Magny-en-Bessin En Normandie, des femmes d'agriculteurs exposent le mal-être d'une profession

Elles sont femmes ou filles d'agriculteurs. Toutes vivent avec désarroi la crise agricole. Près de Bayeux (Calvados), elles ont monté un collectif, pour informer sur leur quotidien

Mise à jour : 26/03/2016 à 18:44 par Valentine Godquin

Les Foulards noirs se sont rassemblés une première fois à Bayeux, en mars, et renouvelleront l'opération le 16 avril 2016. (Photo : ©La Renaissance-Le Bessin)
Les Foulards noirs se sont rassemblés une première fois à Bayeux (Calvados), en mars, et renouvelleront l'opération le 16 avril 2016. (Photo © La Renaissance-Le Bessin)

Depuis presque un an, les agriculteurs se mobilisent pour exprimer leur mal-être et demander, pour survivre, une hausse des prix de vente du lait et de la viande. Ce mouvement national avait été particulièrement suivi en Normandie, dès juillet 2015, avec une multitude d’actions coup-de-poing, pour que leurs revendications soient entendues.
Absentes de ces mouvements de colère, les femmes, filles ou mères d’agriculteurs ont décidé de faire entendre leur voix. Le groupe Les Foulards noirs a été constitué, près de Bayeux (Calvados) afin de présenter leur quotidien, dans une exploitation agricole en détresse.

> Lire aussi : Crise agricole. Nouvelles actions dans le Calvados. Des agriculteurs bloquent Bayeux

« Nous sommes fières de nos maris »

Un mois après la constitution de ce collectif, les Foulards noirs ne cessent de faire parler d’eux. Une première mobilisation, lors d’une marche à Bayeux, mercredi 16 mars 2016, a permis de rassembler une cinquantaine de femmes. Ces dernières ont déambulé le long d’une artère principale de la ville, distribuant des tracts aux passants, et évoquant leur quotidien de femmes d’agriculteurs, à la population.

Suite aux manifestations de nos hommes, nous étions assez atterrées de voir l’accueil reçu lors de certains rassemblements », se souvient Ludivine Le Monnier, femme d’agriculteur. « C’est une cousine qui m’a proposé de lancer un mouvement, pour montrer qu’au-delà des manières bourrues de nos hommes, il y a une vraie détresse et un mal-être dans le monde agricole, que les femmes subissent aussi.

Ces dernières ont ainsi décidé de présenter ce qu’elles appellent un « travail-vie », qui fait partie intégrante de leur quotidien, 7j/7, 24h/24. « C’est un métier qui est présent à tout moment à la maison. » En quelques semaines, leur page Facebook rassemble presque 400 membres.

Nous voulons montrer que nous sommes fières de nos maris, de leur travail, et dénoncer le manque de considération qu’ils subissent. C’est le seul métier qui propose et vend des produits, sur lesquels on impose des prix de vente.

Se souvenir des paysannes d’autrefois

Vêtues de noirs, les femmes d’agriculteurs ont décidé d’arborer, pour représenter leur mouvement, un foulard noir, évoquant les femmes paysannes d’autrefois.

C’est pour se rappeler de nos mères et grands-mères qui allaient dans les champs, avec un foulard sur la tête. Le noir montre que l’agriculture est en deuil.
Les Foulards noirs s'inspirent des femmes paysannes d'antan. (Photo : ©Facebook Les Foulards noirs)
Les Foulards noirs s'inspirent des femmes paysannes d'antan. (Photo © Les Foulards noirs)

Soutenues par le syndicats des Jeunes agriculteurs (JA), ces femmes ne veulent plus se taire, et profiter de ces rassemblements pour « se mettre à nue », et évoquer avec des exemples concrets les difficultés subies au quotidien. Lors de leur premier rassemblement, ces dernières ont pu aller à la rencontre de la sous-préfète de Bayeux.

Nous voulons montrer que nous subissons cette crise, mais qu’il en est de même aussi pour les consommateurs. Il y en a marre de payer des produits de consommation à des tarifs exorbitants. Il faut défendre notre belle agriculture, et croire aux agriculteurs français, ces hommes et ces femmes qui vivent péniblement de leur métier.

Une situation critique que Ludivine Le Monnier connaît bien. Installé depuis 2001 à Magny-en-Bessin pour de la polyculture et de l’élevage, son mari est en cessation de production de lait depuis le 31 décembre 2015. « Il est passionné de ses animaux, mais il en marre de, comme il dit « bosser comme un con », et de ne rien y gagner. La paie de lait ne couvre même pas le montant des emprunts à payer. » Ludivine a même quitté son statut de conjointe collaboratrice, pour trouver un emploi dans un magasin de bricolage, pour « subvenir aux besoins du foyer ».
La mobilisation des Foulards noirs est amenée à se poursuivre, dans les prochaines semaines, avec une prochaine mobilisation programmée le samedi 16 avril 2016.

Vidéo. Reportage de France 3, sur les Foulards noirs :

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