Agriculteurs en colère en Normandie. Des dégâts à Saint-Lô, le préfet porte plainte

Après une mobilisation des agriculteurs qui a mal tourné devant la préfecture de Saint-Lô (Manche), mardi 2 février 2016, le préfet a décidé de déposer plainte. Explications.

Mise à jour : 03/02/2016 à 13:53 par Lou Benoist

Les agriculteurs devant la préfecture de Saint-Lô, le 2 févier 2016 (Côté manche)
Les agriculteurs devant la préfecture de Saint-Lô (Manche), mardi 2 févier 2016 (©Côté Manche)

Le rendez-vous des agriculteurs devant la préfecture de Saint-Lô (Manche) a dégénéré, mardi 2 février 2016, peu après 12h30. Alors qu’environ 150 manifestants s’étaient rassemblés pour clamer leur colère contre la crise agricole, des incidents ont éclaté avec les forces de l’ordre. Les gendarmes mobiles sont intervenus avec des canons à eau et des gaz lacrymogènes, afin de disperser les agriculteurs.Le lendemain, mercredi 3 février 2016, la préfecture revient sur les « agissements » de la veille et annonce que le préfet, Jacques Witkowski, dépose plainte.

> Lire aussi : VIDEO. Crise agricole. Incidents entre agriculteurs et forces de l’ordre en Normandie

Depuis le 20 janvier 2016, les agriculteurs sont mobilisés, en Bretagne, au départ, pour demander au gouvernement une solution adaptée à la crise agricole. Les agriculteurs de Normandie ont rejoint le mouvement.

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« Des conséquences graves »

La manifestation de ce jour dans les rues de Saint-Lô a été marquée par divers débordements. Le préfet de la Manche condamne fermement ces agissements, dont certains, sans l’intervention déterminée et conjointe des forces de  l’ordre et des sapeurs-pompiers, auraient pu avoir des conséquences graves, notamment liées à l’inflammation de grandes quantités de pneus à proximité immédiate d’habitations et de véhicules », rapporte la préfecture, mercredi 3 février 2016.

Seuls les auteurs de « l’enfoncement des grilles de la préfecture » devraient faire l’objet de poursuite. Mercredi 3 février 2016 au matin, pourtant, la nouvelle n’a visiblement pas été annoncée auprès de l’ensemble des représentants syndicaux : « Des poursuites ? Non, nous ne savions pas. Pour nous, cela ne change rien. Pour le moment, en tout cas », explique un représentant syndical à Normandie-actu. Les syndicalistes n’avaient pas encore statué sur une reprise des mobilisations. Mais la situation est toujours extrêmement tendue.

  • À venir, plus d’informations sur la mobilisation des agriculteurs sur Normandie-actu.

Hasard du calendrier, dans l’Orne, six agriculteurs ont été auditionnés, mercredi 3 février 2016, à l’Hôtel de police d’Alençon pour des dégradations commises à la préfecture, lors de leur manifestation…  du 3 juillet 2015, rapporte L’Orne Hebdo.

À Caen, l’État avait déjà porté plainte

Août 2015, après plusieurs semaines de blocages routiers qui avaient débuté en juillet 2015, paralysant plusieurs axes de la circulation dans la région, les agriculteurs s’étaient dirigés vers la DDTM (Direction départementale des territoires et de la mer) du Calvados, avec, pour but d’y déverser lisier et fumier…

> Lire aussi : Manif’ des agriculteurs à Caen. 600 000 euros de dégâts, le préfet porte plainte

Des actions que le préfet de Basse-Normandie, Jean Charbonniaud avait décidé de « ne pas laisser passer ». Ce dernier avait engagé des poursuites contre plusieurs manifestants. Il évoquait une ardoise de 600 000 euros, après sa visite des locaux de la DDTM. Il a fait le choix de déposer plainte, également. Au total, les actions des agriculteurs à Caen, aurait coûté près de 2,2 millions d’euros de dégâts. Plus de 30 plaintes avaient été déposées selon la procureure de la République de Caen, Carole Étienne.

Il y a eu deux tentatives d’extorsions, dans deux supermarchés de Caen. Les agriculteurs ont menacé de verser du fumier devant les magasins en question si les commerçants ne leur offraient pas de la nourriture (…). Autre fait, gravissime, que nous n’avons pas l’habitude de voir dans des manifestations : une policière a été menacée de mort et de viol », indiquait la procureure Carole Étienne à Normandie-Actu.

> Lire aussi : Manif des agriculteurs à Caen, en août. 32 plaintes, 2,2 millions d’euros de dégâts

« Sans violence, la presse nationale n’en parle pas »

Dans un entretien au Monde, Érik Neveu, sociologue des mouvements sociaux et professeur à l’IEP (Institut d’études politiques) de Rennes, indique  que « plus les actions sont agressives, plus ça monte dans les pages de la presse locale, puis dans les médias nationaux. Sans violences, la presse nationale n’en parle pas. Le calcul des organisateurs n’est donc finalement pas absurde. » Mais, selon lui, les agissements des agriculteurs lors de manifestation seraient également « moins punis » :

Le Monde  : Selon vous, les actions violentes d’éleveurs sont-elles moins réprimées que d’autres mouvements sociaux ?
Érik Neveu : On peut dire que oui, quand on voit la façon dont ont été traités les anciens salariés de Goodyear qui ont été condamnés à la mi-janvier à de la prison ferme (…) En Bretagne, certaines manifestations d’agriculteurs ont régulièrement recours à de la casse. Une partie de ces violences est expressive, de la part de personnes qui vivent dans une situation épouvantable, mais il y a aussi un rapport instrumental à la violence (…).

En Bretagne, le coût des dégâts générés par les agriculteurs, suite aux mobilisations de janvier et de février 2016, a été estimé à quatre millions d’euros par le préfet.

Lou Benoist
Journaliste Normandie-actu - Twitter

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