Le Havre [Sondage Normandie-actu] Notre entretien avec Médine, élu Havrais de l'année

Élu Havrais de l'année par Normandie-actu, Médine revient sur son parcours artistique et ses engagements. Il révèle aussi la couleur de son prochain album, qui sortira en 2015.

Mise à jour : 31/12/2014 à 14:53 par Lou Benoist

Le prochain album de Médine sortira en 2015 sous le titre, Urbain 1er (©ProtestSong.Koria/DinRecords.)
Le prochain album de Médine sortira en 2015 sous le titre, Urbain 1er (©ProtestSong.Koria/DinRecords.)

> Médine est arrivé en tête du sondage Normandie-actu, des Havrais qui ont marqué l’année 2014. Il a obtenu 35,5 % des “voix”. Derrière lui, Jérôme Le Banner (27,5 %) est sur la deuxième marche et Sébastien Lepape (10 %) complète le podium.

> À lire aussi : Thomas Pesquet, élu Rouennais de l’année et Les vétérans du Débarquement, Normands de l’année 2014

Trouver Médine, en personne, n’est pas très compliqué… Malgré sa notoriété, il suffit d’aller dans les quartiers dit « populaires » du Havre (Seine-Maritime), et notamment du côté de Caucriauville, pour croiser le chanteur de rap. Médine y a grandi et il compte bien y mourir… Du moins, c’est ce qu’il dit : « Le Havre, on le quitte, on le retrouve, et bien souvent, on y meurt ». S’il n’est pas à Caucriauville, ou en tournée, il y a de grandes chances pour qu’il soit dans un sous-sol, à Gonfreville-l’Orcher… Non pas que le chanteur s’enferme sous terre en jouant l’ermite : il y travaille son nouvel album, qui sera prêt au printemps 2015. En exclusivité, il a dévoilé le nom de son prochain opus à Normandie-actu : il s’appellera Urbain 1er.

Normandie-Actu : Les lecteurs de Normandie-actu vous ont désigné Havrais de l’année… Qu’en pensez-vous ? 
Médine : Je suis un peu partagé… Même si j’ai sorti mon titre Grand Médine en 2014, mon dernier album date de 2013, intitulé Protest Song. Après, je me suis beaucoup investi dans l’association Don’t Panik Team, qui développe des événements culturels et sportifs pour les jeunes du Havre. Je suis actif sur le plan social, mais c’est vrai que j’ai également profité de cette année pour préparer mon nouvel album, qui sortira au printemps 2015. L’album sera différent de tout ce que j’ai fait auparavant. Je tente de me concentrer sur l’engagement, la critique.

Qui est le Médine de 2014 ? 
Jusqu’en 2013, c’était un travail plus centré sur moi-même. Je réagissais à un contexte qui m’interpellait… C’était une sorte d’identification au contexte. Sur mon dernier album, j’ai voulu produire un confort d’écoute, tout en vulgarisant mes pensées. Aujourd’hui, j’ai envie de revenir sur les bases d’un rap plus traditionnel et de faire du texte ma priorité. Je n’ai plus envie de privilégier la musique sur le texte. Grand Médine fait la transition entre mes anciens albums et le prochain :  il parle de mon émancipation, de ma réponse aux critiques. C’est un hymne à l’émancipation en général. J’avais assisté à une conférence à la Main d’or (Ndlr : le théâtre géré par l’humoriste Dieudonné) et cela avait créé une polémique… J’ai reçu beaucoup d’attaques, alors que, pour moi, j’avais juste voulu assister à une conférence. Grand Médine, c’est le titre qui s‘émancipe de toutes ces critiques.

Découvrir Grand Médine, en vidéo, ici :

Vous semblez être bien plus qu’un artiste pour les habitants du Havre, pour ceux qui écoutent vos chansons. Vous vous investissez notamment dans plusieurs causes solidaires… Pourquoi cet engagement presque politique ?
Il est vrai que, au-delà de remplir des salles, il y a l’engagement. Je vis au Havre et je n’ai pas l’intention de partir. J’ai toute ma famille ici. Pour moi, l’investissement est important, je fais ce que je peux. Je cours partout, mais je m’efforce de rester Havrais avant tout. Je vois les choses de manière très positive pour Le Havre. Il y a un monde qui s’effondre et je suis persuadé que l’avenir réside dans les actions locales, que cela soit au niveau politique ou social. Je le constate à chaque fois que je vais dans des villes, que je mène des projets… Tous les interlocuteurs que je rencontre font bouger les choses à leur échelle, avec leur sensibilité. C’est un état d’esprit qui se développe. Pour moi, il y a une hiérarchie dans les priorités. Il faut d’abord agir pour les choses qui se passent le plus près de nous, puis élargir les actions dans un second temps. C’est pour cela que je m’investis pour ma ville.

Comment voyez-vous l’avenir du Havre ?
Il y a des choses qui restent critiquables au Havre, bien évidemment. La valorisation de l’image de la ville, notamment avec la mise en avant de son patrimoine architectural, de son attractivité balnéaire, etc. C’est une chose. Mais, pour moi, il y a une réalité qui est beaucoup plus criante et qu’il faut dénoncer. Il reste une précarité affolante au Havre et c’est pour cela que je suis actif. Par ailleurs, je regrette de ne pas avoir un cahier des charges commun avec la ville. Avec mon association Dont’ Panik, mais aussi avec Plug in, ou encore avec Din records, nous travaillons ensemble dans la même direction pour faire bouger les choses culturellement. Nous nous déplaçons dans les écoles et nous débattons avec les élèves par exemple. Nous sommes des acteurs importants, à l’écoute de la population, et pourtant, nous ne parvenons pas à nous aligner avec les directives de la Ville

À vous écouter, on pourrait presque croire que vous pourriez créer une sorte d‘Université populaire… au Havre. Cela annonce t-il que votre nouvel album sera encore plus engagé, plus critique ?
Et bien oui ! Ou plutôt une « Université urbaine populaire »… J’aimerais bien en créer une, mais cela reste encore un projet. Quant à mon nouvel album, il sera surtout plus offensif. Si l’album s’intitule Urbain 1er, ce n’est pas pour rien. J’ai envie de concentrer mon attention sur ce qui se passe dans la rue, et pas seulement dans les quartiers populaires. Il y a aussi tout le « petit peuple », qui peine à comprendre les conséquences des actes politiques qu’il subit de plein fouet. C’est pour cela que je me rapproche du style musical Trap , un nouveau genre qui est sorti de Chicago. C’est un rap dansant, mais je veux y ajouter des textes forts. Je veux associer la danse du rap à un message profond. Par exemple, j’ai intitulé un de mes morceaux Don’t Laïk. C’est un morceau qui fait référence à l’une des visions actuelles de la laïcité, celle qui devient de plus en plus virulente, notamment avec les  « laïcards » (ndlr : personnes défendant violemment la laïcité avec un discours anti-religieux).

Une dernière chose à annoncer à votre public ?
Et bien oui ! Nous organisons, en mars 2015, une soirée Lady’s Boxing Tour, au Magic Mirrors, au Havre. Un soirée de combats pour les femmes qui pratiquent la boxe anglaise. Il y aura aussi une humoriste qui interviendra et nous donnerons un brunch en présence d’Audrey Pulvar, la journaliste ! C’est sur le point d’être confirmé. Ce sera le 7 mars 2015... Une date qui n’est pas anodine, puisque, comme je le dis, dans l’un de mes titres, il ne faut pas attendre la journée nationale de la femme du 8 mars pour parler d’elles…

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