Caen Fin de la grève chez les pompiers de Caen. Dans les coulisses du vote

Mardi 12 janvier 2016, les pompiers de l'agglomération de Caen (Calvados) ont voté l'arrêt de la grève. Ils étaient mobilisés depuis le 28 décembre. Dans les coulisses du vote.

Mise à jour : 13/01/2016 à 14:25 par Alice Labrousse

Les sapeurs-pompiers de l'agglomération de Caen (Calvados) ont décidé d'arrêter leur mobilisation. (Photo : Alice Labrousse)
Les sapeurs-pompiers de l'agglomération de Caen (Calvados) ont décidé d'arrêter leur grève, mardi 12 janvier 2016. (Photo : Alice Labrousse)

Depuis 18 mois, le conflit était enlisé entre les sapeurs-pompiers de l’agglomération de Caen (Calvados) et la direction du Service départemental d’incendie et de secours (SDIS). Jeudi 24 décembre 2015, ils étaient entre 60 et 70 à porter plainte contre leur direction. Les soldats du feu avaient lancé une mobilisation dans les trois casernes de l’agglomération, lundi 28 décembre 2015, accrochant des banderoles, brûlant des pneus… Après plusieurs réunions, ils ont finalement voté l’arrêt de la mobilisation à la caserne d’Ifs (Calvados), mardi 12 janvier 2016. Les pompiers attendent néanmoins encore une nouvelle réunion avec la présidence du Conseil départemental.
Ce qui s’est dit lors de cette réunion.

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14h15. Une centaine de pompiers sont rassemblés dans la salle de réunion de la caserne d’Ifs, située rue Alfred Nobel. Depuis un peu plus de deux semaines, les soldats du feu se relaient. La colère grondait depuis plus d’un an et demi. Les représentants des syndicats Autonome, CFTC et CGT font le point du mouvement. Le sergent Gaëtan Lechevallier (CGT) se montre clair dès le début de la réunion. « Il n’y a que deux solutions. Soit nous continuons la grève, soit nous l’arrêtons. » Une suspension serait compliquée. « Nous allons d’abord vous parler de ce que nous avons obtenu, puis nous aborderons les points qui demandent encore réflexion. Puis, nous passerons au vote », annonce-t-il.

Les pompiers et la grève. Les sapeurs-pompiers, comme la plupart des fonctionnaires, bénéficient de l’exercice du droit de grève. Ce droit de grève s’exerce dans le cadre des lois qui le réglementent. Le préavis doit être adressé au président du conseil d’administration du SDIS cinq jours francs avant le déclenchement de la grève. Les sapeurs-pompiers disposent du même droit de grève que les autres agents de la FPT, la Fonction publique territoriale. Toutefois, lorsqu’ils exercent ce droit, ils sont réquisitionnés par le préfet pour assurer la continuité de la distribution des secours.

14h30. Les syndicalistes listent les points sur lesquels la direction du SDIS s’est engagée :

Nous avons un accord sur cinq points. Ils concernent l’établissement du planning qui se fera pour les trois mois suivants. Tout le monde aura son planning pour chaque trimestre. Le deuxième point rétablit les trois semaines de vacances consécutives sur les mois de juillet et août, en 2016. Nous avons également un accord pour deux autres semaines de congés sur les dix autres mois de l’année. Nous pourrons aussi travailler sur le regroupement du temps libre en vue d’obtenir sept jours consécutifs supplémentaires. Enfin, des travaux seront effectués sur le règlement départemental du temps de travail », annonce le sergent.

À ces mots, des voix s’élèvent. « Les congés, c’est bien…mais qu’en est-il du temps de travail et du dialogue ? Les congés ne sont pas la totalité du problème ! », lance un pompier. Par là, il évoque le mal-être ambiant dans les casernes, le «flou» au sein du SDIS et des directives mais aussi les temps de garde qui ne sont pas clairement déterminés.

