Le Havre [Exclusif] Tué par la police, au Havre : le récit de la famille d'Abdoulaye

Abdoulaye, 30 ans, a été tué par la police, au Havre, mardi 16 décembre 2014, vers 1h du matin. Il aurait reçu dix balles dans le corps. Ses proches témoignent sur Normandie-actu.

Mise à jour : 24/12/2014 à 09:49 par La Rédaction

Abdoulaye, 30 ans, venait de poignarder un passant, ici, avenue du Bois au Coq, au Havre, et était en "état de démence" selon le procureur du Havre, pour lequel la légitime défense est "avérée".
Abdoulaye, 30 ans, venait de poignarder un passant, ici, avenue du Bois au Coq, au Havre, et était en "état de démence" selon le procureur du Havre, pour lequel la légitime défense est "avérée".

Abdoulaye, 30 ans, aurait reçu dix balles dans le corps. Deux policiers du Havre (Seine-Maritime) l’ont abattu, avenue du Bois au Coq, dans le quartier populaire du Mont-Gaillard, en Zone de sécurité prioritaire (ZSP), dans la nuit du lundi au mardi 16 décembre 2014, vers 1h du matin, après « une longue scène d’horreur », a expliqué le procureur de la République du Havre, Francis Nachbar, lors d’une conférence de presse, en milieu d’après-midi, mardi. Une version que conteste la famille d’Abdoulaye, qui souhaite porter plainte, et s’exprime, sur Normandie-actu.
Les deux frères d’Abdoulaye n’étaient pas sur les lieux, mais ils ont passé leur journée à rassembler des témoignages, dans le quartier, afin de connaître « la vérité sur la mort de leur frère ».

« Il a voulu se réfugier chez ses voisines, après une bagarre »

L’histoire a commencé dans l’appartement de mon frère, puis avenue du Bois au Coq. Pour moi, il y a eu une bagarre dans l’appartement, avec une autre personne. Abdoulaye n’était pas tout seul, contrairement à ce que dit le procureur. Au cours de cette bagarre, il a voulu se réfugier chez ses voisines, dans son immeuble. Elles ont eu peur, on ne peut pas leur en vouloir, il y avait du sang partout, il était pieds nus, en caleçon. Elles ont appelé la police, puis il est sorti dans la rue, et a frappé à la fenêtre du véhicule de police, pour avoir de l’aide », relate à Normandie-actu le petit frère d’Abdoulaye, Mamadou.

La version du procureur de la République du Havre. Armé d’un couteau, Abdoulaye a été tué alors qu’il venait de poignarder gravement un passant. Il se trouvait en « état de démence », a déclaré le procureur de la République du Havre, Francis Nachbar.
Peu avant 1h du matin, « les services de police sont avertis qu’un individu en sang, armé d’un couteau, est très menaçant dans les rues ». Cet homme, vociférant, en short et pieds nus, porte un couteau dans la main. Il a auparavant saccagé son appartement, brisé des vitres, selon Francis Nachbar, et s’est blessé en se faisant de sanglantes coupures.
Avant de quitter son immeuble, cet homme a menacé deux jeunes filles, ses voisines, et un jeune homme. Alors que les deux jeunes sœurs rentraient chez elles pour s’y réfugier, cet homme a tenté d’enfoncer leur porte. Elles ont alors prévenu la police. Dans la rue, Abdoulaye aurait ensuite pris à partie un premier véhicule de police, puis un autre, dont il a violemment frappé une vitre avec son couteau, un instrument bricolé avec trois lames, assez courtes mais très acérées, toujours selon les précisions du procureur.
Les véhicules bloquent la rue et appellent des renforts, quand l’homme se précipite alors sur un passant. « Il le poursuit, le fait tomber et à califourchon sur lui commence à lui asséner des coups avec son couteau », rapportera également le procureur. Le passant, âgé de 32 ans, est grièvement blessé. Notamment au visage. Il a reçu une vingtaine de coups de couteau. Hospitalisé d’urgence, ses jours ne semblaient plus en danger mardi en début d’après-midi. Toujours selon le procureur Francis Nachbar, alors que les policiers lui font des sommations, Abdoulaye se détourne, délaisse sa victime et se dirige vers eux. Face à lui, les deux fonctionnaires d’une brigade canine ouvrent alors le feu. Les policiers ont tiré vingt balles. Dix se sont logées dans le corps d’Abdoulaye, dans son buste et ses jambes. Aucune dans son dos selon les responsables de la police. Selon le procureur du Havre, pas de doute, « l’état de légitime défense est avéré ».

Les policiers ont tiré vingt balles. Dix se sont logées dans le corps d'Abdoulaye. (DR)
Les policiers ont tiré vingt balles. Dix se sont logées dans le corps d'Abdoulaye. (DR)

« Ce passant, il le connaissait »

Pour sa famille, Abdoulaye n’aurait pas d’antécédents psychiatriques. « Abdoulaye était un garçon très gentil, toujours joyeux. Ce n’était pas un violent. Et d’autres personnes qui le connaissaient peuvent en témoigner », répète son frère à Normandie-actu.

Comment mon frère a pu avoir le temps de donner 20 coups de couteau à un homme ! Et les policiers ne sont pas intervenus ? », se questionne son grand frère, Abdourahmane, qui insiste également sur le fait que « ce passant », Abdoulaye le connaissait. « Je pense qu’il s’est battu avec lui, avant, dans son appartement ». « Je pense qu’ils se connaissaient déjà », poursuit-il.

Bouleversé, Abdourahmane parle du corps de son frère, gisant sur l’avenue du Bois au coq. « Il faisait nuit, il pleuvait, et je voyais le corps de mon frère sous le drap blanc. Je n’ai pas pu l’approcher. Les policiers m’ont écarté ».

Le couteau ? « Il s’agit d’un couteau à huîtres et non pas d’un couteau artisanal (…) Et mon frère a reçu du gaz lacrymogène par les policiers, lorsqu’il a frappé à la fenêtre du véhicule de police en descendant de son immeuble », croit-il savoir.

La famille ne souhaite pas « de marche blanche », et ne formule qu’un souhait : « savoir la vérité ». Elle a décidé de porter plainte « pour cet acte disproportionné ». Le parquet du Havre a saisi le Service régional de police judiciaire (SRPJ) de Rouen pour mener les investigations.

Lou Benoist
et Briac Trébert

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