Caen Après le MuCEM à Marseille, Rudy Ricciotti, signe, à Caen, le nouveau FRAC

Le nouveau FRAC devrait voir le jour, en juin 2017, dans le quartier Lorge, en centre-ville de Caen (Calvados). Un projet confié à l'architecte Rudy Ricciotti. Notre entretien.

Mise à jour : 13/02/2016 à 09:27 par Lou Benoist

(©Rudy Ricciotti)
Le futur FRAC, à Caen (Calvados), réalisé par le cabinet d'architecture de Rudy Ricciotti (©Rudy Ricciotti)

L’architecture du nouveau FRAC (Fonds régional d’art contemporain) de Caen (Calvados) a été confiée au cabinet d’architecture de Rudy Ricciotti (le MuCEM de Marseille, le stade Jean-Bouin à Paris, Le Pavillon noir à Aix-en Provence, c’est lui, notamment). Il est également en charge du nouveau projet immobilier sur l’ancien site de la caserne Martin, à Caen. Un projet actuellement à l’arrêt à cause de fouilles archéologiques. Dans un entretien accordé à Normandie-actu, l’architecte, établi dans le Var, revient sur les défis, envies, mais aussi obligations qui accompagnent ce projet du nouveau FRAC.

Le Fonds régional d’art contemporain (FRAC) a pour mission l’acquisition, la gestion des œuvres et leur diffusion en région et hors région. Il apporte également un soutien à la création, à la sensibilisation et à la formation des publics.
Le nouveau FRAC, à Caen (Calvados), situé rue Vaubenard, devrait déménager dans le centre-ville, dans le quartier Lorge (bâtiments et monastère du  XVIIIe et XIXe qui avaient été anciennement reconvertis en caserne militaire), en juin 2017. Dans ce projet, la Ville de Caen, « gestionnaire de la maîtrise d’ouvrage » (sauf pour la partie « couvent »), n’est pas partenaire financier du projet. Les deux partenaires principaux sont l’État et la Région Normandie. Le budget prévisionnel de l’opération de rénovation et d’aménagement est de 8 920 000 euros, hors taxes. La participation de l’État s’élève à 1 500 000 euros et celle de la Région à 7 420 000 euros.
Côté architecture, l’accès au nouveau FRAC se fera pas la « cour intérieure » (940 m2). Sur le parvis (1 030 m²), le revêtement de sol, du béton, « sera stabilisé en forme de pointe de diamant », explique la Région. Des espaces verts sont aussi prévus pour les parties nord et sud. Le mur d’enceinte pourrait être détruit afin de donner au public une large vue du nouveau FRAC depuis la rue Neuve Bourg l’Abbé (voir visuel). 
Malgré la réunification, la nouvelle grande Normandie conserve ses deux FRAC, un à Rouen (Seine-Maritime) et l’autre à Caen (Calvados) : « Conserver les deux FRAC, c’est aussi vouloir conserver la culture de manière équilibrée sur les deux territoires », justifie Emmanuelle Dormoy, adjointe à la Culture à la Région.

Défendre un projet et un budget

Normandie-actu : Du MuCEM à Rivesaltes, vous avez conçu différents espaces muséaux. Comment appréhender, comme dans le cas du FRAC, ces lieux à destination culturelle et pour lesquels la scénographie est importante ?
Rudy Ricciotti : La culture n’a pas que des droits, mais a aussi des obligations. La première est d’être digne par rapport au patrimoine. C’est le cas du FRAC de Normandie, où le cadre est historique, et avec une valeur à préserver. Mais les artistes sont conscients de ces enjeux entre conservation et création.

Comment allez-vous repenser ce nouveau FRAC, situé dans un ancien quartier militaire ? Quelle est votre ligne directrice ?
La ligne directrice est l’effacement et une lecture claire et spatiale du patrimoine existant. Il n’ y aura pas d’intervention brutale, mais, intérieurement, beaucoup de fluidité afin que les espaces d’expositions s’enchaînent.

Quelles sont les difficultés et défis que vous avez à relever en tant qu’architecte sur ce projet ?
Le seul défi est d’éviter de prendre en otage l’histoire du lieu, et de défendre un budget économique pour cette réalisation. « À courir l’exception, parfois l’on court le ridicule » disait Montesquieu….

(©Région Basse-Normandie)
Le quartier Lorge, à Caen (Calvados) (©Région Basse-Normandie)

L’éloge du labeur

Vous revendiquez l’utilisation du béton. Caen est à une heure du Havre. Vous n’avez jamais candidaté pour des projets dans cette ville du béton, cette ville de Perret ?
Évidemment, Le Havre est un récit constructif exceptionnel avec sa cathédrale qui est l’une des architectures les plus émouvantes que je connaisse. Tout architecte aimerait construire au Havre, mais la responsabilité est écrasante. Quant à la question : « Aimeriez-vous intervenir dans cette ville classée Unesco et qui se revendique de grands architectes. Vous pourriez venir compléter la liste aux côtés de Jean Nouvel, Niemeyer etc. ? », que voulez-vous que je vous réponde ? Voulez-vous un pastis ou un verre de blanc ?

Vous vous qualifiez de « casse-couilles de l’architecture » : qu’entendez-vous par ce terme ? Vous vous voyez comme un détracteur, ou un pionnier ?
Je ne me vois pas. Père trois fois, grand-père trois fois, patron d’une trentaine de collaborateurs, j’ai quelques exigences. La première comme patriote est de défendre des emplois et une mémoire du travail territorialisé. La deuxième est de faire l’éloge des vertus du labeur. Une belle valeur chrétienne, non ? Si c’est cela être orchidoclaste (Ndlr : « casse-couilles »), alors oui !

Vous êtes sollicités sur de nombreux projets à Caen, mais aussi à Nantes (gare)… Vous êtes la nouvelle “star” de l’architecture française ?
Non, je ne suis qu’un architecte provincial, réactionnaire, maniériste, et petit bourgeois… Ça devrait vous plaire…

Vidéo. Ricciotti, constructeur :

Rudy Ricciotti, par Rene Habermacher (©Rene Habermacher)
Rudy Ricciotti, par Rene Habermacher (©Rene Habermacher)

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