Mont-Saint-Aignan Il a racheté la ferme des Bouillons, près de Rouen. Notre interview de Baptiste Mégard

Baptiste Mégard a investi la ferme des Bouillons, mercredi 19 août 2015, juste après l'expulsion des zadistes. Le nouveau propriétaire se défend des critiques sur Normandie-actu.

Mise à jour : 21/08/2015 à 14:42 par Gwénaëlle Fliti

(© Baptiste Mégard)
Baptiste Mégard, qui souhaite faire des Bouillons, à Mont Saint-Aignan, près de Rouen (Seine-Maritime) une ferme bio expérimentale fonctionnant selon les principes de la permaculture, dit ne pas souhaiter entrer en conflit avec les zadistes évacués par les CRS mercredi 19 août 2015. (© Baptiste Mégard)

Les frères Baptiste et Thibault Mégard, nouveaux propriétaires de la ferme des Bouillons, à Mont-Saint-Aignan, près de Rouen (Seine-Maritime), sont la cible de nombreuses attaques. Liens de connivence avec la famille Mulliez détentrice d’Immochan, “pistons”, manque d’expérience dans l’agriculture…
Les ex-occupants des Bouillons, évacués par les forces de l’ordre mercredi 19 août 2015, ont soulevé de nombreuses zones floues. Pour tenter de les éclaircir, Baptiste Mégard a accepté de répondre aux questions de Normandie-actu, au lendemain de son déménagement. Interview.

> Lire aussi : [Reportage] La ferme des Bouillons évacuée, près de Rouen. Notre journée avec les zadistes

  • Vous avez pris possession de la ferme des Bouillons. Racontez-nous votre installation.

Baptiste Mégard : Avec mon frère, Thibault, nous sommes arrivés à la ferme mercredi 19 août 2015, à 9h. Nous avons commencé par un état des lieux. Nous avons découvert les cultures et les bâtiments. Il s’agit d’un magnifique corps de ferme. Nous avons acheté cet endroit sans l’avoir visité, alors c’est plutôt une bonne surprise de ce côté-là. Seulement, les maisons d’habitation sont assez délabrées, avec des trous dans la toiture. Et des graffitis ornent les façades extérieures des murs. Cela va demander beaucoup de travaux pour rénover.

  • Y a-t-il des tensions entre vous et les zadistes, évacués par les CRS au petit matin, avant votre arrivée…

B.M. : Nous avons vu les anciens occupants lorsqu’ils sont venus récupérer leurs affaires. Nous les avions déjà rencontrés il y a 15 jours. Mais, là, l’heure n’était plus à la discussion. Ils nous ont beaucoup attaqué et je le déplore, c’est dommage. Nous savons qu’ils occupent, pour le moment, le champ à proximité des Bouillons. Que puis-je y faire ? Moi, je travaille ! Je n’entrerai pas en conflit avec eux. Ce n’est ni mon envie, ni dans mon intérêt. Dans tous les cas, je ne suis pas inquiet. Je fais confiance aux autorités, à la préfecture de Seine-Maritime. Il y a une loi et je suis pour le respect de la propriété privée. D’ailleurs, hier, mon frère ne s’est pas mis à labourer la terre comme j’ai pu l’entendre. Il a bouché un accès véhicule pour éviter qu’une personne extérieure puisse accéder à notre ferme… Je comprends leur amertume et leur combat. En terme d’agriculture, nous sommes à peu près sur la même longueur d’onde. Nous nous serions tout autant réjouis si leur projet avait été retenu. Seulement nos visions diffèrent sur la manière de tenir ce lieu. Nous sommes une société privée et non un collectif comme eux.

  • On vous reproche votre manque d’expérience…

B.M. : Il y a un début à tout ! En effet, j’ai 25 ans. Je suis un jeune agriculteur. J’ai une formation agricole et j’ai effectué quelques stages. Mais je ne me lance pas dans cette aventure tout seul. Mon frère et mon père sont à la tête d’une société paysagiste. Plusieurs membres de ma famille ont déjà travaillé dans le milieu agricole. Petit à petit, nous développons notre business à Rouen. J’ai ce souhait de m’installer en tant qu’agriculteur depuis longtemps. C’est une vocation pour moi. J’avoue, je n’ai jamais pratiqué la permaculture, technique qui consiste  à favoriser les interactions entre les espèces en se servant de la nature autour. Pour m’aider, j’ai prévu de me rendre à la chambre de l’Agriculture pour demander des conseils. Et nous prévoyons d’embaucher un premier employé dès 2016.

Lors de sa conférence de presse, Claude Taleb, vice-président EELV de la Région Haute-Normandie, a fait le point sur les questions laissées en suspens :

  • Avant de proposer votre projet à la Safer et de signer le compromis de vente avec Immochan, les propriétaires des Bouillons, saviez-vous que les zadistes, qui occupaient le lieu depuis 2012, avaient également déposé un projet ?

B.M. : Nous ne connaissions pas la nature exacte de leur projet.

  • Vous avez acheté la ferme pour la somme de 150 000 €. En 2012, Immochan avait acquis les Bouillons pour 700 000€. La différence de prix est énorme. Comment l’expliquez-vous ? Connaissez-vous personnellement la famile Mulliez [à la tête d'Immochan] ?

B.M. : Des liens avec les Mulliez ? Non, je ne crois pas… absolument aucun. En 2012, la ferme était considérée comme une zone urbaine donc sa valeur était plus élevée. Depuis 2014, elle est devenue une zone naturelle protégée. La différence sur le marché vient de là. Toutefois, je ne peux vous confirmer le montant d’achat que vous citez.

> Lire aussi : Affaire de la ferme des Bouillons, près de Rouen. Qu’en retenir ? Bio contre bio…

  • Vous comptez ouvrir la ferme au public, au printemps 2016. Que pourra-t-on y trouver ?

B.M. : Actuellement, nous n’avons pas encore commencé les cultures. On va s’y mettre à l’automne. Au printemps suivant, nous avons bon espoir d’inviter le public à venir découvrir un espace maraîcher, un autre avec des animaux et un point de vente de nos produits cultivés ici. Pour le reste, je préfère garder la surprise…

Nous vous rappelons qu'en envoyant votre commentaire vous acceptez de respecter la charte de modération. Vous êtes pénalement responsable de vos écrits.