Colère des agriculteurs. Le mouvement, parti de Bretagne, gagne la Normandie

Le mouvement des agriculteurs, qui a débuté en Bretagne, s'étend. Dans la nuit du jeudi 21 au vendredi 22 janvier 2016, du fumier a été déversé devant des usines de Normandie.

Mise à jour : 22/01/2016 à 12:30 par La Rédaction

Du fumier « propre » a été deversé devant diverses industries agricoles, dans la Manche, l'Orne, et le Calvados, dans la nuit du 21 au 22 janvier 2016 (DR)
Du fumier « propre » a été déversé devant plusieurs industries agricoles, dans la Manche, l'Orne, et le Calvados, dans la nuit du jeudi 21 au vendredi 22 janvier 2016. (DR)

Depuis le mercredi 20 janvier 2016, les agriculteurs de Bretagne, mais également de la Sarthe, ont multiplié les actions et annoncé de nouvelles mobilisations pour le vendredi 22 janvier, « avec la volonté de survivre à la crise traversée » par la profession. Les blocages et manifestations s’enchaînent dans l’Ouest de la France et le mouvement gagne peu à peu la Normandie.
Dans la région, les agriculteurs se sont déjà fait entendre de juillet à septembre 2015. Ils étaient, depuis, restés (relativement) discrets. Dans la nuit du jeudi 21 au vendredi 22 janvier 2016, ils sont encore passés à l’action, et ont annoncé leur soutien au mouvement breton.

Du fumier déversé en Normandie

Dans le Calvados, la Manche et l’Orne, des bennes de fumier « propre » ont été déversées devant des laiteries et des abattoirs. Dans l’Orne, notamment, trois actions se sont déroulées, vers 22h, à l’abattoir Socopa de Gacé, à la laiterie Lactalis à Domfront, et au transformateur Charal, près de Flers. Des actions « sans heurt » a précisé la gendarmerie à Normandie-actu. La Seine-Maritime et l’Eure seraient pour l’heure épargnées.
En cas de non réponse de la part du gouvernement, la FRSEA de Normandie (Fédération régionale des syndicats d’exploitants agricole) devrait se joindre aux Jeunes agriculteurs pour programmer de nouvelles actions. Des concertations entre les Jeunes agriculteurs et la FRSEA sont prévues afin de préparer (si nécessaire) de nouvelles actions en Normandie.

Rappel. À l’été 2015, les agriculteurs de Normandie s’étaient déjà fortement mobilisés sur les routes, mais aussi dans des centres-villes, comme à Caen (Calvados) ou Saint-Lô (Manche). Ils étaient parvenus à obtenir des aides de l’État, à hauteur de trois milliards d’euros, après un long bras de fer qui s’était poursuivi à Paris et Bruxelles (Belgique) en septembre 2015. Désormais, les syndicats exigent la mise en place des « promesses » faites. « Nous n’oublions pas les promesses du gouvernement, qui doit enfin prendre la mesure de la situation que nous connaissons. (…) La situation ne peut plus perdurer », martèlent les syndicats, vendredi 22 janvier 2016.

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La RN12 toujours bloquée en Bretagne

Dans les Côtes d’Armor, où les éleveurs ont été délogés jeudi matin par les forces de l’ordre sur la route Nationale 12, qu’ils bloquaient près de Saint-Brieuc depuis mercredi après-midi, les actions se sont poursuivies toute la journée et la RN12 était à nouveau bloquée en soirée, cette fois près de Guingamp.

Cet axe voit passer chaque jour plus de 60 000 véhicules, et son blocage constitue « une gêne insupportable pour les usagers », a souligné le préfet, Pierre Lambert auprès de l’AFP.

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Avec tracteurs et remorques, les producteurs de porcs, lait et viande bovine ont joué toute la journée au chat et à la souris avec les forces de l’ordre dans ce département, avec toujours comme objectif, différents points de la RN12 qui relie Rennes à Brest.

On va continuer, si on nous déloge, on va sur un autre endroit, il faut qu’on nous entende », a expliqué Didier Lucas, président de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles, qui a appelé à cette mobilisation avec les Jeunes agriculteurs.

Des actions aussi dans la Sarthe

Dans la Sarthe, plusieurs dizaines d’agriculteurs ont également manifesté à l’appel des Jeunes agriculteurs. Ils se sont notamment rendus jusqu’à la préfecture, avec une grande banderole accrochée entre deux tracteurs où l’on pouvait lire : « Le Foll, au boulot », en référence au ministre de l’Agriculture. Pendant qu’une délégation était reçue à la préfecture, les manifestants se sont allongés pendant dix minutes sur le bitume pour symboliser la mort économique et sociale qui les menace.

Auparavant, les manifestants avaient organisé des barrages filtrants bloquant plusieurs axes permettant d’accéder au Mans, avec les mêmes revendications économiques, et en solidarité avec les éleveurs bretons mobilisés », avait constaté un photographe de l’AFP. Après toutes les belles annonces que nos élus de la République nous ont faites cet été ou cet automne, on arrive en ce début d’année 2016 dans des situations encore plus critiques qu’il y a un an, les prix se sont extrêmement dégradés, entre autres sur la filière laitière », a expliqué David Bourdin, président des Jeunes agriculteurs de la Sarthe.

Le respect d’un prix équitable

Il s’agit pour les éleveurs d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur la crise qui perdure dans leur profession. Ils tirent depuis des mois la sonnette d’alarme en raison des cours trop bas, inférieurs aux coûts de production, auxquels le porc, le lait et la viande bovine sont achetés par les industriels de la transformation.
Les syndicats veulent également obtenir l’engagement des distributeurs et des industriels pour que les négociations commerciales annuelles en cours se fassent dans le respect d’un prix équitable reversé au producteur, mais aussi de la transparence sur la répartition des marges tout au long de la filière.

Avec l’AFP

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