Autoroutes de Normandie : le pire réseau de France ?

Forte progression des tarifs, mauvais état des ouvrages... Un rapport de la Cour des comptes fait le point sur l'état des réseaux autoroutiers de France. Quid de la Normandie ?

Mise à jour : 25/07/2013 à 12:42 par Sarah Rebouh

La Cour des comptes livre un rapport concernant la gestion des autoroutes pas des sociétés privés. (Illustration :  jean-louis zimmermann via Flickr)
La Cour des comptes livre un rapport concernant la gestion des autoroutes pas des sociétés privées (Illustration : Flickr/cc/Jean-louis zimmermann).

Les 127 pages du rapport réalisé par la Cour des comptes, publié mercredi 24 juillet 2013, mettent en lumière les relations entre l’État et les sociétés concessionnaires d’autoroutes. Le comportement des sociétés privées en charge de l’exploitation des autoroutes – dont Sanef (Société des autoroutes du Nord et de l’Est de la France) - y est disséqué. Ce rapport a été commandé par la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire de l’Assemblée nationale.
Les comportements des différentes sociétés autoroutières françaises ont été observés à la loupe afin de définir l’état du rapport de force entre ces dernières et l’État, à l’heure ou des pourparlers ont lieu entre les deux parties.

Il existe sept sociétés historiques regroupées en trois grands groupes :

  • le groupe Vinci Autoroutes (Cofiroute, ASF, Escota) ;
  • le groupe APRR, qui réunit APRR – détenue à 95% par Eiffage – et Area ;
  • le groupe Sanef, qui réunit Sanef et SAPN (Société des autoroutes Paris-Normandie), et est détenu par un consortium formé par le groupe espagnol Abertis et des partenaires financiers (notamment Axa et la CDC).

Que dit le rapport à propos des autoroutes normandes ?

La société autoroutière qui nous intéresse est Sanef. C’est elle qui est en charge de l’exploitation du réseau autoroutier de Seine-Maritime. Au total, Sanef exploite 1 981 km d’autoroute sur l’axe Paris-Normandie, mais aussi sur l’axe Strasbourg-Calais. Selon la Cour des comptes, Sanef a perçu 1 380 000 euros de recettes de péages en 2011. Les autres sociétés d’autoroute ont perçu dans le détail : 4 280 000 euros de recettes de péages pour Vinci (4 385 km d’autoroute exploités) et 1 960 000 euros pour APRR (2 215 km d’autoroute exploités).

Concernant la hausse des tarifs, Sanef fait office de mauvais élève. En effet, en 2013, les tarifs des autoroutes normandes ont augmenté de 2,29 %. La Cour des comptes précise également ces chiffres sur la période 2009-2012 :

Pendant la période 2009-2012, pour la classe 1 (véhicules légers), la progression des tarifs a été importante chez SAPN, ASF et ESCOTA (+ 2,2 % par an), COFIROUTE (+ 1,9 % par an), APRR et AREA (+ 1,8 %).

Manque de communication et faible satisfaction des usagers

Dans son rapport, la Cour des comptes indique à plusieurs reprises que : « concernant SAPN, la direction des infrastructures de transports (DIT) déplore l’absence de données transmises, qui lui étaient pourtant fournies les années précédentes, notamment la consommation de produits phytosanitaires et le cumul des bouchons ».
Concernant le taux de satisfaction des usagers sur le réseau SAPN-SANEF de Normandie, l’étude montre que les taux les plus faibles en 2010 ont été enregistrés chez ESCOTA et SAPN.

Les sociétés concessionnaires réalisent leur programme d’inspections de sécurité routière par itinéraire (ISRI). Les rapports 2010 et 2011 réalisés pour SAPN et SANEF indiquaient qu’aucun élément n’avait été communiqué sur le bilan des inspections de sécurité routière, ajoute également la Cour des comptes, concernant les enquêtes de satisfaction réalisées auprès des usagers. En 2010, les taux de satisfaction les plus élevés étaient observés chez ASF et COFIROUTE et les plus faibles chez ESCOTA et SAPN, ajoute le rapport.

Satisfaction clients SAPN

Peu de réclamations pour le réseau SAPN

Si le taux de satisfaction des usagers des autoroutes est faible pour SAPN, le rapport de la Cour des comptes précise que peu de réclamations sont formulées.

Le nombre total de réclamations est passé de 29 493 pour un réseau de 7 897 km (soit un taux de 3,73 réclamations par kilomètre) en 2003 à 157 707 réclamations pour un réseau de 8 789 km en 2010 (chiffres globaux). Ce taux est plus faible chez ASF (1,12) et SAPN (1,51). Cette hausse s’explique en partie par la mise en place d’outils nombreux de recueil des réclamations par les sociétés.

Une hausse importante des tarifs

D’après les services du ministère, COFIROUTE respecte la règle de dispersion des tarifs kilométriques moyens des sections de référence inscrite dans son cahier des charges. En revanche, la règle inscrite dans les cahiers des charges d’APRR, AREA, SANEF, SAPN, ASF et ESCOTA n’est pas respectée.

Tarifs hausse

Le tableau des taux de hausse moyen des tarifs entre 2004 à 2012 (ci-dessus) laisse entrevoir de fortes hausses concernant le réseau autoroutier SAPN, par rapport à l’inflation : « pendant la période 2009-2012, pour la classe 1 (véhicules légers), la progression des tarifs a été particulièrement importante chez SAPN, ASF et Escota (2,2 % par an), Cofiroute (1,9 % par an), APRR et Area (1,8 %), et supérieure à l’inflation, qui n’a été que de 1,6 % par an ».

D’autres données ont été inspectées par la Cour des comptes, comme l’entretien des installations autoroutières. Une fois encore, la société SAPN est pointée du doigt : « parmi les constats formulés dans les audits biennaux figurent, pour plusieurs sociétés (SAPN et surtout ASF), le mauvais état des ouvrages et la faiblesse du budget consacré à leur mise à niveau ».

Consulter l’intégralité du rapport de la Cour des comptes.

Contacté par 76actu, la société autoroutière SAPN n’a pas souhaité
répondre à nos questions mais nous a transmis ce communiqué :