont très voisines de leurs valeurs nationales, on note de façon récurrente en Normandie la forte proportion d’impayés d’eau. »

Les ménages qui ont des difficultés financières font des arbitrages, explique Brigitte Alsberge, responsable Solidarités familiales au Secours catholique. Et on constate qu’il ne s’agit pas pour eux de faire une croix sur des choses « superficielles », comme on a tendance à le penser, mais d’arbitrer entre des dépenses essentielles. Brigitte Alsberge souligne aussi la difficulté, ou l’impossibilité, pour ces ménages de mettre en place des stratégies dans le temps pour investir ou juste pour sortir de la « survie ».

En France, 33,6% des étrangers touchés par la pauvreté

« 33,6%, c’est la part, en 2014, des étrangers dans cette catégorie des plus pauvres. Et cette part a beaucoup progressé, puisqu’elle était de 20 % en 2000 », rappelle Le Monde. Plus de la moitié de ces migrants sont sans statut (soit en attente de statut, soit sans papiers) et, depuis trois ans, leur situation s’est « très nettement dégradée » du fait de l’allongement des délais de traitement des dossiers, souligne le rapport. En Normandie, un quart des ménages rencontrés a pour personne de référence un étranger, dans la moitié des cas, il s’agit d’un ressortissant d’un pays d’Afrique subsaharienne. La situation légale des étrangers dans la région fluctue beaucoup d’une année sur l’autre : la proportion de personnes en attente de statut a ainsi augmenté nettement en 2014 (39,7% en 2010 et 42,2% en 2014).
Les trois-quarts des personnes rencontrées par l’association font partie des 4 % les plus pauvres de la population française. « Elles ont un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté le plus bas – niveau fixé par l’Insee à 40 % du niveau de vie médian des Français, soit 667 euros. En 2014, ce niveau de vie concerne 2,1 millions de personnes », précise Le Monde.

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