Rouen [Témoignage] À Rouen, Laurent est devenu Éléonore : récit d'une transition

Éléonore a laissé derrière elle son identité masculine. En 2009, la jeune femme, étudiante à Rouen, débutait sa transition. En 2015, elle se bat pour de nouveaux papiers. Récit.

Mise à jour : 30/11/2016 à 15:29 par Solène Bertrand

Éléonore est étudiante à Rouen (Seine-Maritime). Devenue fille par choix et par nécessité, elle témoigne, sur Normandie-actu.

Un accompagnement médical

De Laurent à Éléonore*, il y a bien plus qu’un changement de prénom. En 2009, cette habitante de Rouen, native du Havre, a débuté sa transition.

Ça a été le début d’un long parcours. J’ai dû faire de nombreuses démarches pour trouver un psy, un endocrinologue et un médecin généraliste connaissant le sujet pour m’encadrer. Rapidement, j’avais compris que le parcours officiel n’était pas adapté. Il implique pour beaucoup des séances à l’hôpital psychiatrique Sainte-Anne, à Paris, très décourageantes. J’ai opté pour un parcours « privé », au cours duquel les médecins définissent un protocole adapté.

Ainsi a démarré la longue odyssée médicale et identitaire d’Éléonore.

Dans la peau d’une fille

Éléonore a été suivie par un endocrinologue, qui lui a prescrit en premier lieu, pendant quelques mois, des médicaments anti-androgènes, qui bloquent le fonctionnement de la testostérone, empêchent son action.

Il s’agit de couper en grande partie la production de la testostérone du corps, qui était chez moi déjà déséquilibrée de façon innée, après examens. Cela a été à la fois un bouleversement, et un soulagement.

A suivi le traitement aux œstrogènes, marquant la transformation physique irréversible : « J’ai connu deux ans d’une nouvelle puberté, une transformation physique, sociale et subi aussi une épilation au laser définitive très douloureuse. » Un aboutissement pour Éléonore qui voulait être une fille depuis l’enfance. Si, en 2015 – après avoir débuté son traitement hormonal il y a presque trois ans – Éléonore a laissé derrière elle son identité « masculine », ses papiers demeurent toujours à son nom et son état civil initial. Le début d’un nouveau combat pour la jeune femme qui doit désormais convaincre la justice de la reconnaître en tant que femme.

« Se réorienter comme on a envie de le faire »

Éléonore espère désormais que la société va reconnaître des parcours comme le sien.

Pour moi, devenir une femme, ce n’est pas qu’une question de look ou même de sexualité. Un jour, je me suis avoué que, si j’étais mal dans ma peau, c’est parce que je ne me reconnaissais pas dans mon corps. Ce sont toutes mes bases que j’ai dû reconstruire, comme je suis réellement. Dans une transition, les gens peuvent mettre au défi et attendre que l’on donne des preuves de notre féminité. Mais être une femme, c’est quand même autre chose qu’aimer le maquillage et le shopping.

« Je ne peux plus voter, je ne peux pas prendre l’avion…»

Aujourd’hui, Éléonore livre un énième combat pour obtenir de nouveaux papiers, portant mention de son changement de prénom, lui reconnaissant le droit d’être ce qu’elle est : une femme.

Depuis ma transition, je ne peux plus voter car mon physique ne correspond pas à mes papiers d’identité. Je ne peux pas prendre l’avion, ni même retirer un simple colis à la Poste. Autant de situations compliquées et surtout très humiliantes.

Désormais, le dossier est entre les mains d’une avocate : « Je passe mon diplôme en juin, et, pour moi, il y a une réelle urgence à obtenir ces papiers. Comment vais-je pouvoir trouver du travail ? J’ai mis deux ans et demi à construire ce dossier, nourri de preuves médicales et de témoignages qui attestent que ce changement n’est pas une lubie, mais quelque chose de sincère et d’installé.»
Si la Cour européenne reconnaît que les traitements hormonaux à la pointe et irréversibles qu’elle a suivis suffisent pour changer d’état civil, la législation française quasi inexistante sur le sujet, elle, reste très floue : stérilisation forcée, expertise psychiatrique supplémentaire coûteuse ou opération exigée. Éléonore s’en remet à la justice de son pays : « Il faut qu’elle donne une place aux filles comme moi. »

* Prénoms d’emprunt

Les commentaires sont fermés temporairement veuillez nous excuser.