Rouen [Témoignages] L'Université de Rouen fête ses 50 ans. Racontez vos années fac

Deux anciens étudiants du campus de Mont-Saint-Aignan ont lancé un projet baptisé Histoire de fac, qui vise à raconter plus d'un demi-siècle d'histoire de l'Université de Rouen.

Mise à jour : 08/09/2015 à 11:35 par Fabien Massin

Une scène estudiantine rouennaise dans les années 1960. (photo
Une scène estudiantine rouennaise dans les années 1960 (photo Université de Rouen)

L’Université de Rouen (Seine-Maritime), et singulièrement son site de Mont-Saint-Aignan, est un lieu majeur de la vie sociale de l’agglomération rouennaise de ces dernières décennies. Des générations d’étudiants y sont passés, participant à son histoire, y construisant des souvenirs. En 2016, l’Université de Rouen fêtera ses 50 ans. Le campus de Mont-Saint-Aignan, qui l’a précédée, est presque sexagénaire.
Dans ce contexte, deux anciens étudiants rouennais se sont intéressés à cette histoire, et ont lancé un vaste projet, baptisé Histoire de fac. Multiforme, il doit aboutir à la publication de deux livres, le lancement d’un site internet, et l’organisation d’une exposition dans le cadre de l’anniversaire de l’Université – qui proposera son propre programme des festivités -, en 2016. Une page Facebook a d’ores et déjà été mise en ligne.

Un projet à deux voix

Aux manettes, Hélène Devaux, psycho-sociologue, spécialisée dans les projets architecturaux, et Vincent Gonzalez, urbaniste de formation, historien de l’architecture. Tous deux sont d’anciens étudiants de Mont-Saint-Aignan. Dans cette aventure, démarrée il y a cinq ans, ils associent chacun leurs compétences et leur sensibilité propre. Vincent Gonzalez s’attache à l’architecture particulière du campus de Mont-Saint-Aignan, tandis qu’Hélène Devaux rassemble les témoignages de ceux qui y ont étudié et travaillé. Un projet à deux voix, pour une même ambition : présenter un pan de l’agglomération rouennaise souvent méconnu des habitants eux-mêmes, et dont l’image souffre parfois de préjugés négatifs.

Personnellement, quand j’étais étudiant, j’aimais le campus de Mont-Saint-Aignan… même si tout le monde le trouvait moche !, se souvient Vincent. C’est un lieu très particulier, témoin de l’architecture d’après-guerre. C’est un site exceptionnel, installé sur un promontoire qui surplombe la Seine. Il dispose de nombreux atouts naturels. Ses plans reflètent l’architecture de l’époque, avec des influences à retrouver chez Le Corbusier. L’idée était notamment la séparation des fonctions de différents bâtiments : études, restauration, administration etc. Des œuvres d’art moderne sont disséminées dans le campus, dont la signification échappe aujourd’hui au plus grand nombre. Avec Histoire de fac, l’ambition est de faire changer le regard du grand public sur cette architecture, en répondant aux questions : quand ? pourquoi ? pour qui ? »

Ce travail nécessite d’importantes recherches documentaires, dans les archives, ou auprès de particuliers, et débouche sur des rencontres variées, avec d’anciens étudiants, professeurs ou encore personnel du campus. Vivant, le projet est ouvert à toutes les contributions (photos, documents universitaires divers, témoignages etc.). Avis aux amateurs (contact : histoiresdefac@gmail.com ou la page Facebook dédiée)…

Un quartier construit sur plan

Les deux passionnés esquissent les grandes dates de l’histoire du campus de Mont-Saint-Aignan et de l’Université de Rouen :

Rouen n’était pas une ville universitaire. Au départ, elle comptait des « écoles municipales », rattachées à l’Université de Caen. La décision de construire un campus sur les hauteurs de Rouen est prise en 1954. Les plans – le « schéma directeur » - sont établis en 1956 et les premiers bâtiments sortent de terre en 1958. En 1966, l’ensemble est réuni dans une nouvelle entité : l’université de Rouen. Cela correspond aux politiques d’aménagement du territoire d’alors, qui passaient par la création d’universités dans les région. À la fin des années 1960, la campus est quasiment achevé. Il continuera à évoluer, mais de manière pragmatique, pas selon les grands schémas des années 1950-60. »

Au temps des affrontements politiques

À travers l’histoire de ces lieux, on suit également un morceau d’histoire de France, et tout particulièrement l’évolution de la société.

1968 marque incontestablement une césure. Les modes de vie changent, tout comme la manière de faire des études. Cela se voit jusque dans les pratiques vestimentaires. Avant 1968, c’était costume et cravate pour tout le monde. Les années 1960-70 sont également des temps de fort bouillonnement politique. Les oppositions politiques se traduisent par une répartition géographique des étudiants, selon les rues et les bâtiments. Les journaux rapportent des épisodes qui ont eu un retentissement bien au-delà de Mont-Saint-Aignan, comme cet affrontement entre militants d’extrême gauche et militants du mouvement Occident, en 1967, qui comptait dans ses rangs Philippe Devedjian et Gérard Longuet. »

Précurseur en 1995

Autre moment clé qui a vu Rouen être sous le feux des projecteurs, en 1995, la « prise » du rectorat par des étudiants.

Des étudiants avaient créé le syndicat « Campus actif », qui réclamait le déblocage de fonds importants pour l’Université. À l’automne, 150 étudiants ont investi le rectorat. Ils en ont finalement été délogés par les CRS. Cette affaire a eu un fort retentissement au niveau national, et on peut dire qu’elle préfigure les grèves de décembre 1995, du côté étudiant. »

Des personnalités ont également fréquenté les bancs de l’Université rouennaise : Vincent Delerm, Annie Erneaux, Pierre Bertin, Audrey Pulvar, Michel Bussi. Leur témoignage ou histoire devraient figurer dans Histoires de fac.

Un patrimoine à assumer

Notre démarche n’est pas que nostalgique, soulignent Hélène et Vincent. Il y a l’aspect historique, les histoires humaines, mais aussi une logique patrimoniale. On pourrait imaginer que le campus obtienne le label Patrimoine du XXe siècle, par exemple. Au Havre, l’inscription de son centre-ville au Patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco, en 2005, a fait évoluer la manière dont les gens le perçoivent… à commencer par ses habitants eux-mêmes.
  • Infos pratiques :
    Histoires de fac, projet à suivre sur la page Facebook dédiée.
    Pour apporter une contribution (photos, documents, témoignages), une adresse : histoiresdefac@gmail.com
    N’hésitez pas à témoigner, dans les commentaires.

Fabien Massin
Journaliste à Normandie-actu - Twitter
Localité(s) :
Rouen, 76

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