Trouville-sur-Mer En Normandie, le journaliste hyperconnecté, Guy Birenbaum, reprend la main sur le temps

Après avoir "sévi" sur différentes radios, Guy Birenbaum, accro aux réseaux sociaux, a sombré dans la dépression. Il se raconte dans un livre. Rencontre, à Trouville-sur-Mer.

Mise à jour : 07/04/2015 à 15:01 par Sophie Quesnel

Guy Birenbaum et Jedi, devant l'embarcadère du bac qui relie Trouville à Deauville.
Guy Birenbaum et Jedi devant l'embarcadère du bac qui relie Trouville-sur-Mer à Deauville.

À Trouville-sur-Mer (Calvados), où il revient pour le week-end de Pâques, son chien Jedi est aussi célèbre que lui. Rencontre sur les Planches. Guy Birenbaum est souriant, semble plus jeune. Il offre un thé chez Charlotte Corday. Au cœur des discussions, interrompues par ses connaissances, son livre, dont on ne sort pas indemne.
Depuis 2013 où il chroniquait tous les jours sur l’actualité du web à 7h22 sur Europe 1, Guy Birenbaum est devenu un boulimique de l’information, un fou des réseaux sociaux. Debout avant 5 heures du matin, il passait ses journées l’œil rivé sur son smartphone à engloutir les infos, et à les partager avec ses 6 000 fans Facebook et ses 146 000 “suiveurs” sur Twitter, sans compter les abonnés à son blog, ceux de son compte Instagram. « Ma réalité est dans le virtuel. Tandis que le réel, je ne le vis que virtuellement », écrit-il.
Un jour, c’est l’overdose. En allumant son ordinateur, il est sidéré « par l’incroyable violence qui se déverse à jets continus ». Au printemps 2013, via une alerte Google sur son nom, Guy Birenbaum découvre un billet de blog illustré par une photo de lui. Et alors qu’il n’a jamais été la cible d’insultes antisémites au cours de son enfance ou de ses années d’études, il est régulièrement vilipendé sur le web depuis qu’il y écrit. À tel point qu’il est persuadé de s’être habitué à la lâcheté.

« Pourquoi j’étais si excessif en tout »

Son livre intitulé Vous m’avez manqué est composé de deux parties, la descente aux enfers de l’auteur alors qu’il était co-présentateur de l’émission Des clics et des claques sur Europe 1 puis sa lente, très lente, remontée à la surface. Entre les deux, l’histoire de ses parents, clé de voûte de sa dépression. Il a fallu du temps à Guy Birenbaum pour comprendre que son passé pourrissait son présent et compromettait son futur. « Honnêtement, pendant toutes ces années, je n’ai jamais pensé que ça pouvait poser un problème. La question qui se posait était de savoir pourquoi j’étais si brutal. Si addictif aussi : courir sept kilomètres chaque matin.. Pourquoi j’étais si excessif en tout. C’est ça la question. À cette question, après pas mal de travail, avec le médecin, nous avons trouvé cette réponse qui est assez séduisante ».

Tout est venu pour moi de la fusion brutale entre l’Histoire collective et mon histoire personnelle ; de la fusion entre un passé qui ne passe pas, un présent insupportable et un futur que chacun pressent sombre. En première ligne, surexposé, “éponge”, j’ai pris de plein fouet la douleur et la dépression nationale. J’ai implosé.

Guy Birenbaum est issu d’une famille juive. Son prénom était le nom de guerre de son père dans la résistance. Sa mère s’était cachée avec sa famille pendant deux ans et ils n’ont dû leur survie qu’à l’acte courageux de leur logeuse. Un passé qui resurgit tout à coup pendant la maladie et devient pesant.


Guy Birenbaum, de twitter à la dépression par LEXPRESS

Trouville-sur-Mer

Trouville-sur-Mer joue un rôle important dans le livre de Guy Birenbaum qui vit une véritable histoire d’amour avec la station balnéaire de la Côte fleurie. « C’est mon enfance. Ma madeleine de Proust, elle est là. Deauville d’abord, mes vacances avec ma grand-mère à l’Hôtel Royal, le club de tennis où j’ai enseigné, les copains, les copines, et après, mon arrivée à Trouville-sur-Mer, il y a presque 10 ans ». C’est aussi à Trouville qu’il a vécu les pires moments de sa maladie. « Venir ici a été catastrophique, j’étais dans un état méconnaissable. Ceux qui me croisaient ne me reconnaissaient pas. Les cheveux longs, pas rasé, la caquette vissée sur la tête, mon écharpe égyptienne autour du cou. Plus les jours avançaient et plus j’étais mal. J’ai quand même réussi avec le Xanax ».
La pire semaine de sa maladie, Guy Birenbaum les a passées à Trouville. Mais son séjour normand marque aussi la fin de la descente et l’amorce de la remontée qui aura lieu, à Paris, place Victor Hugo devant une brioche aux raisins.

Dans les yeux de Jedi…

Une photo publiée par Guy Birenbaum (@guybirenbaum) le 4 Avril 2015 à 10h51 PDT

Et maintenant ?

Guy Birenbaum continue à se lever, mais non plus pour courir sept kilomètres mais pour rejoindre le studio France Info où il se livre quotidiennement à un exercice dans lequel il excelle : une chronique baptisée L’autre info. Ensuite, il prend son café avec son ami Laurent Guimier. Comme avant quand Laurent n’était pas encore le patron de France Info. Puis il rentre chez lui retrouver son chien Jedi. Ensemble, ils partent en balade. Toujours sans connexion. « Je me force à ne plus regarder mon téléphone, j’ai développé des vraies stratégies : je pars sans mes lunettes comme ça je vois à peine les textos. Je ne reçois plus aucune notification. Je dois aller chercher les infos». C’est maintenant une démarche volontaire. Guy choisit ce qu’il veut savoir. Puis il rentre déjeuner avec ses enfants, fait une petite sieste et reprend son travail pour le sujet du lendemain. Ce n’est pas vraiment une nouvelle vie. Mais une relation différente avec le temps.

Le timing n’était pas le mien. J’ai décidé que je reprenais la main sur le temps. Le temps réel ce n’est pas pour moi, je crois que ce n’est pour personne, mais moi j’ai compris assez durement.

Est-il pour autant plus heureux ? « J’avais l’impression d’être heureux. Maintenant, je suis plus en cohérence avec ce que je n’aurais jamais dû cesser d’être ».

  • Vous m’avez manqué, Les Arènes 403 pages. Tarif : 19,90 euros.

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