Caen Disparition de Mathis, 8 ans, à Caen. Enquête sur près de quatre ans de mystère

L’effroyable attente d’une mère face à l’insoutenable mutisme d’un père. L’affaire Mathis, disparu à l’âge de 8 ans, à Caen (Calvados), en 2011, sera jugée du 1er au 5 juin 2015.

Mise à jour : 18/05/2015 à 07:32 par Briac Trébert

Sylvain Jouanneau et son fils Mathis, au moment de sa disparition.
Sylvain Jouanneau et son fils Mathis, au moment de sa disparition.

Des journalistes des émissions 66 Minutes, sur M6, et de Sept à Huit, sur TF1, préparent des reportages, qui devraient être diffusés ces prochains jours. France 2 également. Un livre devrait sortir dans quelques mois. Le procès de l’affaire « Mathis », qui doit se tenir devant la cour d’assises du Calvados, à Caen (Calvados), du lundi 1er au vendredi 5 juin 2015, s’annonce hors-norme, à l’image du mystère, qui dure depuis près de quatre ans.
Mathis est porté disparu depuis septembre 2011. Il avait alors 8 ans. Son père, Sylvain Jouanneau, est soupçonné de l’avoir enlevé, à l’issue d’un droit de visite. Depuis, l’enfant est introuvable. Durant la première semaine de juin 2015, ce papa de 41 ans – en prison depuis décembre 2011 – devra répondre de soustraction et enlèvement de mineur, en l’occurrence son fils. D’après ses déclarations, Mathis « est en sécurité », mais il refuse d’indiquer où il se trouve. Parlera-t-il enfin, donnera-t-il les noms d’éventuels complices ? Ou avouera-t-il, finalement, le meurtre de son propre fils ? Cette seconde hypothèse est avancée par plusieurs de ses proches, et par des psychiatres, mais sans qu’aucun élément concret ne permette de l’accréditer.
Ce que nous savons de l’enquête.

Une séparation conflictuelle

Dimanche 4 septembre 2011, Nathalie Barre, une commerçante de Caen – elle y tenait, à l’époque, un magasin de jouets, rue Écuyère – divorcée depuis mai 2007 de Sylvain Jouanneau, signale la disparition de son fils, Mathis, 8 ans. Le couple vit une séparation conflictuelle. Sylvain Jouanneau bénéficiait d’un droit de garde durant ce week-end. Il n’a pas ramené Mathis, à 18h, comme prévu, et ne répond pas au téléphone. Sylvain Jouanneau vient de se séparer de sa dernière compagne, sa seule vraie « histoire » depuis celle avec la maman de son fils unique. Il est fragile, depuis des années. On lui connaît peu ou pas de relations amicales. Au commissariat de police de Caen, on lance les recherches.

Des recherches aux USA, au Vatican, en Algérie…

L’Office central pour la répression des violences aux personnes et le Service régional de police judiciaire de Rouen (Seine-Maritime) prendront le relais. Des appels à témoins seront lancés, en France, mais aussi en Italie, en Espagne, et au Maroc. Les enquêteurs effectueront des vérifications en Suède, en Suisse, en Algérie, au Canada, aux USA, au Vatican… Près de quatre ans plus tard, rien.

Sylvain Jouanneau était venu récupérer Mathis à la sortie de l’école, à Caen

Le vendredi 2 septembre 2011, Sylvain Jouanneau, qui n’avait pas vu Mathis depuis plusieurs semaines, était venu le récupérer à l’école, vers 18h, dans le centre-ville de Caen, avec son camping-car. Mathis venait de faire sa rentrée. Il ne retournera pas dans sa classe, le lundi suivant.
Selon les témoignages recueillis par les enquêteurs, après l’école, Sylvain Jouanneau aurait emmené Mathis chez ses grands-parents, à quelques kilomètres au nord-ouest de Caen, puis au McDonald’s de Bretteville-sur-Odon. Vers 20h30, il payera par carte bancaire, un menu adulte, un menu enfant. Depuis, la trace du père, accompagnant son fils, est officiellement perdue. Sylvain Jouanneau n’utilisera plus de moyen de paiement « traçable ». Il aurait raconté qu’il comptait passer ce week-end avec son fils, à Villers-Bocage, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Caen, dans son camping-car, et « l’emmener à la piscine, et au terrain de football ». Le camping-car sera bien retrouvé quelques jours plus tard stationné à Villers-Bocage, une lettre sera postée dans la commune, mais aucun témoin, à Villers-Bocage, n’a vu le père et le fils ensemble durant ce week-end. C’est le début de la traque.

Des achats de carburant, des lettres, de l’argent liquide…

L’enquête révélera que Sylvain Jouanneau, ancien informaticien, reconverti en maçon, avait acheté des quantités importantes de carburant, quelques jours auparavant, mais aussi des « jeux de voyage »… et « trois livres sur l’islam ». Il serait parti de Villers-Bocage (avec Mathis ?) rapidement, durant ce premier week-end de septembre 2011, en direction de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), dans son autre véhicule, une Peugeot 206 break. Dans le camping-car, il avait laissé « des documents relatifs au divorce, des procédures liées à la garde de l’enfant… et son propre passeport », relate une source judiciaire. Troublant jeu de piste. Manipulation ?
Le téléphone de Sylvain Jouanneau sera géolocalisé, lui, dès le lundi 5 septembre, à l’aube, à Bayonne, puis dans les Landes. Un téléphone qui sera ensuite envoyé, par courrier, à ses parents, en Normandie.
Le 10 septembre, la Peugeot 206 sera découverte, fermée à clé, dans les Pyrénées-Atlantiques. Seule trace éventuelle du passage de Mathis ? Ces jeux de voyage…

Interpellé, seul, trois mois plus tard

Sylvain Jouanneau, lui, sera interpellé… trois mois plus tard. Il marchait, seul, errant à proximité de Villeneuve les Avignon (Gard). Ramené en prison à Caen, il ne dira jamais ce qu’il a fait de Mathis, répétant, de manière floue, « qu’il est en sécurité », expliquant qu’il avait fait croire à Mathis que sa mère était décédée, et que s’il ne venait pas avec lui, « il serait placé dans une famille ». Sordide.

Dans ses courriers, il évoquera d’étonnants complices : « Nous sommes soutenus par des complices, sûrs et puissants (…) J’ai pris des précautions pour que Mathis aille bien (…) Mes frères musulmans prendront en charge l’avenir de Mathis et les représailles contre vous », écrira-t-il.

L’enquête démontrera qu’il fomentait ce projet depuis 2009, et qu’il était parti dans le sud, ce samedi 3 septembre 2011, avec 30 000 euros en liquide. Trois mois plus tard, lors de son arrestation, moins de 10 000 euros seront retrouvés en sa possession. De quoi « mettre Mathis en sécurité » ? Durant tout ce temps ? Mathis a-t-il été confié à une secte ? A-t-il été confié « à des musulmans » ? Sylvain Jouanneau a vécu une courte relation, née sur internet, avec une Marocaine. Cette piste n’a rien donné, comme les autres…
Nathalie Barre, la maman, elle, s’accroche à cet espoir de retrouver Mathis vivant. A qui l’a-t-il confié, alors ? C’est le procès de la dernière chance. Sylvain Jouanneau encourt 30 ans de réclusion criminelle.

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