Caen Cinéma. Le documentaire animalier, « Les Saisons », dans les salles. Notre interview

Après « Le Peuple Migrateur » et « Océans », Jacques Perrin est de retour avec « Les Saisons », un nouveau film dédié aux animaux. Il sera à l'affiche mercredi 27 janvier 2016.

Mise à jour : 27/01/2016 à 08:56 par Mathieu Girard

Le nouveau film de Jacques Perrin, Les Saisons, est à l'affiche ce mercredi 27 janvier 2016, dans les cinémas de Caen (Calvados) et de Normandie. (Photo : Galatée Films / Mathieu Simonet)
Le nouveau film de Jacques Perrin, « Les Saisons », est à l'affiche, mercredi 27 janvier 2016, dans les cinémas de Caen (Calvados) et de Normandie. (Photo : Galatée Films / Mathieu Simonet)

Vendredi 22 janvier 2016, l’équipe du film Les Saisons était de passage au cinéma Pathé des Rives de l’Orne, à Caen (Calvados). Après les succès du Peuple Migrateur (2001) et d’Océans (2009), elle a présenté au public caennais un nouvelle ode à la nature, qui relate l’évolution des forêts européennes, et de la faune qu’elles abritent, de l’âge de glace à nos jours. Ce documentaire pour toute la famille est l’affiche mercredi 27 janvier 2016. 
Rencontre avec le réalisateur, Jacques Perrin, et le biologiste, journaliste scientifique et scénariste, Stéphane Durand, qui nous révèlent leurs secrets de fabrication.

« Il faut coller aux basques des animaux »

Normandie-actu : Les animaux sont les véritables stars de votre film. Comment faites-vous pour les approcher d’aussi près ?
Jacques Perrin : La nature est pleine de belles histoires qui se déroulent au bord d’une rivière ou au pied d’un arbre. Ce sont des contes merveilleux pourvu qu’on prenne le temps de les découvrir, car, si les animaux sont tout autour de nous, on ne les voit pas. On ne voit pas ceux qui courent dans les forêts, qui font des sauts fantastiques et manifestent leur liberté. Pour obtenir de telles images, il faut être toujours en mouvement. Ce n’était pas simple non plus de suivre des oiseaux en plein vol, à 2 000 m, au-dessus des reliefs montagneux, mais on l’a fait dans Le Peuple Migrateur et c’était la première fois au monde que de telles prises de vue étaient réalisées. Pour Océans, lorsqu’on a eu envie de filmer des thons filant à 40 km/h, ce n’était pas simple non plus, mais on a trouvé le système pour le faire.

Dans Les Saisons, on peut voir une meute de loups qui prend en chasse un sanglier. Comment avez-vous filmé cette scène incroyable ?
Jacques Perrin : Là aussi, on a trouvé un système. Mais finalement, ce n’est pas un exploit. Pouvoir filmer ces loups en pleine action, c’est mieux qu’une photo, qu’une explication ou un cours de science naturelle. Il faut être au milieu l’action pour être saisi par cette incroyable force de vie.

Les Saisons :

Une question de patience et discrétion…

Plus concrètement, inventez-vous des techniques spécifiques pour filmer ces images ?
Stéphane Durand : Oui, et le principe est toujours le même : il faut coller aux basques des animaux. Selon Jacques Cluzaud, le co-réalisateur, c’est exactement comme dans les films où quelqu’un monte dans un taxi en disant « suivez cette voiture » (rires). Là, l’idée est plus « suivez cet animal », et de rester avec lui au plus fort de sa course. On avait invité un système pour voler avec les oiseaux, une autre pour aller sous l’eau avec les raies manta, les dauphins et les thons, et là, quand on se retrouve en pleine forêt, il nous fallait une machine qui puisse se glisser et slalomer entre les arbres, tout en étant à la même vitesse que les animaux. Notre équipe d’ingénieurs a travaillé sur le prototype d’un scooter à quatre roues indépendantes les unes des autres, afin d’amortir les irrégularités du terrain. Il s’agit d’un engin électrique, étroit et très agile, qui ne fait pas de bruit, mais qui a une accélération du tonnerre pour suivre la course des loups. Il est piloté par un spécialiste, qui embarque avec lui un cameraman équipé d’une steadycam.

On voit aussi beaucoup de gros plans avec des animaux calmes et posés. Avez-vous des astuces pour obtenir une telle proximité avec eux ?
Stéphane Durand : En ce qui concerne les animaux sauvages, c’est une question de patience et de discrétion. On peut passer des jours ou des semaines à attendre le bon moment. Mais nous travaillons aussi avec des animaux qui sont imprégnés. C’est indispensable si on veut faire des images d’un lynx par exemple.

Le film "Les Saisons" raconte l'histoire de la forêt européenne de - 80 000 ans jusqu'à nos jours.
Le film, « Les Saisons », raconte l'histoire de la forêt européenne de - 80 000 ans jusqu'à nos jours. (Photo : Galatée Films / Mathieu Simonet)

Jacques Perrin : Il y a deux tournages bien distincts. Certains directeurs de la photo sont sur le sauvage et d’autres sont sur de la relative fiction avec des bêtes imprégnées. Mais en aucune façon nous avons filmé des animaux dressés. Ils sont responsables de leurs mouvements. On les assiste plus qu’on ne les dirige. Nous sommes devenus leurs protecteurs et ils se sentent bien dans notre ombre. Quand le lynx monte aux arbres, il le fait naturellement, ce n’est pas nous qui lui avons appris.
Stéphane Durand : À partir de là, c’est le rôle des opérateurs de capter le bon moment. Car même si l’animal nous accepte dans son intimité, au final, il fait ce qu’il veut.

Donner la parole aux animaux

Cela veut dire que ce sont les animaux qui dictent l’histoire ?
Stéphane Durand :Pour les scènes avec les animaux imprégnés, le film est très écrit…
Jacques Perrin : Mais lorsqu’il y a une bagarre entre deux ours, vous comprenez bien que nous ne pouvions pas l’imaginer avant qu’elle ne se produise !

Pourquoi avez-vous opté pour un récit historique, de moins 80 000 ans à nos jours ?
Stéphane Durand : On avait envie de revenir sur ce qu’on apprend tous à l’école. Mais, même si nous déroulons une histoire d’hommes, de la Préhistoire jusqu’à notre époque, en passant par l’époque romaine, le Moyen-Âge et la Révolution industrielle, nous le faisons du point de vue des animaux. Ils sont les personnages et les témoins principaux de notre récit, et les êtres humains n’en sont que les figurants. Donc, plutôt que de mettre l’accent sur les conquêtes des Romains, on préfère suivre un hérisson qui traverse pour la première fois une voie romaine. Nous nous sommes inspirés d’une tribune indienne, les Iroquois, qui considèrent les animaux comme leurs égaux. À chaque fois qu’ils se rassemblaient, ils désignaient quelqu’un qui parlait au nom du peuple loup. 
Jacques Perrin : Aujourd’hui, c’est un peu difficile à concevoir quand on voit comment est traité le loup en France. Lorsqu’on l’aperçoit, on lui tire dessus. On n’écoute plus sa sagesse et c’est dommage. 
Stéphane Durand : Cela peut paraître folklorique, mais c’est quelque chose qui est en train de revenir dans la réflexion de certains philosophes, comme Bruno Latour par exemple. Récemment, ce dernier estimait dans les colonnes du journal Le Monde que la Cop 21 ne pouvait pas marcher, car il n’y avait personne pour parler au nom de l’air, des océans ou des forêts.

Infos pratiques :
Le film Les Saisons est l’affiche depuis le mercredi 27 janvier 2016.

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