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A l'entrée de la caserne d'Ifs (Calvados), le feu couvait toujours ce mardi 12 janvier 2016. (Photo : Alice Labrousse)
À l'entrée de la caserne d'Ifs (Calvados), le feu couvait toujours mardi 12 janvier 2016. (Photo : Alice Labrousse)

14h45. « Pour ceux dont les congés ont déjà été validés, la situation ne change pas. Pour les autres, de nouveaux tirages au sort auront lieu. Ceux-ci seront tirés par les chefs des casernes. Pour le cas particulier des vacances d’été…là, nous aurons un renforcement des effectifs grâce à des sapeurs-pompiers volontaires contractuels ». Des volontaires qui pourraient faire plus d’heures que les professionnels, permettant ainsi de ne pas embaucher de nouveaux professionnels durant les périodes creuses.

Les pompiers professionnels de l’agglomération ont obtenu l’accord de ne pas travailler plus de 72 heures étalées sur sept jours. Le risque, c’est que les volontaires puissent en faire plus…malgré les consignes évidentes de sécurité.

Un autre point noir : les effectifs. « La fermeture de la caserne Canada, la nuit, est définitive. C’est acté. Des opposants politiques à la majorité du Conseil départemental ont déposé un recours contre cette décision. Mais le SDIS ne reviendra pas dessus. Seule la justice pourrait y changer quelque chose. C’est peine perdue », déplorent les représentants des trois syndicats.

15h15. Selon eux, la mobilisation « s’épuise ». Le sergent Gaëtan Lechevallier va droit au but.

Franchement, je crains que la situation ne dégénère. J’ai vu des personnes complètement à bout, sous pression. J’ai peur pour leur santé psychologique.

Il prend l’exemple d’un pompier qui aurait contracté une pelade liée au stress et à la souffrance au travail. Cet homme aurait également perdu près d’une dizaine de kilos en quelques semaines. « Tous les jours, nous avons de nouveaux cas d’arrêts maladie. J’ai rencontré la médecine du travail tout à l’heure qui ne m’a même pas demandé comment j’allais. Le médecin m’a de suite coupé en disant que deux autres étaient passés avant moi et qu’il jugeait la situation dramatique. » Dans l’assemblée, les pompiers réunis s’interrogent : « Mais qu’en sera-t-il après la mobilisation ? La situation va-t-elle changer ? ».

Malgré les indécisions quelques minutes plus tôt, le vote a ensuite été sans appel. (Photo : Alice Labrousse)
Malgré les indécisions quelques minutes plus tôt, le vote a ensuite été sans appel. (Photo : Alice Labrousse)

15h30. Indécision totale. Les uns crient qu’ils veulent continuer la lutte, les autres baissent les bras. Un mouvement de foule interrompt le brouhaha. Quinze minutes de pause sont décrétées. Les syndicats essaient de convaincre l’assemblée du bien-fondé d’un arrêt de la mobilisation. Des propositions fusent. « Ce que nous pouvons faire c’est exiger un exemplaire de la réglementation du travail ainsi qu’un éclairage sur les répartitions des gardes avant demain midi », propose le lieutenant Yves Imbert. Il appelle alors la direction du SDIS pour évoquer ces points tandis que le sergent Gaëtan Lechevallier se renseigne auprès de la préfecture du Calvados. Ce dernier finit par annoncer : « Si nous continuons le mouvement, nous risquons de perdre l’appui de la préfecture…»

15h50. Après une longue réunion dont certains ont fini par se lasser, l’heure du vote a sonné. « Qui est pour continuer la «grève» ? », lance le sergent. Silence total dans la salle. Les arguments des syndicats ont eu raison des derniers motivés. Personne ne répond. « Qui est pour l’arrêt de la mobilisation ? » Une vingtaine, voire une petite trentaine de mains se lèvent, pas plus. Certains annoncent qu’ils votent « blanc ». L’arrêt est prononcé. Les syndicats Autonome, CGT et CFTC s’accordent sur une chose.

Nous allons voir ce qui va arriver ces prochains jours. Nous n’excluons pas un nouveau préavis de grève si besoin est. Pour le moment, nous attendons une nouvelle réunion avec le président du Conseil départemental, Jean-Léonce Dupont.

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